Conférence spectacle de Candide de Grenoble
Première partie : mes débuts.
« J’ai commencé la magie à Chambéry dans une discothèque, les deux premières années sans connaître de magiciens. Les tours de table en table comprenaient parfois des contraintes qu’il fallait résoudre. Par exemple il fallait animer une table tout en longueur avec vingt personnes assises faces à moi. Je m’en suis sorti avec un tour de carte choisie et retrouvée à la bouche qui apparaît après avoir déroulé des mètres de serpentin en papier qui sortent de la bouche ».
Deuxième partie : mon cheminement avec les cartes à jouer.
« N’aimant pas les cartes, j’ai exploré d’autres pistes et d’autres inspirations destinées au public profane.
La légende de MOE fut une de mes premières motivations de recherche. Elle aboutit à deux effets dits « à la Moe » :
1- Un tour de pseudo mémoire prodigieuse. Le jeu est mélangé et étalé. Il est mémorisé en trente secondes chrono ! Le spectateur déplace une carte d’un côté du ruban et la place dans une autre partie du ruban. La carte est retrouvée. Ce tour peut servir d’apprentissage à une vraie lecture de pensée.
2- Le jeu est coupé. Le spectateur regarde la carte de coupe et replace la moitié supérieure sur la portion inférieure. Le jeu est mélangé et égalisé. La carte est retrouvée. Ce tour permet plusieurs approches : Le Berglas’ effect, un forçage au stop sans regarder les cartes, une réflexion sur l’équivoque quand il ne reste que quelques cartes.
NDR : On connaît très peu de choses sur Moe de Pittsburgh. Son vrai nom est Morris Seidenstein. Il apparut pour la première fois sur scène en 1929 lors d’une convention à Lima dans l’Ohio. Un an plus tard ce fut la gloire à la convention de Fort Wayne dans l’Indianan. Il surpris et trompa tout le monde avec un tour de carte qui lui permis de remporter le troisième prix du meilleur tour de cartes de l’année. Son tour le plus connu est intitulé Look At A Card. (Texte traduit par Philippe Billot)
« Lors d’une démonstration au cours des journées du Temps des Magiciens Xavier BELMONT (Vax) présente une magie mystérieuse basée sur le cumberlandisme, la psychologie, le cold reading et je sens immédiatement que ce type de présentation me plait. Cela se concrétise par deux tours inspirés de la « Vax attitude ! » :
1- Une carte est choisie physiquement par un spectateur et perdue. Il tente de la retrouvée au milieu d’un jeu complètement étalé face en haut sur la table. L’index du mentalisme parcourt le jeu et le spectateur tient le poignet du médium tout en pensant « Stop ! ». Le doigt se déplace à droite puis à gauche plusieurs fois. Le mentalisme ne regarde pas les cartes. Tout est dans le ressenti. La carte est retrouvée.
2- Application au tour de Dai Vernon : Trahi par l’Émotion. Page 16 du Very Best of Dai Vernon. Éd. Magix Unlimited (1978), traduit du livre Dai Vernon’s Inner Secrets of Card Magic écrit par Lewis Ganson en 1959. Il s’agit ici d’embellir cette routine. La zone à observer étant limitée, la « lecture » est facilitée.
3- Troisième application et scénario inversé, c’est le spectateur qui retrouve une carte choisie par le magicien. Nous redonnons la chance au spectateur de pouvoir revivre l’effet. Le spectateur profane fait tout et cela lui paraît incroyable. (NDR : L’impact est diminué aujourd’hui car ce tour a été montré récemment par Alain Choquette lors d’une conférence en Bourgogne et repris par de nombreux magiciens du club en raison de son bon rapport facilité / impact).
Des tours triés sur le volet :
1- Impression du déjà vu. Le spectateur choisit un nombre entre 1 et 52. Le comptage aboutit par exemple sur un dix de trèfle. Le tapis est soulevé et un dix de trèfle est révélé dessous. C’est l’excellent tour du thème ACAAN (Any Card At Any Number), « The Grail » de Mike Rose (2005).
2- La carte au bout de la langue. Un tour avec une vraie fausse langue, drôle et à bon impact. Le contrôle optique a toute sa place ici et est complètement masqué par le scénario.
3- Aparté avec la flamme dans la poudre de lycopode de J. Mayoral, pour réchauffer l’atmosphère de la soirée !
4- Le tour issue de l’esprit de Conrad C. Bush, extrait d’un des deux livres de Ross Bertram. La version de John Lovick est évoquée aussi. Mais le travail de Candide sur cet effet est remarquable et la routine devient impossible à remonter aussi bien pour les profanes que pour les magiciens. Superbe effet qui laisse tout le monde pantois. Le spectateur pense à une carte et déplace des cartes du jeu selon son choix, rouge ou noir, carte à point, etc. A la fin … C’est une surprise que je ne souhaite pas dévoiler ici.
Des tours rodés sur le public :
1- Balles éponges revisitées avec des éponges en forme de cœur sur le thème de Roméo et Juliette. Tour debout. Le truc le plus apprécié des profanes. Un bon détournement d’attention et les spectateurs sont embarqués dans un fou rire irrépressible.

2- Les pièces à travers la table tombant dans une cruche. Cette routine est issue d’une réflexion collective. Des passes inconnues comme le « Plick Move » permettent des effets sans toucher aux pièces ! L’ajout de la chaussure pour aider une pièce à traverser la table, de la fermeture éclair après un strip-tease de légende, et les mimiques de Candide enveloppent le tout pour faire de cette routine un spectacle à part entière.

Troisième partie
LES GOBELETS ET LES MUSCADES.
Une des rares routines de Gobelets au monde scénarisée. Le magicien en herbe ouvre la boîte de magie de son grand-père. Il en sort un gros livre où les tours sont expliqués. Ce gros livre est peu pratique. Il le transforme en un petit carnet dans lequel sont notés les tours. Ce sera le fil rouge. A tout moment le petit carnet apparaîtra sous les gobelets. Vers la fin apparaît aussi un quatrième gobelet. Les gobelets sont disposés en carré et permettent une sorte de Matrix et de très jolies passes de balles sur les gobelets, puis l’apparition de très grosses balles transparentes. Le change du petit carnet facétieux en gros livre termine cette très belle routine.

Ce numéro est né d’une étincelle. Pilou son ami exprime un jour un souhait au retour du congrès de Strasbourg : « C’est qui le prochain qui se présente à Arcachon ? ». Candide relève le défi.
« Alors je commence une démarche créative. J’explore la partie technique en visionnant les DVD de Michael Ammar sur le sujet. Trois mois plus tard je tiens un enchaînement.

Deux années de travail plus tard, je commence à être à l’aise aussi bien pour la technique que dans le jeu du personnage, les ajouts nombreux avec en particulier : la musique, les changements de rythme, les coupures ou ruptures, l’utilisation d’une servante, la construction technique et des passes personnelles viennent compléter le tout.
Le personnage évolue au fil du temps et cette évolution est intégrée au numéro. Le leitmotiv du petit livre nécessite de nombreux ajustements. Le chargement des muscades au croisement des bras est ajouté et de nombreux efforts sont faits pour rendre la routine originale. L’apparition du quatrième gobelet certes, mais comment faire pour que ce ne soit pas une fin en soi, que les quatre balles apparaissent aussi à l’intérieur ? Alors la solution est recherchée et trouvée, les avis de profanes comme mon propre père sur une passe de permet d’ajouter cette passe très jolie. Comment simplifier l’apparition des grosses balles …, la solution est trouvée, le change du livret en gros livre pour le climax suggéré par un tiers et dont la résolution est vite trouvée ».

NDR : Un penseur a dit que le chemin pour atteindre l’objectif est plus important que le but lui-même. Candide a réussi les deux : le chemin et le but. Son numéro est reconnu en France et à l’étranger En France il emporte un prix de close up au Diavol 2006, puis en 2007 il est sacré successivement au congrès anglais de Blackpool puis aux championnats d’Italie.
Quatrième partie : l’explication de la routine des gobelets.
Toutes les passes sont expliquées en détail, pour la première et la dernière fois dit Candide, (c’est bien dommage). Les explications sont aussi passionnantes que la démonstration. Les machines à gaz se succèdent pour notre plus grande surprise et au milieu des rires des magiciens spectateurs privilégiés. Quel culot et quel génie. La routine aurait coûté environ trois mille euros de recherche et tâtonnements divers, mais la valeur du matériel n’est que de deux cents euros. Quel bel exemple pour les jeunes générations, quelle leçon pour les anciens. Mille bravos Candide.
Cinquième partie :
1- Un « 3 Fly » personnel très pur.
2- Une astuce à placer dans notre boîte à outil : le jeu radio (Swengali) improvisé.
3- Une technique créée à partir de la Tamariz attitude. Le forçage en croix debout ! C’est plus un tour créé pour illustré les paroles de Tamariz sur un plot : carte du spectateur coupée par le spectateur.
Plus encore que ses tours, c’est Candide qui nous séduit. C’est un personnage aux mille facettes. Il sait pratiquer l’improvisation, il est jeune, culotté et sympathique. Il emporte l’adhésion du public au premier instant. Il est généreux et ne sait pas encore s’arrêter mais cela n’a pas d’importance car nous n’avons pas vu le temps passer.
Sixième partie : en duo avec Alain
Une parodie de l’effet de la neige japonaise. Impossible à raconter.

NDR : A l’inverse, la neige japonaise du magicien hollandais Phoa Yan TIONG était une pure poésie dont chaque mouvement avait une signification. Originaire d’Indonésie, son numéro de magie était basé sur la philosophie orientale.
Avec la première partie par Alain Issard, cette conférence spectacle de quatre heures et demie a été unique en son genre, et est à conseiller à toutes les amicales.