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Thierry COLLET

Comment êtes vous entré dans l’univers de la magie (le déclic) ?

J’ai découvert la magie à l’âge de sept ans. Je ne me souviens plus quel a été l’événement déclencheur. Peut-être une boite de magie reçue pour mon anniversaire, ou un spectacle auquel m’auraient emmenés mes parents.

Quand avez-vous franchi le premier pas et comment avez-vous appris ?

C’est tout de suite une grande passion. Je vais à la bibliothèque du quartier, dévore les livres de Jacques Delord, regarde tous les soirs Gérard Majax à la télé, et rêve devant les émissions de Dominique Webb.

Dans les années 1970, il y avait déjà pas mal de magie à la télé. Je collectionne les boites de magie, puis j’apprend que des magasins et des associations existent. Je fréquente assidument Mayette Magie Moderne dont je connais le catalogue par coeur, et je rentre à l’AFAP (aujourd’hui devenue FFAP).

Durant mon enfance et mon adolescence j’ai la chance que mes parents m’emmènent régulièrement au spectacle. Il y a un centre d’action culturelle dans la ville de banlieue ou je vis qui a une formidable programmation. Je vois les spectacles de Philippe Genty, des chorégraphes dont Alvin Nikolaïs et Momix, des marionnettes, et du théâtre.

Puis je monte un numéro et participe aux concours lors des congrès magiques, avec l’aide de Michel Fontaine. Je prend durant quelques mois des cours avec Jean Merlin.

A cette époque, je me sens à l’étroit dans mon costume de magicien. J’ai envie de travailler sur la théâtralisation, la narration, l’esthétique et la dramaturgie, mais je ne trouve pas de réponses qui me satisfont du côté des magiciens.

Après mon bac, je m’inscris en fac de psycho/philo et dans un cours de théâtre. C’est la révélation : partager ma pratique de prestidigitateur avec d’autres : comédiens, auteurs, metteurs en scène, éclairagistes, etc. Me fait avancer dans mes réflexions et ma quête de sens. Lorsque je suis admis au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique, je plonge dans le théâtre et abandonne pour quelques années la magie, sachant qu’à la sortie de l’école, je la retrouverai.

Dans quelles conditions travaillez vous ?

Je travaille exclusivement dans les institutions culturelles, c’est à dire dans des lieux qui sont missionnés par l’état pour produire et diffuser du spectacle vivant : scènes nationales, théâtres municipaux, centres dramatiques, etc.

La structure qui porte mes projets est une compagnie, association loi 1901. C’est un choix de ma part de travailler dans le service public, qui correspond à la vision de la magie que je défend : un art contemporain en prise avec les problématiques sociales, esthétiques, morales et humaines de mon époque. La performance technique n’est pas une fin en soi, mais un élément de la représentation. L’effet magique doit être au service d’un propos d’artiste.

Je partage mon temps entre trois types d’activités :

- la réalisation de spectacles : sept à ce jour, dont trois en tournée actuellement.
- le conseil en effets magiques pour des metteurs en scène de théâtre ou d’opéra.
- la pédagogie qui m’intéresse de plus en plus : stages professionnels et formation amateur.

Citer un ou deux tours qui vous viennent à l’esprit comme les plus beaux, à regarder, à pratiquer ?

Je suis un fan inconditionnel de Finn Jon, lorsqu’il parle aux bulles de savon et les fait voler par exemple. J’aime beaucoup pratiquer la routine de cordes Fiber Optics de Richard Sanders. Le bonneteau et les arnaques de rue, ainsi que les numéros de pickpockets me fascinent, il y a quelque chose de la malhonnêteté profonde de la magie qui s’exprime alors, et le rapport au pouvoir.

Quel conseil pour un magicien débutant ?

Acquérir une solide culture magique généraliste et ne pas se spécialiser trop vite. Et surtout, ne pas côtoyer que des magiciens : aller au théâtre, au concert, voir de la danse, des expos, lire de la littérature, de la philosophie.

Une formation théâtrale peut être utile pour le travail de la voix, la tenue corporelle, l’ouverture de l’imaginaire, la culture générale, et le fait d’apprendre à travailler à plusieurs. Une école de cirque peut aussi être un bon complément : virtuosité du geste, précision, travail du clown, etc.

Surtout ne pas rentrer trop vite dans l’engrenage événementiel prestations et se donner le temps de choisir où et comment on veut exercer ce métier. Suivre la formation Magie Nouvelle au CNAC à Châlon en Champagne, en phase avec les courants les plus contemporains de la prestidigitation.

Quel regard portez-vous sur la magie actuelle ?

On est en train de vivre un âge d’or de la magie. Le public, les programmateurs, les institutions, s’intéressent à cet art. Je pense à l’émergence du Nouveau cirque il y a une trentaine d’années, c’est un peu comparable. Il y a une effervescence créative à tous les niveaux. Profitons-en.

Quelle est l’importance de la culture dans l’approche de la magie ?

Cette question est étrange. On ne la poserait sans doute pas à un peintre, un metteur en scène ou un compositeur. C’est dire si le milieu magique a un problème avec la Culture. Et de quelle culture s’agit-il ? Culture magique, artistique, politique, générale ? Si on dit que la culture donne à un individu, et à un artiste, des outils et des repères pour se comprendre et comprendre le monde, permet d’aiguiser sa pensée, aide à mettre les choses en perspectives, oblige à se pose des questions, nous confronte à l’altérité ; alors oui, évidemment, c’est nécessaire de se cultiver si on veut être un artiste.

Vos hobbies en dehors de la magie ?

Lire, aller au spectacle. En fait je me rend compte que toutes mes activités sont liées de près ou de loin à la magie, c’est un peu exclusif et névrotique.

- Interview réalisée en mai 2010.

A voir :
- Le site de la compagnie Le Phalène.

A lire :
- Le spectacle Même si c’est faux, c’est vrai.
- Le spectacle Influences.
- Le spectacle Qui-vive.

Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 21 août 2014.
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ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

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