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Shigeo FUKUDA

Shigeo Fukuda (1932-2009) est un grand artiste japonais aux talents multiples, à la fois plasticien, dessinateur, illustrateur, graphiste, sculpteur, designer d’objets et scénographe. Diplômé de l’Université des Beaux-arts et de la Musique de Tokyo, section design en 1956, il est un incontestable amoureux des images. Il fait appel à l’illusion d’optique et aux anamorphoses pour construire ses œuvres. C’est l’un des premiers graphistes japonais dont l’œuvre concilie les traditions de la culture nipponne à l’esprit et l’éclectisme occidental. Il joue avec notre perception comme un illusionniste à travers une communication visuelle à destination d’un public cosmopolite.

Fukuda est un magicien farceur, un joueur espiègle qui crée des images et des objets qui questionnent notre intelligence et notre imagination. Par ses jeux virtuoses de formes et de contre formes, il a su créer des situations impossibles et des réalités retrouvées. Chez lui, une image peut en cacher une autre. La dualité est le fondement de ses travaux.

Fukuda convoque le réel et le met instantanément en doute. Quand nous regardons pour la première fois une de ses affiches, nous reconnaissons rapidement une image familière qu’il transcrit de manière simple et directe pour que sa perception soit immédiate. Rassuré par cette image, nous sommes vite pris dans un piège visuel. Notre regard se trouble et notre cerveau découvre une deuxième image cachée, un deuxième sens à prendre en compte qui complexifie le caractère « simpliste » de la première lecture.

« Une belle image vient de l’humain. C’est de la société que viennent mes idées, pas de moi. J’essaie de trouver des sujets qui parlent à tout le monde. Mon travail est basic et produit du plaisir et de la joie. Il faut faire rire et sourire avec une affiche, même si le sujet est grave, il faut trouver un angle gai et amusant. » Shigeo Fukuda.

L’affichiste

Shigeo Fukuda a créé un étonnant système visuel et formel reconnaissable entre tous. Il a développé une conception de l’affiche et du logo basée sur la simplicité, le satyrisme, l’humour et la double lecture. Il est le créateur d’une ligne claire d’une précision incroyable qui va toujours à l’essentiel. Tout au long de sa carrière, il a créé plus de 1 300 affiches, récusant les nouvelles techniques et réalisant toutes ses maquettes graphiques à la main.

Admirateur de Maurits Cornelis Escher (1898-1972), il chercha sans cesse de nouveaux jeux d’illusions visuelles. Comme le dessinateur et graveur hollandais avant lui, il expérimenta le travail avec la perspective, l’espace positif et négatif, le noir et le blanc, le contraste, l’interaction visuelle et géométrique entre les éléments sur la page, la profondeur et la surface, ainsi que les différents plans de lecture. Tout cela doit produire une désorientation chez le « regardeur » . Contrairement à Escher, ses créations n’utilisent pas les « pavages », mais un minimum de lignes, qui sont de temps en temps ponctuées de remplissages. Avec le trompe-l’œil, il introduit un nouvel ingrédient indispensable : l’humour. La palette de couleurs volontairement limitée et la ligne réductrice restent le cœur du travail de Fukuda.

Une des images les plus populaires de l’artiste est l’affiche pour la paix Victory (1969). Un projectile est sur le point de rentrer dans le fut du canon au lieu d’en être violemment expulsé. Le point culminant de l’action souligne l’ironie de la catastrophe. L’humour noir fricote avec l’absurde pour rendre encore plus poignante la tragédie.

Dans Images of illusion (1984), Fukuda nous force à penser l’espace autrement par un jeu renversant de formes géométriques et de silhouettes assises. Il aime également revisiter les grands classiques de l’art et les détourner à sa manière : par exemple avec les différents portraits tramés de Mona Lisa : Mona Lisa’s hundred smiles (1970).

Fukuda mettra son système visuel en abyme avec la série des « portraits inventés », où deux visions nous sont proposées dans la même œuvre selon que l’on soit proche ou éloigné. La Joconde de Leonardo Da Vinci est reconnaissable entre mille mais est pourtant constituée d’une multitude de signes (3485 drapeaux et timbres) sans relation avec l’œuvre de référence. Quand à Flore, La naissance du printemps (1992) inspiré de Sandro Botticelli, il est composé de milliers d’affiches de Fukuda ; ici la boucle est bouclée dans un geste maniériste absolu.

« Le design graphique n’est pas un business, c’est de la culture. En tant que graphiste, je dois connaître la pensée des autres ; c’est comme un médecin : il faut que je prenne le pouls des gens ! » Shigeo Fukuda.

Le sculpteur

En plus du graphiste de renommée internationale, Fukuda s’est essayé à la sculpture illusionniste dans des œuvres qui se veulent ludiques et légères. Comme pour son travail en deux dimensions, il part d’objets familiers pour les transfigurer en objets (extra)ordinaires. Des objets du quotidien devenus subtilement improbables et chargés d’une autre signification.

Toys and Things Japanese (1965) est la première des « sculptures d’ombre » : Fukuda crée un objet tridimensionnel dans lequel l’ombre, à partir d’une source de lumière issue d’un point bien défini, n’a aucun rapport avec l’objet réel représenté. Un jeu d’ombres, de distorsions et de perspectives dépravées. Avec cette série, l’artiste interroge la matérialité de notre monde, où les ombres virtuelles reflètent de la réalité. L’ossature d’une ombre aurait-elle d’avantage de sens que le corps de l’objet projeté ?

Lunch with a Helmut On (1987) est une autre sculpture éclairée à partir d’un point bien précis qui reconstitue une moto en ombre projetée sur le sol. L’objet physique est entièrement construit à partir de 848 pièces de coutellerie (cuillères, fourchettes et couteaux) soudées ensemble et suspendues dans les airs. Dans One cannot cut the sea (1988), 2000 ciseaux soudés reconstituent un bateau en ombre portée.

Beaucoup d’artistes reprendront le « truc » des « sculptures d’ombre » avec plus ou moins de succès ou de plagiat. Parmi eux, nous pouvons citer Le duo londonien Tim Noble et Sue Webster qui ont réalisé leurs autoportraits en détritus avec une touche d’ironie bien venue !

Objets impossibles

Fukuda a retranscrit dans l’espace certaines figures impossibles comme Disappearing Column représentant un trident impossible. Quant à Disappearing Pillar (1985), c’est une sculpture en bois, représentant le paradoxe classique en 2 D, qui figure 3 colonnes cylindriques en haut et deux colonnes rectangulaires en bas. Bien sûr, il est seulement possible de voir cette configuration impossible que sous un certain angle. Voir cette sculpture à partir de n’importe quel autre angle détruit instantanément l’illusion.

En grand connaisseur d’Escher, Fukuda a reconstitué en 3D certaines lithographies du maître qui tordaient l’espace et la perspective pour créer des objets impossibles. Ses maquettes les plus spectaculaires (1m50 d’envergure) reconstituent le fameux Belvédère (1982) et la Cascade d’Escher (1985). Des constructions physiques d’immeubles impossibles. La cascade fonctionne en plus avec de l’eau qui coule, et qui semble figurer un cycle perpétuel.

Transformations

En 1973, Fukuda s’essaye aux œuvres à transformation avec Love Story, puis Cat/Mouse, et Man/Woman (1974). Encore (1976) marque le début d’une série consacrée aux anamorphoses de musiciens prient à différents moments d’un concert. Ici, d’un point de vue, la sculpture représente un pianiste, mais tournée de 90 degrés, le pianiste se transforme progressivement en violoniste.

Underground Piano (1984) est une expérience spatiale singulière inspirée de l’art abstrait et cubiste. Une structure composée de fragments et d’éléments disparates qui se reforment, dans un miroir et selon un point de vue précis, en piano à queue en parfait état.

Le grand plasticien allemand Markus Raetz reprendra ce principe « à transformations » dans nombreuses de ses sculptures dont Miroir (1986), Métamorphose II (1992), Oui-Non (2001) et bien d’autres…

Anamorphoses

En parfait illusionniste, Fukuda maîtrise l’anamorphose comme personne et lui donne un caractère poétique inédit, opposé à la froideur mathématique de la majorité des représentations de ces jeux maniéristes. Il utilisera surtout ce principe en rendant hommage à des œuvres phares de l’histoire de l’art comme La Vénus de Milo : Venus in a Mirror (1984), mais aussi aux grands artistes comme Van Gogh : Gogh’s Sunflowers (1988) ou Giuseppe Arcimboldo : Fresh Guy, Arcimboldo (1988), une image anamorphique déformée de Vertumne, qui restitue l’original lorsqu’elle est vue dans un miroir.

Fukuda atteindra un nouveau palier en faisant entrer l’anamorphose dans l’espace public en travaillant sur le mur du Gymnase de l’école Taishido à Tokyo, et surtout avec le monument du musée japonais du Dr Tanakadate, constitué de 10 colonnes de 8 mètres espacées chacune de 3 mètres, sur lesquelles est inscrit l’alphabet japonais de manière répétitive : a, i, u, e, o… ka, ki, ku, ke, ko… sa, shi, su, se, so, etc. Dans une certaine perspective, les colonnes, côtes à côtes, produisent le portrait géant du docteur Tanakadate ! L’affichiste « de bureau » aura définitivement investi le monde extérieur comme un architecte avec une portée universelle.

De nos jours, l’anamorphose a trouvé un nouvel élan créatif et conceptuel auprès d’artistes contemporains comme Georges Rousse avec la photographie, Felice Varini avec la peinture et Bernard Pras avec l’installation-sculpture.

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Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 21 mai 2015.
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ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

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