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SPOOK SHOW

L’attraction horrifique.

Nous connaissons les liens extrêmement intimes qu’entretiennent le cinéma et les illusionnistes. Les magiciens ont promu et fait découvrir le cinématographe au public. Beaucoup d’illusionnistes ont exploité les nouvelles propriétés de cette fabuleuse machine à enregistrer la vie et à projeter « des fantômes ». C’était pour eux un nouveau moyen de produire des illusions, tout comme l’était jadis la lanterne magique.

Adeptes des appareils à projections qui recèlent une part de mystère primitif et de frayeur inconsciente, les magiciens ont toujours cherché à surprendre le public par la mise en place et la combinaison de plusieurs effets. Après avoir détourné la lanterne magique de sa fonction première, le cinéma s’est lui-même plié aux fantasmes des illusionnistes. Le Spook show, est un bel exemple de mélange des genres où se mêle cinéma, magie, comédie, spiritisme et fantasmagorie.

1- FANTASMAGORIE

Le physicien-aéronaute Etienne Gaspard Robert, dit Robertson (1763-1837) créateur des fantasmagories, peut-être considéré comme le précurseur des Spook shows.

La première séance de fantasmagories eut lieu le 23 janvier 1798, un spectacle « lumineux » global, multi sensoriel, aux effets si sophistiqués qu’il attira de nombreux curieux dans le théâtre parisien du couvent des Capucines. En 1795, après dix ans d’expérimentation, Robertson acquit la chapelle abandonnée des Capucines à Paris, près de la place Vendôme, et installa son appareil « thaumaturgique ». Il s’agissait d’une lanterne magique mobile très perfectionnée appelée Fantascope constituée de plusieurs lentilles et de réflecteurs concaves, dirigés vers trois couches de rideau de gaze, sur lesquels étaient projetées des images surnaturelles et toutes sortes de fantômes. L’impression de mouvement provoqué par le déplacement de la lanterne magique produisait des images mouvantes (bien avant le cinématographe) sur des écrans accrochés entre le public et le projecteur.

Les projections étaient accompagnées d’une mise en scène spectaculaire de nécromancie pour mettre les spectateurs en condition et les diriger où Robertson voulait. L’ancienne chapelle était drapée de rideaux de velours noir, sur les murs étaient sculptés des crânes et des gargouilles grotesques. Des ombres étranges vacillaient entre les murs, causés par les flammes bleues-vertes des feux sur lesquelles Robertson versait un mélange « diabolique » de vitriol, d’alcool et de sang ! Robertson ajoute aux projections en mouvement (fantascope et lanternes portatives) de la fumée, des bruits lugubres (bruitage, acoustique, ventriloquie…), l’intervention d’acteurs grimés, et même des odeurs. Le thème de la mort, fascinait le public. Les spectres étaient convoqués au son de la musique macabre d’une cloche. Les fantômes se matérialisaient dans un nuage de fumée, s’élevaient du feu dans un fracas d’éclairs et de tonnerre mêlé. Le scénario des séances était court et rudimentaire et pouvait se résumer à des apparitions et des disparitions comme ce qui caractérisera les débuts du cinéma muet. Chez Robertson, le dispositif crée le récit.

Fantascope de Robertson.

A l’époque, l’impact sur le public fut énorme. Ils croyaient vraiment que les fantômes volaient vers eux. Mais, comme tout bon tour de magie, c’était la mise en scène de Robertson et l’atmosphère qu’il créait qui conditionnait merveilleusement le public et l’emportait dans ses terreurs les plus primitives. Robertson, savait valoriser la résurrection, projetant parfois, sur demande de la famille, le portrait d’un défunt. Il rendra concret ces réincarnations virtuelles par des procédés qui témoignaient de son don unique de technicien.

Au XIXe siècle, quelques magiciens ont repris à leur compte les projetons de Fantasmagories et d’autres expériences d’optique ; parmi eux : les français Henri Robin, Louis Comte, Moreau, François Bienvenu ; les anglais Jack Bologna et M. Henri ; l’allemand Herr Grunert ou l’autrichien Ludwig Leopold Doebler.

Ces Fantasmagories inspireront l’écrivain anglais Montague Rhodes James qui décrira un spectacle de lanterne magique effrayant dans sa nouvelle, Casting the Runes (adapté au cinéma en 1957 par Jacques Tourneur sous le titre de Night of the Demon). Il s’agit de l’étrange Docteur karswell et de sa séance de projection de plaques lumineuses qu’il présenta à un public d’écoliers horrifiés. Les plaques étaient d’une terrifiante réalité représentants serpents, mille-pattes et autres créatures répugnantes qui paraissaient sortir de l’image pour « fondre » sur le public. Ceci accompagné par une sorte de bruissement sec qui rendait les enfants presque fous !

2- UNE NOUVELLE ATTRACTION

Durant les années 1920, quand le vaudeville était en déclin, les magiciens ont cherché à compléter leurs revenus avec un autre type de performance magique. Phénomène né aux Etats-Unis dans les années 1930, ces performances appelées Spook Show prenaient comme sujet premier le spiritisme, encore très populaire depuis son apparition au siècle dernier. Evoquer les esprits et les fantômes, communiquer avec les morts, faisaient partie de ces spectacles effrayants présentés en première partie des films d’horreur de l’époque sur les scènes de cinéma. De préférence le samedi à minuit !

De 1930 à 1960, les cinémas américains étaient des lieux de rencontre hybride où l’on pouvait voir des spectacles vivants, d’une troupe en tournée, en complément d’un film pour environ 1 $ ! Pour annoncer l’arrivée du Spook show dans les petites villes américaines, une armada de publicité et de défilés étaient mis en place. Affiches gigantesques et cortège funéraire défilant dans les rues avec cercueil et morts vivants, entre autres…

Le magicien Bill Neff en compagnie de Bela Lugosi en 1947 pour un Spook show spécial.

C’est vers la période d’Halloween (mais aussi à d’autres moments de l’année), que se jouaient dans les salles des cinémas de quartier les Midnight Show Ghost. A cette époque, des magiciens audacieux, qui jouaient dans les théâtres devant un public de moins en moins réceptif, ont migré vers les salles de cinéma. Ils proposaient des attractions utilisant des vieux effets spéciaux tirés du spectacle vivant et des tours de magie spectaculaires. Le magicien des années 30 était alors considéré comme une personne d’influence, ayant une sorte de pouvoir spécial, pouvant « communiquer avec le monde de l’au-delà ». Une sorte de médiateur entre le monde des vivants et celui des morts. LA personne idéale pour mettre en scène des rituels effrayants et macabres.

Ces soirées macabres mêlaient magie, théâtre, comédie et cinéma et culminaient par une séance dans le noir où se matérialisaient des fantômes incandescents, des monstres déambulants dans la salle et autres squelettes volants au dessus des têtes des spectateurs. Une époque où les films de monstres, les maisons hantées, et les magiciens fous sont entrés en collision dans un festival géant de la peur.

Les soirées étaient composées de trois parties :

- Le spectacle de magie, appelé Ghost Master où, un magicien, maître de cérémonie, présentait 50 minutes de magie comique et effrayante agrémentée de plusieurs illusions. De nombreux illusionnistes participèrent à ces séances dont : Harry Blackstone, Howard Thurston, John Calvet, Neil Foster, Marquis, Jack Gwynne, Mel Roy, Philip Morris, Chasan, Newmann The Great, etc.

- La séquence dans le noir, appelée Blackout, où les fantômes se matérialisaient dans toute la salle. Les spectres volaient au-dessus des têtes des spectateurs, les squelettes dansaient des claquettes et racontaient des blagues drôles. Le public était entouré d’apparitions luminescentes multiples.

- La projection d’un long métrage qui clôturait la soirée en beauté. Le film choisit était de préférence un classique de l’horreur comme Night of the living dead, The Creature from the Black Lagoon, Frankenstein, Dracula, etc. Il ne faut pas oublier que les Spook shows sont apparus parallèlement à la naissance des productions Universal et de son âge d’or.

Très vite ces « shows effrayants » ont adopté des effets de plus en plus sanglants pour satisfaire les spectateurs avides de sensations fortes. Magiciens, tourneurs, producteurs et publicitaires travaillaient ensemble pour proposer ces attractions populaires qui eurent un succès fulgurant !

Ray Mond et ses montres accueillant le public dans le hall du cinéma avant le Midnight Horror Show dans les années 1940.

Dans les années 1940 et 1950, les spectacles évoluent vers des Midnight ghost shows, une façon de rendre la magie attrayante pour les adolescents et attirer un nouveau public. Gags, hurlements et programme souvenir sanglant étaient de la partie, tandis que les magiciens reprenaient des numéros éculés comme des démonstrations d’hypnose scénique. Le Spook show évoque souvent des créatures célèbres comme celle du docteur Frankenstein, Dracula, King Kong, la Momie, etc.

Certains magiciens et comédiens ont commencé à utiliser sur scène des masques en latex à l’effigie des monstres d’Universal qui étaient très populaire. Les producteurs savaient que le spectateur de base serait en mesure d’acheter, par la suite, ces masques très réels dans leur magasin. Les années 1960 marquent la fin des Spook shows et son chant du cygne. De nos jours, le phénomène existe toujours grâce à des groupes d’irréductibles passionnés qui font revivre ces grandes heures tel Keith Stickley et son Doctor Scream’s Spook Show. Ces spectacles se déroulent essentiellement au moment d’Halloween comme le Halloween Spooktacular de Alan Kazam et Alan Smola.

L’héritage Spirite

Au début du XXème siècle, il y eut un énorme intérêt pour le spiritisme. Par l’intermédiaire des médiums, communiquer avec les morts et prendre contact avec l’esprit d’un cher défunt était devenu le lot commun de millier de personne. Marqué par 50 années de spiritisme (phénomène né en 1848 avec les sœurs Fox), le grand public s’est vu dupé par de soi-disant spirites communiquant avec l’au-delà. Médiums, fantômes, esprits et revenants ont longtemps hanté la culture américaine jusqu’à nos jours. Ces phénomènes spirites font partie de l’inconscient collectif de cette nation.

La plupart de ces spirites étaient des escrocs dont l’intérêt principal était de soutirer l’argent des familles en deuil. Dans les séances de spiritisme, les présumés médiums étaient en mesure de concevoir toutes sortes de trucages qui pouvaient être joués dans l’obscurité. Le spirite et ses complices pouvaient facilement manipuler des objets et des dispositifs pour créer l’illusion de spectres, fantômes et autres apparitions.

En 1913, le magicien Harry Houdini apprend le décès de sa mère. Rongé par la culpabilité de ne pas avoir été présent dans les derniers instants de sa vie, il ne tarde pas à sombrer dans une profonde dépression et se tourne alors vers le spiritisme. Sous l’influence de son ami, Arthur Conan Doyle, fervent défenseur des thèses spirites, Houdini finit par se persuader que les communications avec les forces de l’invisible sont de l’ordre du possible. Il propose alors d’offrir une récompense au médium capable d’établir le contact avec sa mère. Pendant treize années, les séances se succèdent mais sans le moindre résultat. Il part alors en croisade contre ces prétendus médiums et autres spirites, démasquant sans relâche les faux voyants et télépathes, soupçonnés de charlatanisme. Il montre au grand public que ces charlatans utilisaient des trucs et des techniques d’illusionniste pour les soudoyer, et qu’ils ne possédaient aucun « pouvoir » spécifique. Malgré cela, l’intérêt pour l’occultisme a continué, bien après la mort de Houdini en 1926.

Les années 1930 marquent une transition importante dans l’approche et la réception de ces phénomènes dits « magiques » aux Etats-Unis. Le spiritisme fut réutilisé à des fins de pur divertissement et devint un véritable spectacle, intégrant le répertoire de nombreux magiciens (comme à la fin du XIXème siècle). Mais les croyances sont persistantes, et certaines personnes assez crédules, voire naïves, resteront persuadées du bien fondé de ces phénomènes paranormaux. Quoi qu’il en soit, ce courant spirite a fait inconsciemment les « choux gras » des Spook shows pendant 30 ans !

3- LES FIGURES DU SPOOK SHOW

Thurston

En 1929, Howard Thurston âgé de 59 ans donna sa contribution à une pièce magique intitulée Le Démon, qui peut-être considérée comme les prémices du Spook show. La scène se passait dans un salon meublé avec une quinzaine de personnages qui étaient impliqués dans d’étranges événements : apparitions de fantômes inter agissants avec le public, production de fumée au sol grâce à de l’acide sulfurique et autres spectres volants au dessus des têtes des spectateurs.

Sur scène, un des fantômes se faisait poignarder par un acteur, Un démon hypnotisait une jeune fille et la faisait léviter avec lui. Enfin, des yeux verts apparaissaient partout dans la salle comme des coups de pistolet à plusieurs endroits. John Elickson, collaborateur de Thurston, régla tous les effets spéciaux de cette pièce écrite par le maître.

Francisco

Francisco (Arthur Bell) fut l’un des premiers à surfer sur la vague du spiritisme à travers son Big midnite Spook Frolic dans les années 1930. L’engouement pour ces spectacles de fantômes rencontra un énorme succès populaire durant plusieurs décennies. Il reprit le répertoire des magiciens Houdini et Thurston avec des expériences de table tournante, lecture de pensée, et autre cabinet Spirite à la Davenport. Francisco incorpora un peu d’horreur dans ses spectacles (dans la limite du raisonnable et sans effets gore, ni sexuel) en utilisant une illusion bien connue en théâtre noir, du squelette qui enlève sa tête. Tête qui flotte ensuite dans la salle au dessus des spectateurs. Son répertoire était également constitué de tours classiques comme le journal déchiré et restauré, ou la disparition de colombes.

Dr Silkini

Jack Baker en 1942.

Le docteur Silkini alias Jack Baker, était un talentueux magicien pickpocket et hypnotiseur dont le spectacle d’épouvante était composé d’un assortiment de magie macabre, d’humour débridé et de surprises effrayantes. Le passage le plus impressionnant était sans doute sa séance d’hypnose collective où il prenait une dizaine de spectateurs du public, qui comprenait au moins deux compères, pour une routine comique d’environ douze minutes.

Silkini, déguisé en médecin fou au dos voûté, présentait ensuite un sketch de monstre. Prenant les traits d’Igor, Silkini plaçait les parties d’un corps humain démembré sur une table : torse, bras, jambes et tête étaient ensuite recouverts d’un drap blanc. Le corps revenait à la vie dans un éclair et se levait lentement de la table sous les traits de la créature de Frankenstein.

Les cris des adolescents présents dans la salle atteignaient son paroxysme quand le monstre saisissait Igor et l’étranglait à mort. Son corps inerte tombait avec un bruit sourd sur la scène. Puis, avec les bras tendus, la créature marchait à travers la scène pour descendre dans la salle vers le public. A ce moment toutes les lumières s’éteignaient pour laisser place à une séance de Blackout où des fantômes lumineux apparaissaient et disparaissaient sur la scène et au dessus des têtes des spectateurs. Après trois minutes, les lumières revenaient dans la salle. Le spectacle prenait fin avec une substitution très rapide d’un tronc humain.

Les représentations de Baker furent un énorme succès commercial durant des décennies au point qu’il dépêcha d’autres magiciens pour monter des spectacles similaires sous l’appellation « Silkini » (jusqu’à 7 en même temps !). Lui et son frère, Wyman Baker, sillonna les Etats-Unis pendant 20 ans avec son spectacle Asylum of Horrors depuis 1941.

Marquis

George Marquis Kelly (1906-1980), magicien ayant œuvré à l’Egyptian Hall, produisit un étonnant Spook show. Dans L’incroyable Docteur Marquis et ses Horroscopes, un fracas d’éclairs faisait apparaître deux cercueils sur scène avec un squelette dans chaque. Les squelettes entamaient alors une danse macabre ponctuée d’effets spéciaux. Quand l’horloge sonnait minuit, les squelettes regagnaient leurs cercueils. Marquis réalisait également des effets d’hypnoses, le radar humain, le mouchoir dansant avec un cercueil miniature et la corde cravate Kellar. Une des séquences les plus mémorables était les femmes coupées en deux sur le thème de Satan qui se terminait par la séance de Blackout, où l’on voyait les deux femmes accompagnées de Satan léviter dans la salle de cinéma puis disparaître. L’écran de cinéma s’abaissait et le film commençait.

Kara Kum

Durant les années 1940 et 1950, Kara Kum (Wladyslaw Michaluk) fut l’un des artistes les plus controversés, repoussant les limites du genre dans ces retranchements les plus gores. Connu, pour la création d’affiches utilisant ouvertement la sexualité de son assistante légèrement vêtue, il avait dans son arsenal de tours, l’illusion de la décapitation à l’aide d’une épée, des scènes de cannibalisme, et des bizarreries érotiques où la nudité n’était jamais loin comme le fantôme de Lady Godiva sur son cheval.

Bill Neff

Bill Neff (1905-1967), prend le pseudonyme du Dr Neff de 1945 à 1952 avec son Madhouse of Mystery, spectacle où il employait l’hypnose, la lecture de pensée et autres tours d’illusions plus classiques. Il clôturait son spectacle en souhaitant à la foule de beaux cauchemars.

Couteau à travers la main par Bill Neff avec son assistante sous hypnose (1948).

Philip Morris

L’un des plus célèbres spectacles était le Ghost Show Ringmaster de Philip Morris. Ce magicien, ventriloque, pickpocket et hypnotiseur, fut l’un des derniers à présenter des Spook shows jusque dans les années 1960. Ses coups de maître pour promouvoir ses spectacles dans un grand nombre de villes sont légendaires. Son alter ego, le Dr. Evil (genre famille Addams), a même accueilli un spectacle de fin de soirée, dans certains marchés à travers le pays durant les années 1950.

Morris n’hésitait pas à utiliser des effets extrêmement gore pour capter l’attention d’un public toujours plus avide de sensations fortes. Plusieurs de ses spectacles utilisaient du faux sang lors de fausses décapitations.

Keith Stickley

Depuis 2003, Sous les traits du Docteur Scream, Keith Stickley a recréé l’expérience des Spook Shows classiques pour faire redécouvrir cette forme de divertissement aux nouvelles générations de spectateurs dans les cinémas. Une expérience vintage, volontairement régressive et un peu datée qui utilise la magie comme une attraction de fête foraine.

Adam Cardone

Adam Cardone, The Ultimate Vaudeville Magician est magicien, ventriloque, escapologiste, Mentriloquist (mixte de mentalisme et de ventriloquie) et propriétaire du Cirque Flea. Dans la pure tradition des Spook shows d’antan, Cardone se glisse dans la peau du Ghost Master pour faire léviter une table, précipiter la mort de quelqu’un grâce à une machine à avancer le temps, s’échapper d’une camisole de force, utiliser une guillotine, manger des lames de rasoir, utiliser des cartes ESP, puis convoquer l’esprit d’Elvis Presley et des démons. Cardone utilise des instruments et des artefacts pour rendre crédible sa mise en scène, tels : un crâne humain, une tête réduite, un alligator, un poisson Godzilla, une brique du château de Dracula, etc.

Son spectacle House of Ghostly Haunts est constitué d’histoires vraies à forte teneur autobiographique. Un voyage dans le temps de l’âge d’or du spiritisme. Marionnettiste de formation, il utilise des pantins pour la fameuse séquence dans le noir. Le point culminant du Black-out, se conclut par « Sa Majesté Infernale » cherchant quelques âmes perdues dans la salle.

4- BLACK-OUT et BLACK ART

Le Black-out fonctionne sur l’effet de surprise consistant à plonger, sans prévenir, la salle dans le noir le plus complet. C’est ensuite l’intervention d’un comédien déguisé en psychopathe, ou en monstre (dans un costume luminescent) qui court dans les allées du cinéma, entre les sièges et effraye les spectateurs en les prenant à parti. Le black-out est également combiné avec le théâtre noir pour, par exemple, faire flotter des objets au dessus de la tête du public.

Le Black art ou Théâtre noir est l’un des outils les plus utilisé dans les Spook shows pour réaliser des effets spéciaux spectaculaires. L’obscurité est essentielle dans la matérialisation de fantômes en lévitation, et autres décapitations. Cette technique implique un grand nombre de personnes en costumes sombres qui peuvent facilement être cachés dans l’obscurité et faire bouger « les esprits » invoqués. Durant les spectacles, tous les dispositifs sont facilement cachés dans le noir : fantômes, perche, fils, etc.

5- HERITAGES

William Castle

En 1959, William Castle (1914-1977) intègre des scènes en directe aux projections de ses films d’épouvante. Alors que les Spook shows séparent les interventions live des magiciens, de la projection du film, les « attractions » de Castle sont en rapport direct avec le film ; acteurs et monstres « sortent de l’écran ». Les films de Castel sont un prolongement des inventions spectrales de Robertson.

Avec un opportunisme commercial affiché, Castle, réalisateur et producteur de films fantastiques de série B, devint à la fin des années 50 le spécialiste de l’épouvante bon marché. Il envisageait le 7ème art comme une attraction de foire interactive, entre la prestidigitation et les montagnes russes. Un retour à l’attraction spectaculaire des premières séances du cinématographe.

La plupart de ses histoires décrivent des mises en scène morbides : des fictions criminelles où les coupables font appel à des simulacres, à des mises en scène. Le spectacle fait ainsi partie intégrante du récit conçu comme un trompe-l’oeil pour le spectateur comme pour les personnages. Ce bon artisan, « mécanicien » de l’horreur se transformait en marketeur avisé. Pour Macabre (1958), il imagine une police d’assurance plus ou moins bidon qui garantit à chaque spectateur un capital en cas de décès (de peur).

Castle pourvoyait de gimmicks un panel de salles, lors de la distribution de ses films, inventant des effets horrifiques hors du commun. L’effet Percepto avec des décharges électriques et des vibrations diffusées dans les sièges (The Tingler, 1959), le vol de spectres fluorescents dans la salle (13 Ghosts, 1960), Un compte à rebours avant les scènes choc, une accorte d’infirmières prenant le pouls des spectateurs, un vote du public pour choisir la fin du film et d’autres effets en Psychodelorama (psychédéliques) avec port de lunettes révélatrices d’ectoplasmes !

Pour House of Haunted Hill (La Nuit de tous les mystères, 1959) c’est un squelette en plastique, attaché au plafond des cinémas, qui fond sur les spectateurs au moment où Carol Ohmart, est elle-même attaquée par un squelette. On aurait pu croire que c’était Vincent Price, qui, manipulant le squelette du film, avait transpercé l’écran de son gimmick horrifique. Des employés du cinéma, déguisés en fantômes, surgissaient ensuite dans la salle sur les spectateurs dans un effet appelé Emergo.

Joe Dante rendra un hommage jubilatoire à William Castle en réalisant l’hilarant Matinee (Panic à Florida Beach, 1993), qui met en scène, sous les traits de John Goodman, un producteur-cinéaste-exploitant capitalisant sur la peur de l’Amérique en pleine crise des missiles de Cuba. Un hommage poilant à l’âge d’or du cinéma fantastique américain avec bébête géante et fièvre de l’atome ; un film dans le film à la manière des séries B de l’époque.

Hypnovision et mise en abyme

Ray Dennis Steckler inventa le procédé appelé Hypnovision dans son film The incredibly creatures who stoped living and became mixed-up zombies (1964), où les comédiens surgissent de l’écran pour effrayer le public. Un dérivé appelé Hypnovista est lui basé sur le pouvoir de suggestion.

Au cinéma, nombreux sont les exemples de scènes d’interaction entre l’écran et les spectateurs, qui restent dans la fiction mais questionnent le rôle du regardeur. Quelques exemples frappants, ci-dessous :

- Dans Saboteur (1942) d’Alfred Hitchcock, une séquence mémorable se déroule dans un cinéma. Sur l’écran une scène policière avec en gros plan un pistolet. L’intrusion de vrais gangsters sur l’avant scène, s’échangeant des coups de feu, précipite les spectateurs dans l’effroi.

- Dans La Rose pourpre du Caire (1985) de Woody Allen, Tom Baxter, personnage de fiction en noir et blanc, s’échappe de l’écran pour donner des couleurs à la vie de Cecilia, spectatrice assidue du Jewel Palace.

- Dans Angoisse (1987) de Bigas Luna, la fiction gangrène petit à petit la salle de cinéma jusqu’à voir l’irruption d’un tueur parmi les spectateurs.

- Dans Scream 2 (1997) de Wes Craven, la séquence d’ouverture se déroule dans un cinéma où est projeté Stab en Stab-O-Vision (mise en abyme de Scream 1). Le film est précédé de tout un attirail d’attractions à la William Castle : fantômes volants dans la salle et couteau fluorescent. La moitié des spectateurs sont déguisés comme le tueur du film, brouillant ainsi les pistes entre la fiction et la réalité. L’actrice Jada Pinkett est accompagnée d’un ami déguisé. Après une substitution avec le vrai tueur, celle ci se fait poignarder devant la centaine de spectateurs présents qui sont assimilés à « des tueurs en série ».

- Dans Destination finale 4 (2009) de David Richard Ellis, Une réserve de produits inflammables explose « accidentellement » derrière un écran de cinéma où est projeté un film d’action en 3D. La séquence d’explosion du film se déroule réellement dans la salle qui est soufflée par la déflagration, ainsi que tout le centre commercial alentour !

Quel est le pouvoir réel des images sur le monde ?

La tuerie d’Aurora (Colorado) en juillet 2012, lors de l’avant première de The Dark Knight rises (de Christopher Nolan) est une terrible intrusion de la réalité dans la fiction. James Eagan Holmes, 24 ans, déguisé en Joker surgit lors de la projection du film dans la salle et ouvre le feu sur les spectateurs, tuant une douzaine de personnes. Batman sort de la fiction et le Joker entre dans la réalité par un atroce fondu enchaîné. Même le pire des Spook shows n’en est pas arrivé là ! Dans cette tragédie, l’image tue littéralement le spectateur.

« Qu’en est-il de l’événement réel, si partout l’image, la fiction, le virtuel perfusent dans la réalité ? […] On pourrait presque dire que la réalité est jalouse de la fiction, que le réel est jaloux de l’image… C’est une sorte de duel entre eux, à qui sera le plus inimaginable. » Jean Baudrillard

La 3D

Les jouets optiques à deux oculaires comme le stéréoscope, ou encore des visionneuses de type kinétoscope et Mutoscope, ont permis de visualiser des images fixes puis animées, en relief. Pour la projection stéréoscopique, le cerveau du spectateur doit reconstituer la perception de l’image en relief. Ce système nécessite un équipement sophistiqué qui longtemps, n’a pas satisfait les exigences de la projection cinéma, pour des motifs économiques et de complexité de réglages et d’installation. De plus, tout dispositif stéréoscopique peut entraîner une certaine fatigue oculaire provoquée par l’important travail du cerveau pour reconstruire une perception cohérente des trois dimensions.

La projection en relief stéréoscopique marque les débuts du cinéma en relief exploité dès la naissance du cinématographe (par les Frères Lumière) au début du XXe siècle avec le remake du court métrage L’Arrivée d’un train en gare de la Ciotat, en 1935. Pourtant, dès 1922, le film américain The Power of Love est spécialement conçu en relief et le public dispose de lunettes spéciales.

Durant les années 1953 à 1956, les grands Studios américains ont produit plusieurs dizaines de films stéréoscopiques, pour lutter contre l’émergence de la télévision diffusant alors, de nombreux films. Parmi ces films, citons : L’Homme au masque de cire (1953) de André De Toth, Creature from the black lagoon (1954) de Jack Arnold et Dial M for murder (1954) d’Alfred Hitchcock.

Jusqu’aux années 2000, l’exploitation du relief s’est développée dans certains lieux de diffusions spécialisés comme les parcs d’attractions.

La 4D

Ce type de cinéma nécessite une salle spéciale, équipée d’effets sensoriels qui, combinés avec le film, créent un véritable spectacle. En raison du prix élevé de l’installation, les films 4D sont installés dans les parcs d’attractions qui présentent alors un même film sur plusieurs saisons. Dans les fêtes foraines, de petites salles de projections (12 à 24 places) accueillent les spectateurs avec plusieurs programmes à la clé (navette spatiale, course de voiture, etc.).

Les effets spéciaux sont utilisés lors de la projection pour par exemple, simuler du vent, de la pluie, ou un tremblement de terre. Les cinémas 4D ne sont pas des simulateurs de mouvements car, même si les sièges peuvent vibrer ou parfois se basculer légèrement, ce ne sont là que des effets utilisés ponctuellement.

D’autres innovations techniques ont été exploitées parmi lesquelles, l’odorama, l’Immersion (réalité virtuelle) avec ou sans retour d’interactivité, ou encore le Sensurround. Sollicitant les principaux sens humains : vue, ouïe, odorat et toucher.

La 4D fait officiellement son apparition au cinéma en 2012 en Corée du Sud, au Mexique et aux Etats-Unis (environ 175 salles équipées dans le monde fin 2012). La 4D c’est du cinéma total, idéal pour les films à grand spectacle. En plus des effets 3D avec port de lunette, les sièges vibrent, s’animent, des projections de vapeur d’eau aspergent les spectateurs, des diffuseurs d’odeurs alertent les narines, etc. Tous les sens sont ainsi mis en éveil dans cette immersion totale ! Du coup, la fiction rejoint la réalité. L’image interagit avec le spectateur de façon concrète.

Maison Hantée

Aujourd’hui, les spectacles de fantasmagorie et de fantômes sont devenus des divertissements grand public qui se sont délocalisés dans les maisons hantées des parcs d’attractions qui combinent moult effets spéciaux allant du simple trompe l’œil aux effets numériques les plus poussés.

C’est Walt Disney qui a le premier récupéré cette formule pour élaborer sa maison hantée (Haunted House) en 1969, certainement influencé par les « fantasmagores » de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle. Les effets et techniques sont toujours les mêmes. On peut ajouter au Pepper’s Ghost, l’utilisation d’hologrammes, de miroirs, de projections, d’animatroniques, et d’illusions d’optique pour convoquer les forces occultes et autres revenants.

A lire :
- Ghostmasters de Mark Walker (Revised Editions, 1994).

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Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 23 septembre 2016.
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