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RAFISTOL / Velo Cello Con Vibrato

Théâtre Trévise (Paris, samedi 6 novembre 2010).

Sur scène, côté jardin, se trouve une malle métallique avec un piano miniature posé dessus. Au fond, on aperçoit un trépied surmonté d’une ardoise avec un point d’interrogation dessiné dessus. Enfin, côté cour se trouve un guéridon. La bande son diffuse une musique pour piano.

Un personnage arrive en vélo sur scène, c’est Robert Landard alias Rafistol, la dégaine mal assurée à la Pierre Richard. Il est habillé d’un grand imperméable écossais et d’une écharpe qui s’est prise dans le guidon du vélo. La bicyclette se met alors à tourner en rond comme un cheval faisant le tour de la piste. Rafistol lui donne des directives : "Arrête toi ! Tourne en rond ! Oh, doucement...". Une récompense attend le vélo...de l’huile de coude (mais pas trop pour le cholestérol).

Avec cette petite saynète d’entrée, Rafistol a planté le décor. La réalité sera, dès lors, transformée par la force de l’imagination dans des tableaux poétiques et surréalistes.

Les préparatifs

Le clown Rafistol demande que la musique s’arrête. Pour celà, il doit fermer le couvercle du piano miniature. La musique cesse, mais reprend d’un coup. Il referme le couvercle une nouvelle fois et, d’un coup, la musique surgit du petit piano. Furieux, Rafistol se saisit du plateau sur lequel est posé le piano et tape sur la miniature. Le plateau est ensuite envoyé dans les coulisses : "silence plateau" ! Le placeur de salle, présent à l’arrivée des spectateurs, arrive furieux et en oublie sa casquette. Rafistol en profite pour mimer le personnage en tenant l’accessoire en l’air. Il lance ensuite la casquette à Jardin qui revient, tel un boomerang, à cour.

Rafistol annonce au public qu’il est venu faire de la musique et montre le costume qu’il s’est confectionné à l’aide de chatterton noir ! Il pose ainsi son imperméable sur le trépied surmonté d’une ardoise avec un point d’interrogation, qu’il complète pour dessiner un cintre : "C’est pas un portant (important), c’est un cintre".

Arrive ensuite son collègue musicien, qui est en fait le placeur, avec son bandonéon. Ils vont nous jouer de la musique classique datant de 1722. Rafistol, fait alors sont entrée de musicien et essaye de se présenter, mais sa langue fourche à chaque fois, lui faisant dire des âneries du genre : "Mesdames, mesdemoiselles, mes vieux (...) je suis très content d’être par vomi (...) pour vous interpété (...) un air très rapiécé (...)"

Soudain, les partitions qu’il avait placé sur le pupitre disparaissent accrochées dans son dos par accident. Elles sont remises sur le pupitre. Rafistol, nettoie ses lunettes et coince accidentellement sa cravate sur son nez. Il se reculotte et n’arrive plus à enlever sa main de son pantalon.

"En ce temps, la musique n’était pas rock mais baroque. Petite berceuse baroque en ré mineur. De la musique Barak, au bas mot."

Après différents problèmes de pied de micro et d’une bonnette récalcitrante qui se retrouve sur son nez, Rafistol introduit son instrument : La viole d’amour. "Avec un archet, un archer sans flèches mais sensible". Il prend la housse de son violon et commence à entamer un pas de deux avec comme s’il s’agissait d’une partenaire. Il nous gratifie même d’un strip tease en déhoussant l’instrument grâce à la fermeture éclaire.

Il place l’instrument dans son cou tel un petit violoncelle, mais sort aussitôt le pied de celui ci pour le poser au sol. Le pied fait office d’antenne qui capte la radio. Après divers accordages, Rafistol est prêt. C’est sans compter sur la housse placée sur le dossier de la chaise telle une matière vivante ! "Allez housse dehors".

La housse vide, manipulée par Rafistol, revient sur la scène figurant une baleine. Elle symbolise la mère de l’artiste qui, le soir, lui racontait des histoires. Une fois ce très beau tableau fini, Rafistol va chercher ses lunettes qui sont restées dans la housse et se transforme, d’un coup, en éléphant avec sa trompe et ses grandes oreilles.

La housse est laissée de côté et Rafistol commence à jouer mais son violon qui glisse au sol. Deux trous sont percés pour maintenir l’instrument, mais le trépied s’en va avec l’outil qui est tiré depuis les coulisses par l’assistant. Furieux, le clown froisse sa partition et propose de jouer "le cello a capela", sans partition. Il saisit son instrument et réussit enfin à jouer malgré le dossier du siège qui se démonte (un air à bascule). Une fois le morceau joué, Rafistol confie "le dossier" et la structure à son assistant : "A mon avis elle est bonne pour le cimetière...du Père Lachaise".

Musique à gogo

Avec la fermeture éclaire de la housse, Rafistol nous joue un air de "House music". Il entame ensuite à cappella le morceau d’Elvis Presley, Love me tender, accompagné du tendeur de son vélo. Viens ensuite une petite valse de Strauss avec la sonnette et le klaxon du vélo. Le morceau finit par "dérailler" et les "pouet pouet" et "dring dring" s’inversent. Rafistol parle à son vélo : "Tu es déjanté, mais tu ne t’es pas dégonflé. Tu as vraiment un petit vélo dans la tête".

La housse de violon posée sur la tête, telle une banane de rocker, Rafistol entame Toute la musique que j’aime de Johnny Hallyday, avec son violon tenu comme une guitare. Vient ensuite, le "Tout est foutu, on roule" (Tutti frutti de Little Richard.)

Les cigarettes

Rafistol retrouve un paquet de cigarettes et des allumettes dans la casquette du placeur. Il essaie de s’en griller une mais son complice le sermonne. Il propose alors au public de réaliser quelques tours de magie. Une cigarette est grattée sur le grattoir de la boîte d’allumettes et disparait en se décomposant (gag). La cigarette disparait dans son oeil et réapparaît dans sa bouche. Elle disparaît dans son nez et réapparaît, une nouvelle fois, dans sa bouche. Disparition dans l’oreille droite et réapparition dans l’oreille gauche. Il y a maintenant deux cigarettes que Rafistol placent dans sa bouche pour imiter un lapin. C’est ensuite le mime du morse !

La scène remplit de cigarettes, Rafistol nettoie le sol : "Il ne faut pas laissé la salle sale". Pendant qu’il ramasse, l’assistant fait disparaître par deux fois une cigarette (c’est plus rapide). Rafistol se plaint : "C’est pas grâce à lui que je vais faire un tabac. Il faut toujours qu’il mégote. Si je ramasse pas ça va jaser".

Ni une, ni deux, Rafistole improvise une musique jazzy avec la pelle et la balayette (en grattant celle ci sur la pelle), c’est "Huguette mi figue" (You get me fell). Pour finir en beauté, Rafistol jongle avec la pelle, la balayette et la partition en boule.

Jeu de doigts

Reprenant les choses en main, le clown musicien décide de jouer de façon classique. Malheureusement, il se coince le doigt dans le tube du trépied. Le pouce disparaît, suivit du doigt qui saute d’une main à l’autre. Rafistol organise alors un combat de sumo représenté par ses deux doigts. Il se propose ensuite de nous apprendre le truc des index qui sautent d’une main à l’autre. Les spectateurs lèvent tous le doigt : "Quoi, vous voulez faire pipi ?"

L’assistant apporte une nouvelle chaise qui se plie rapidement et encombre le pied de Rafistol. Celle ci est transformée en xylophone. "Sans problèmes techniques, le spectacle ne fait que 12 minutes 43".

La partenaire

Rafistol nous présente sa partenaire : "ma malle". Celle ci contient des tours de magie, c’est sa "malle des indes". Il l’ouvre et dispute son chien invisible tenu par une laisse : "le chien que vous avez devant vous n’est pas un chien pour aveugle, il est juste invisible, Prenez le, je vous le laisse".

Tours de magie

Rafistol sort une petite mallette en aluminium (que tous les magiciens connaissent), sur laquelle est écrit "Le petit clown magicien". Après avoir posé l’objet sur la malle, quelques lettres se décollent et laisse apparaître la phrase "Le petit con magicien".

L’antivol du vélo est retrouvé dans la mallette et se transforme en coeur. Le clown magicien sort une baguette, un chapeau claque et un foulard taché (qui a servit à démonter la roue du vélo). Il fait apparaître le fameux lapin du chapeau en transformant la serviette par un pliage origamique. L’animal est ensuite violemment frappé sur la malle et disparaît : "le lapin s’est fait la malle". Il réapparaît en ombre chinoise, tel un fantôme, en projection sur la malle (Magnifique tableau poétique).

Rafistol sort ensuite sa cape de Mandrake et un autre foulard qui est en fait une chausette. Celle ci est transformée en rose et mise à la boutonnière, mais elle sent toujours la chaussette !

Kiki

Quand Rafistol travaillait dans les cinémas, il présentait un numéro de ventriloquie à l’entracte entre deux films : Kiki, la valise en carton. Une petite valise chaussée de lunette qui entame une chanson hispanique avec la voix de son maître. La chanson se finit sur une inversion de voix burlesque, la marionnette ayant prit le contrôle du manipulateur.

Réapparition du chien

Rafistol revient sur scène avec une mini guitare et une mini chaise : "donne moi la chaise de jardin (côté jardin de la scène)". Son chien invisible s’est matérialisé en animal mécanique chantant Only you de The Platters. Un moment surréaliste !

Dernières chansons pour la route

"Tartine grillée, jus d’orange, le téléphone sonne, les gens m’appellent et moi je déjeune...les gens m’appellent l’idole des jeunes..." Une chanson poétique de Johnny.

Pour sa dernière interprétation, Rafistol propose une pantomime de la chanson finale. Il prend un petit livret de chansons qu’il agite tel un oiseau. Apparaît une petite marionnette à doigt représentant le clown enfant. Rafistol passe derrière le rideau et le livret vole de plus en plus haut (gag du faux bras). Le livret, passé derrière le rideau, réapparaît en papillon géant et la marionnette à doigt, en marionnette à fil.

La marionnette est triste de ne pas pouvoir attraper le papillon. Finalement l’insecte se laisse dompté et le petit garçon s’envole avec lui dans les airs. Un chariot est amené sur scène, "le grand chariot (la grande ourse) de la constellation d’étoiles". La marionnette est placée dedans et Rafistol part en apesanteur et en lévitation dans les coulisses.

Après les applaudissements et la standing ovation de la salle, l’assistant bruite un coeur qui bat au micro. Rafistol mime ce coeur qui est le sien et l’envoie dans la salle pour qu’il s’arrête de battre.

Rafistol reprend son manteau et apparaît un vrai cintre à la place du dessin du début. Le clown quitte définitivement la scène sur un air de bandonéon.

Un plan (presque) sans accros

Velo Cello Con Vibrato est basé sur un comique de situation où les jeux de mots ont une place prépondérante.

Nombreux sont les numéros visuels ayant pour thème la musique. Dans la plupart des cas, il s’agit d’incidents qui viennent contrarier le bon déroulement du concert. On pense notamment au numéro des Chesterfiels joué par Gilles Margaritis et Roger Caccia et repris pour la Piste aux Étoiles en 1966. Et plus récemment, Duel interprété par Laurent Cirade et Paul Staïcu, ainsi que le numéro de ténor de Michaël Szanyiel.

Robert Landard fait de son Rafistol un clown attachant, presque lunaire. Son insouciance rêveuse rappel le Yoyo interprété par Pierre Etaix dans son film éponyme datant de 1964. D’ailleurs, certains gags évoquent l’univers doux-amer d’Etaix. Même sens de l’absurde et de l’imagination qui surgit "tel un papillon". De plus ces deux clowns poètes sont d’une grande modestie, signe des grands artistes.

On peut reprocher au spectacle de traîner en longueur les vingt premières minutes, où le clown a du mal à imposer son univers très cadré qui parle plus aux enfants qu’aux adultes. Mais très vite les trouvailles visuelles, plus que les jeux de mots un peu redondants, séduisent tout le public impressionné par tant d’imagination.

La force de Rafistol est de convoquer tout un bestiaire et un panel de personnages avec le strict minimum. La meilleure illustration en est l’utilisation de la housse du violon. Le spectacle se finissant crescendo par un magnifique tableau en apesanteur qui conquit définitivement toute la salle, petits et grands.

A visiter :
- Le site de Rafistol.

Crédits photos : Moret l’espagnol et Zakary Belamy. Tous les documents et archives sont proposés sauf avis contraire des ayant-droits, et dans ce cas seraient retirés.

Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 29 octobre 2013.
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ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

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