Artefake
Accueil du site   UDO complètement à l’Est / Mathieu Ogier

UDO complètement à l’Est / Mathieu Ogier

Café des Oeillets au Théâtre de la Ville (Paris le 19 novembre 2015).

Texte et mise en scène de Métilde Weyergans et Samuel Hercule, création musicale de Mathieu Ogier.

Blanche-Neige est un conte allemand dont la version la plus connue est celle de Jacob et Wilhem Grimm (1812), dont on ne compte plus les adaptations pour la scène, la BD et bien sûr le cinéma qui ont commencé il y a un siècle avec le film muet, en noir et blanc de J. Searle Dawley.

Une reine, malheureuse de ne pas avoir d’enfant, se pique le doigt en cousant : quelques gouttes de sang tombent sur la neige. « Si j’avais, dit-elle, un enfant, au teint blanc comme la neige, aux lèvres rouges comme le sang et aux cheveux noirs comme le bois d’ébène ! ». Et peu après, elle meurt, en accouchant d’une petite fille. Le roi se remarie avec une femme jolie mais méchante et jalouse de Blanche-Neige. Son miroir magique lui répète qu’elle est la plus belle du royaume mais reconnaît un jour que Blanche-Neige est devenue plus belle.

La reine demande alors à un chasseur de la tuer et de lui en rapporter le cœur, mais il n’obéit pas et abandonne Blanche-Neige dans les bois, qui, seule, découvre une petite maison abritant sept nains qui ont pitié d’elle, la cachent et l’emploient comme servante. La reine, apprend, toujours grâce à son miroir qu’elle vit toujours, et elle essaye trois fois de la faire mourir. Déguisée en paysanne, elle fait croquer une pomme empoisonnée à Blanche-Neige qui tombe comme morte.

Les nains, accablés de tristesse, la mettent dans un cercueil de verre pour que tous puissent l’admirer. Un prince en tombe amoureux et obtient leur permission d’emporter le cercueil, mais, en route, le morceau de pomme coincé dans la gorge de Blanche-Neige se dégage, et elle se réveille. Le prince la demande en mariage. Invitée à la fête, la reine est condamnée à danser avec des chaussures de fer chauffées au rouge…

Snow White de J. Searle Dawley (1916).

Un psychanalyste comme Bruno Bettelheim s’était beaucoup intéressé aux contes de fées, « miroir magique qui reflète certains aspects de notre univers intérieur et des démarches qu’exige notre passage de l’immaturité à la maturité ». Et sur le petit plateau, Mathieu Ogier qui a sans doute aussi lu Bruno Bettelheim, sait nous parler de cette Blanche-Neige mais d’une autre façon : « Vous connaissez l’histoire ? Mais je peux vous le dire, moi : ça ne s’est pas du tout passé comme ça. Pas du tout. Dans ce livre, on parle d’un roi. Une seule fois, à la première page, après plus rien. Tout le monde s’en fout complètement du père de Blanche-Neige. Et ce père, ce roi, c’est moi. Udo, je m’appelle Udo, mais dans l’histoire, on dit juste le roi. Mais il est où, ce roi pendant tout ce temps où sa petite fille est en danger ? C’est bizarre, non ? Et il fait quoi ? Il s’est sans doute passé quelque chose dans sa vie pour qu’il soit si transparent… Comme un fantôme. Peut-être qu’il faudrait lui poser la question, au roi… Vous voulez que je vous raconte mon histoire ? ».

Ainsi commence ce court (quarante-cinq minutes) mais très beau et poétique spectacle pour enfants. Matthieu Ogier, seul à un pupitre, raconte d’abord cette histoire merveilleuse et cruelle, en tournant les pages d’un livre illustré, puis en joue le prolongement imaginé par Métilde Weyergans et Samuel Hercule. On le voit ainsi mimant Udo dans le train qui l’emmène très loin de son royaume, un ensemble de hautes tours d’H.L.M. !

Avec des moyens très simples, les metteurs en scène suggèrent une situation, un lieu comme la vitre embuée d’un wagon. Ce fameux roi, en réalité, un pauvre trapéziste au chômage, reçoit une proposition de travail dans un cirque… installé tout au bout du Transsibérien. Il va donc quitter donc femme et fille pour un long voyage dans une Russie neigeuse et glacée que l’on voit, comme les autres personnages de cette épopée, sur un écran, comme par magie grâce à de minuscules projecteurs, mais les flocons de neige sont soufflés à vue par un ventilateur.

Tout va donc bien pour le trapéziste qui a retrouvé du travail, mais le dernier jour du sixième mois de son contrat, il rate le filet et fait une grave chute, ici métaphoriquement figurée par l’écroulement d’une trentaine de grosses boîtes de conserve blanches et rouges. Il s’en sortira mais deviendra amnésique pendant huit ans, ce qui rappelle évidemment la mort supposée de Blanche-Neige.

Il finit par retrouver sa fille mais c’est maintenant une jolie jeune femme qu’il ne reconnaît pas vraiment… Udo travaille toujours dans un cirque où… faute de mieux, il vend à l’entracte des pommes d’amour ! Vous savez : celles enrobées de caramel rouge qui font rêver les enfants, à l’inverse de la fameuse pomme empoisonnée, croquée par Blanche-Neige. C’est une triste fin mais moins cruelle que celle du conte traditionnel !

Mathieu Ogier nous raconte l’histoire de cet Udo, avec beaucoup d’intelligence, de simplicité et une excellente diction. Quentin, son frère, à la console, apporte bruitages en direct et musique qui servent d’appui aux images illustrant cet impeccable et beau spectacle, mis en scène avec une grande rigueur par leurs auteurs sur la petite scène du café des Œillets où il a été chaleureusement applaudi par les adultes… Nous souhaitons vraiment aussi que les groupes d’enfants puissent le voir, dès que cela sera à nouveau possible...

- Source : Le Théâtre du Blog.

Tous les documents et archives sont proposés sauf avis contraire des ayants-droit, et dans ce cas seraient retirés.

Auteur : Philippe du VIGNAL


Mise à jour effectuée le : 25 novembre 2015.
MENTIONS LEGALES :

ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

Informations rassemblées et coordonnées à l'initiative et pour le compte de l'Association Artefake.
Ce document est déposé auprès d'une Autorité d'Horodatage Qualifiée - Certifiée ETSI & RGS

Dans le cas où malgré notre vigilance, une de nos publications porte atteinte aux droits d'auteur, merci de nous l'indiquer. Dans le cas ou cela s'avère exact, nous nous engageons sans délai à supprimer cette publication de notre site.

Artefake est une oeuvre collective créée et publiée par l'Association ARTEFAKE.
Conformément à l'article L.113-1 du Code de la propriété intellectuelle, l'association Artefake est titulaire des droits d'exploitation du contenu du site Artefake.com
La reproduction totale ou partielle des articles du site internet Artefake sont strictement interdite, par tous moyens connus ou à découvrir, quel qu'en soit l'usage, sauf autorisation légale ou autorisation écrite de l'association Artefake.
L'utilisation de la marque déposée Artefake est soumise à autorisation.
Les liens hypertextes pointant soit vers la page d’accueil soit vers un article particulier sont autorisés.
L’autorisation de mise en place d’un lien est valable pour tous supports, à l’exception de ceux diffusant des informations pouvant porter atteinte à la sensibilité du plus grand nombre. Au titre de cette autorisation, nous nous réservons un droit d’opposition.
Toute personne nommée ou désignée dans le site Artefake dispose d'un droit de réponse conformément à l'article 6 IV de la loi LCEN.
Ce droit de réponse doit être adressé par courrier recommandé à Artefake - A l'attention du Directeur de Publication - 16, rue Henri Gérard - 21121 Fontaine lès Dijon.

Directeur de la publication : Sébastien BAZOU
Président du Conseil d'Administration : Eric CONSTANT

ISSN 2276-3341 - Droits de reproduction et de diffusion réservés © Artefake 2004-2017
Artefake est une marque déposée - Site développé sous SPIP par ROUGE CEKOYA