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Xavier MORTIMER / Magical Dream

Sin City Theatre, Planet Hollywood (Las Vegas, lundi 13 mars 2017).

Ecriture : Xavier Mortimer, Alex Goude et Michael Goudeau. Musique : Maxime Rodriguez et Xavier Mortimer. Direction artistique et chorégraphie : Johan Nus. Avec : Xavier Mortimer et Lauren Matter.

Xavier Mortimer est un artiste ultra complet, magicien, circassien, jongleur, danseur, mime, musicien et compositeur qui s’est fait connaître en France avec La Symphonie des bulles un numéro original de jonglerie, de magie et de musique. Mais c’est avec son spectacle L’Ombre Orchestre en 2005 qu’il va révéler un singulier travail associant ces mêmes disciplines à des projections vidéo.

Mortimer est vite devenu une valeur montante et une personne attachante dont la pluridisciplinarité, l’originalité et la précision technique sont ses atouts majeurs. Il a ainsi développé, au fil des années, de formidables numéros scéniques incontournables qu’il a présenté dans de nombreux galas à travers le monde comme Complainte pour un diablo, le balai volant, Miroir…Miroir, Le Dompteur de Mains, et Garçon !... bien frappé.

En 2010, il crée le spectacle Magic Maestro ! où il continue son travail magico-musical avec son compère Philippe Leygnac.

En 2011, après sa participation à l’émission La France a un incroyable talent, et son décevant numéro de L’homme scotch, les producteurs du Cirque du Soleil le remarquent, lui font passer une audition et lui proposent de faire partie du show Michael Jackson One à Las Vegas où il interprétera Sneaky, le personnage principal de l’histoire de 2013 à 2016.

Xavier Mortimer en couverture du magazine MAGIC d’août 2014.

En juin 2016, il tente l’aventure d’un spectacle solo et prend domicile au Planet Hollywood sur le Strip. The Magical Dream est un Best of, une compilation de tous les numéros visuels de Xavier Mortimer qui sont rejoués dans une sorte d’histoire rêvée avec un scénario clair et l’aide d’une partenaire.

Introduction

Une vidéo d’introduction nous montre Xavier Mortimer au lit, en train de rêver. Un gros ballon blanc entre dans sa chambre et l’englouti. Une fois à l’intérieur, il s’échappe par la fenêtre, atterrit dans un pickup et se dirige vers le Strip, direction le Sin City Theatre du Planet Hollywood.

Fin de la vidéo et arrivée en vraie du ballon par la porte d’entrée de la salle. Il se dirige vers la scène, le ballon est percé de l’intérieur et Xavier Mortimer apparaît en pyjama et lance « bienvenue dans mon rêve ! »

Excellente séquence qui pose tout de suite un univers et une histoire placée sous le signe du rêve. Le passage de la fiction à la réalité est très bien amené.

Miroir… Miroir

Une main gantée sort alors d’une valise, et sur une chaise vide, Belle, la partenaire de Xavier jouée par Lauren Matter, apparaît après qu’un drap soit placé dessus.

Xavier effectue alors un quick change, avec l’aide du drap, et change son pyjama pour un costume.

Il se regarde dans une psyché, répond au téléphone, prend un journal pendant que son reflet, portant un bonnet, réapparaît dans le miroir à son insu. Son double joue avec lui en remuant son journal, en tirant sur son écharpe et en lui volant son téléphone portable et ses lunettes. Il déchire alors une page du journal et lui vole son portefeuille et son argent. L’écharpe du double est tirée de l’écran et réapparaît dans le journal, ainsi que les billets de banque.

Le magicien s’aperçoit alors de son double dans la psyché qui lui tend ses clés, lui rend ses lunettes et commence un combat : main mordue, décapitation et interversion des têtes. Ce qui provoque un changement de personnage du virtuel dans le réel, le double (evil me) prenant provisoirement la place du vrai Xavier Mortimer, qui lui se retrouve prisonnier du miroir !

Le magicien pris au piège de la bidimensionnalité, fait un Shifumi avec la main gantée qui bouge toute seule, qui lui donne ses clés pour sortir du miroir.

Une splendide saynète dans la tradition des numéros interactifs avec écrans, initiée par Horace Goldin dans les années 1910, qui ne suis aucunes modes mais se base sur un scénario solide et une excellente connaissance des répertoires qui l’ont précédé. L’écran est judicieusement remplacé par une psyché qui renvoie à la mythologie, à Orphée et sa traversée du miroir qui voit entrer la réalité dans une autre dimension. Xavier Mortimer a retravaillé son numéro de base en ajoutant, à la fin, une intrusion dans la réalité et une libération pour faire la liaison avec la suite de son histoire.

Téléphones portables

Libéré, Xavier reçoit un coup de fil sur son portable. Il décroche et tombe sur une messagerie vocale qui le guide à taper sur la touche 1 puis la touche 2. Le téléphone se met alors à disparaître et à réapparaitre plusieurs fois, puis à se dédoubler et à se multiplier sous les actions répétées des touches. Pour finir, un vrai téléphone combiné apparaît !

Mortimer, développe une situation empirique avec l’objet le plus utilisé et le plus diffusé dans le monde. Tout le monde peut se reconnaître dans l’utilisation d’un téléphone portable et les situations de messagerie vocale automatique sont particulièrement savoureuses et à peine exagérées. Un travail proche du hongrois Soma et de son numéro de manipulation Phone act primé à la FISM 2009.

Prédiction

« Nous pouvons faire le même rêve en même temps… »

Un paquet cadeau est apporté sur scène et une spectatrice est invitée à lancer deux balles, dans le public. Les personnes désignées au hasard donnent chacune un nombre entre 1 et 99 qui sont notés sur un mini paperboard. Dans le paquet cadeau est ouvert comme une prédiction et l’on trouve à l’intérieur un ticket avec des numéros… qui ne correspondent pas aux choix des spectateurs ! Un numéro vraisemblablement raté et déconnecté du reste du spectacle.

Light painting

Xavier Mortimer arrive avec une lampe torche et balaie la salle. Il saisit ensuite la lumière avec ses doigts (D’light) et la lance sur un écran d’avant-scène. La lumière se matérialise en projection en rond, puis en cercle, avant de se transformer en virgule dorée qui exécute différentes chorégraphies sous l’action du magicien. Les formes se transforment en cerceau, puis en balles qui se matérialisent en vraie en dehors de l’écran. Xavier jongle alors avec et exécute une danse chorégraphique.

Apparaît ensuite la silhouette d’une femme (Belle) sur l’écran, qui se matérialise en vraie et disparaît dans la lumière de la lampe torche (magnifique effet).

Superbe tableau de lumière d’une simplicité d’écriture remarquable. Une vraie symbiose entre les projections et l’interaction du magicien-danseur qui voit l’apparition et la disparition de formes jouant avec la rétine des spectateurs et dessinant dans l’espace des formes luminescentes et évanescentes.

Silent premonition

Le magicien mentaliste arrive sur scène en tenant un grand carnet à spirales sur lequel sont marquées différentes phrases, indications, questions pour conduire le numéro de A à Z sans parler.

Au fil des feuilles tournées, Xavier invite les gens à lancer deux balles dans la salle, de choisir un spectateur au hasard parmi deux et de choisir une célébrité librement.

Vient ensuite l’heure de la révélation de la prédiction avec une photo de la célébrité bébé à 6 mois (gag vue mainte fois).

Nous pouvons lire ensuite sur une feuille : « Je n’ai pas ouvert la bouche durant tout le numéro… »

Xavier sort alors un papier de sa bouche avec marqué dessus le nom exacte de la personnalité choisie et derrière le nom de la spectatrice qui a participé à ce tour.

Un numéro de lecture de pensée original et totalement muet justifié par un beau climax de fin.

La danse des ombres

Belle arrive sur scène et danse avant de disparaître derrière un grand paravent blanc et ressort avec une serviette de bain autour de la taille et disparaît dans une baignoire.

Xavier Mortimer nous revient en musicien et sort de sa valise une clarinette et commence à jouer. La musique fait apparaître son ombre qui se multiplie en quatre autres musiciens qui jouent avec lui, de l’accordéon, du tambourin et du tuba. Xavier pose sa clarinette en équilibre sur son nez, la fait léviter et tourne à 360° sur lui-même comme ses ombres. Ses ombres disparaissent en confettis blancs qui se retrouvent sur la veste du musicien magicien.

Bulles de bain

Belle revient chanter en playback dans sa baignoire pendant que le double de Xavier (evil me) apparaît dans la psyché et propose un cocktail à l’assistante (qui se matérialise en vrai). Après avoir fait des bulles ensemble, le vrai Mortimer arrive sur scène et matérialise une bulle de savon en balle transparente. Trois autres balles sont produites et le magicien jongleur les manipule en contact juggling et les fait disparaître une à une, la dernière étant retransformée en bulle comme au départ.

La fille sort de la baignoire et parle de son rêve où elle a croisé Captain America. Ses vœux sont réalisés avec le double de Mortimer dans la psyché qui se transforme en super-héros américain.

Ce tableau est inspiré du premier numéro de Xavier Mortimer La Symphonie des bulles. Mais le contexte est tout autre.

Ballons ukulélé

Le vrai Mortimer arrive sur scène avec un paquet de bonbons, en prend un dans sa bouche et le gonfle comme un ballon à sculpter, puis un autre est associé au premier pour construire une petite guitare. Puis dans un éclatement, un vrai ukulélé apparaît et le magicien musicien joue de l’Elvis avec une voix aigüe, rappelant les saynètes comiques de Norbert Ferré, et le ukulélé réalise un 360° sur elle-même.

Ombres chinoises

Xavier Mortimer passe derrière le paravent avec sa partenaire et sur le Love me tender d’Elvis danse ensemble jusqu’à ce qu’une guitare ailée ne les perturbe.

Belle revient devant le paravent tandis que Xavier pratique des ombres chinoises classiques comme le profil du chien et d’autres un peu plus étranges comme l’allongement des doigts.

Garçon !... bien frappé

Xavier Mortimer sort de l’écran en tenant deux cymbales dans les mains et produit une multitude de billets par deux fois, un grand foulard blanc (qu’il place sur son avant-bras), un nœud papillon, deux verres de vin et une bouteille de blanc, puis un tablier. Avec tous ces accessoires, il finit par ressembler à un serveur.

Xavier passe derrière le paravent et son ombre se transforme en plongeur qui disparaît dans la scène.

Magnifique numéro chorégraphié et dansé qui détourne des éléments de musique pour transformer progressivement un musicien en garçon de café en prise à des apparitions contre nature et où les effets sonores sont omniprésents. Un mélange des genres et une association d’idées innovantes.

Le balai volant

Belle revient sur scène et le double de Mortimer sort du miroir avec un balai pour ramasser les billets tombés au sol du précédent tableau. En balayant, le manche se défait et ne veut plus réintégrer sa brosse. Il se met alors à léviter, puis à tourner autour de Xavier. Il passe même entre ses jambes grâce à des acrobaties et finit par revenir sur sa brosse.

Revisitation du numéro classique de la canne volante avec un objet usuel anodin où les effets de lévitations sont accentués grâce à un travail chorégraphique de premier ordre.

Le Dompteur de Mains

Pendant que Belle sirote un cocktail sur un divan, Xavier joue de l’harmonica sur une musique de RnB. La main gantée du début sort de la valise et Xavier s’en saisit. Il joue avec elle et l’a pose sur le divan. La main en profite pour boire le cocktail de Belle (on voit le niveau du verre descendre) et commence à gifler et étrangler Xavier, lui attrape les « parties » (clin d’œil à Michael Jackson), prend l’harmonica et joue un air qui fait apparaître deux autres mains gantées de la valise ouverte.

Excellente adaptation du tour mythique de Kevin James, Severed Hand.

Complainte pour un diabolo

Sur le paravent, une ombre sort du range violon, une chaise arrive comme un cheval. Xavier apparaît devant la scène avec la chaise et le range violon dont il sort un fil. Il joue de la musique avec comme une corde, puis attrape un diabolo et les deux baguettes au bout du fil. Le diaboliste-musicien jongle sur le rythme d’une musique classique où chaque mouvement et chaque figure sont millimétrés sur la partition. Le diabolo passe à un moment autour des pieds de la chaise puis sous l’assise avec Xavier assis sur le dossier ! Le tableau musical se termine en mimant l’archet du violon avec les bâtons du diabolo.

Superbe détournement et réinterprétation personnelle d’un accessoire devenu populaire et amené à un degré de perfection par le numéro performatif de Tony Frebourg.

Iron

Belle tâche accidentellement le pantalon de Xavier. Elle prend un fer à repasser pour le sécher mais le brûle et l’assomme accidentellement. Xavier est ensuite placé sur une table à repasser et recouvert d’un drap. Belle repasse progressivement son partenaire qui disparaît entièrement sous la vapeur. Belle disparaît ensuite derrière le drap et Xavier a pris sa place.

Belle adaptation du numéro Iron illusion, présenté en autre par Yunke, avec des objets qui ont un sens dans la dramaturgie des effets magiques.

Jumprope

Une nouvelle illusion mise au point par Xavier Mortimer en 2016, qui avait fait le buzz sur Internet car présentée en pleine lumière, en plein air avec une corde à sauter, rendant « impossible » l’utilisation de filins.

Ici, cette lévitation originale est introduite par une histoire en vidéo où l’on voit Xavier enfant voulant impressionner Bell avec une corde à sauter. Illusion gâchée par un manque d’espace flagrant, la faute à la minuscule salle du Sin City Theatre. Le magicien décolle d’environ un mètre, limité par les cintres de la scène…

Le spectacle se termine par le salut des artistes, du double Mortimer et de la main gantée. Belle part avec la corde derrière le paravent et est rejoint par Xavier. On voit leurs ombres partir au loin comme dans Les temps modernes de Charlie Chaplin, accompagné de la guitare volante.

Conclusion

L’univers onirique et poétique de Xavier Mortimer détonne parmi les autres spectacles de magie de Las Vegas qui sont tous basés sur un enchainement de numéros où la performance et la présentation sont mises en avant. Au pays de l’entertainment, c’est une autre façon de penser un spectacle comme un tout, comme une histoire avec un début et une fin. Dans un pays où la figure du magicien est essentiellement celle d’un « killer » qui joue son propre rôle et provoque les effets, Xavier Mortimer interprète un jeune homme dépassé par les événements qui subit la magie comme dans une logique de rêve, surréaliste par moment et totalement saugrenue.

Importer un univers très personnel, déjà rôdé, dans un autre pays et une autre culture était un risque à prendre et un vrai pari artistique, d’autant que Xavier est aussi auteur et compositeur de la musique de son spectacle avec Maxime Rodriguez. Sachant que les américains n’ont pas l’habitude de voir ce genre d’univers décalé, il fallait faire des concessions et c’est là où le bât blesse. En « américanisant » son travail avec l’ajout d’une assistante très encombrante par sa présence visuelle (sa robe jaune éblouissante et son maniérisme outrancier) et sonore (une voix stridente dans la tradition des partenaires superficielles).

Xavier Mortimer et Lauren Matter.

Belle, la dream girl, ressemble finalement à une caricature qui sort tout droit d’un rêve, une blonde un peu simplette et superficielle qui joue très mal la comédie et danse approximativement comme dans un cartoon. Au final, nous ne savons pas si ce rôle est du premier ou du second degré, si le personnage a été travaillé de façon à contraster de manière grossière avec le personnage de Xavier Mortimer ? Une chose est sûre, c’est que la greffe ne prend pas et rend le spectacle bancal à cause d’une « erreur de casting ».

La dynamique poétique du rêve est à chaque fois perturbée par Belle comme dans un cauchemar ; une présence que l’on redoute à chaque apparition, alors que toutes les interventions de Xavier Mortimer sont parfaites et justes (avec un bémol, tout de même lors de ses prises de parole). Dommage que l’équilibre ne soit pas au rendez-vous car The Magical Dream est un beau condensé du remarquable travail d’un artiste inspiré qui gagnerait à s’affranchir encore un peu plus des stéréotypes et des conventions américaines. Laissons-lui du temps car l’aventure ne fait que commencer et son talent aura raison des dictats imposés.

A visiter :
- Le site de Xavier Mortimer.

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Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 19 juin 2017.
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ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

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