Artefake
Accueil du site   SOMBRERO / DECOUFLE

SOMBRERO / DECOUFLE

Voyage au pays des (h)ombres (Théâtre de Chaillot, Paris le 12/06/2007).

Après « Iris » et « Solo », Philippe Decouflé revient à ses obsessions majeures : le cinéma, les illusions d’optiques et l’artifice. « Sombrero », créé en 2006, est une plongée dans les fantasmagories du XIX ème siècle avec apparitions de « monstres » et de « merveilles ». Puisé dans une mythologie américano-mexicaine et rassemblant tous les fantômes du western spaghetti, « Sombrero » est l’histoire d’un sombre héros, de la quête de Françoise par François à la recherchent de leurs ombres.

Sur des textes de Claude Ponti, auteur pour enfant, les mots attirent les images et inversement. Ce savoureux jeux de va et vient entre la forme et le fond alerte le spectateur et le plonge dans des abîmes de subtilité. Avant toute chose, « Sombrero » revisite l’art ancestral de l’ombromanie, des chinoiseries du music-hall. Il dynamite leur représentation en proposant plusieurs surfaces de captations et de sources lumineuses. Différents plans se succèdent dans l’espace pour interférer avec le réel, ainsi qu’avec les corps des danseurs. Un savant jeu d’échelle se met en place. L’interaction entre les ombres et les corps réserve des moments de pure poésie. Philippe Decouflé a le secret pour créer des images vertigineuses et marquantes comme au temps du cinéma muet. D’ailleurs, cette incorporation des ombres évoque le cinéma expressionniste allemand, dont le fantôme de Nosferatu plane sur quelques séquences clés. Au cours de ce voyage dans la mythologie même du cinéma, nous croisons certains de ses archétypes comme dans ce final décalé, un hommage au film Il était une fois dans l’ouest de Sergio Leone. A noter que le conseiller technique en ombromagie est le magicien ombromane Philippe Beau.

Cependant le système mis en œuvre est limité. En effet, pour mettre un peu plus le spectateur « à l’ombre », le chorégraphe utilise la vidéo pour capter des gestes et des expressions retransmises et trafiquées en direct sur des écrans visibles par le public. Ces images générées en live ont pour vocation de créer un vertige, mais elles sont loin d’être aussi fortes que les effets d’optiques du pré cinéma. Pour la première fois le système Decouflé atteint ses limites. A force d’accumuler les effets et de mélanger les « techniques manuelles » et les nouvelles technologies, « Sombrero » dévie et perd de son esthétisme originel. Les effets s’apparentent parfois à un mauvais clip vidéo rempli d’images saturées aux couleurs criardes. Au niveau de la technique, le spectacle n’est pas parfaitement rodé. Un trop plein de machines et de projecteurs, et une accumulation de prouesses techniques demandent une précision d’horloger dans le timing. Du coup, le synchronisme est difficile à gérer pour les danseurs qui sont souvent en décalage avec leur double virtuel.

Malgré quelques fautes de goût presque inévitables, cette fantasmagorie regorge d’idées lumineuses à l’image du prologue qui voit évoluer des danseurs accompagnés de leurs ombres en chair et en os. Toute la magie des spectacles de cet artiste tient en un mélange savant de danse, de cirque, de mime, de théâtre pour un résultat toujours hybride où l’humour côtoie l’absurdité.

Philippe Découflé est un illusionniste du spectacle vivant et un formidable créateur de formes. Il ne se considère pas simplement comme un chorégraphe, mais comme un assembleur d’images. Il convoque toutes les formes d’arts comme le ferait un artiste moderne. Poursuivant le même but que son prestigieux prédécesseur Méliès : « se battre pour enchanter le monde ».

A voir :
- le site de la compagnie DCA

A lire :
- le compte rendu de Shazam

Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 28 avril 2016.
MENTIONS LEGALES :

ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

Informations rassemblées et coordonnées à l'initiative et pour le compte de l'Association Artefake.
Ce document est déposé auprès d'une Autorité d'Horodatage Qualifiée - Certifiée ETSI & RGS

Dans le cas où malgré notre vigilance, une de nos publications porte atteinte aux droits d'auteur, merci de nous l'indiquer. Dans le cas ou cela s'avère exact, nous nous engageons sans délai à supprimer cette publication de notre site.

Artefake est une oeuvre collective créée et publiée par l'Association ARTEFAKE.
Conformément à l'article L.113-1 du Code de la propriété intellectuelle, l'association Artefake est titulaire des droits d'exploitation du contenu du site Artefake.com
La reproduction totale ou partielle des articles du site internet Artefake sont strictement interdite, par tous moyens connus ou à découvrir, quel qu'en soit l'usage, sauf autorisation légale ou autorisation écrite de l'association Artefake.
L'utilisation de la marque déposée Artefake est soumise à autorisation.
Les liens hypertextes pointant soit vers la page d’accueil soit vers un article particulier sont autorisés.
L’autorisation de mise en place d’un lien est valable pour tous supports, à l’exception de ceux diffusant des informations pouvant porter atteinte à la sensibilité du plus grand nombre. Au titre de cette autorisation, nous nous réservons un droit d’opposition.
Toute personne nommée ou désignée dans le site Artefake dispose d'un droit de réponse conformément à l'article 6 IV de la loi LCEN.
Ce droit de réponse doit être adressé par courrier recommandé à Artefake - A l'attention du Directeur de Publication - 16, rue Henri Gérard - 21121 Fontaine lès Dijon.

Directeur de la publication : Sébastien BAZOU
Président du Conseil d'Administration : Eric CONSTANT

ISSN 2276-3341 - Droits de reproduction et de diffusion réservés © Artefake 2004-2017
Artefake est une marque déposée - Site développé sous SPIP par ROUGE CEKOYA