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Philippe SOCRATE

Comment êtes vous entré dans la magie ? A quand remonte votre premier déclic ?

C’est ma maman qui m’a raconté mes débuts en magie : J’étais un petit garçon qui ramassait les papiers de Malabar dans les caniveaux. Ils contenaient des expériences de physique amusante qui me passionnaient. Pour étoffer cette documentation « non exhaustive » à chaque Noël on m’offrait l’Album des jeunes.

Quand avez-vous franchi le premier pas et comment avez-vous appris ?

J’ai vu un jour un magicien lors de colonies de vacances dans les Pyrénées, à Béost. Je ne me souviens pas précisément de son répertoire, mais je garde en mémoire une chose : il avait une jolie veste et la chemise dépassait de la veste… pas dans le sens où on l’entend aujourd’hui, elle dépassait au niveau des manches. Et j’ai toujours aimé les poignets de chemises. J’aime quand ils dépassent légèrement de la veste, et que le public peut penser : « C’est dans la manche… »

Le premier pas fut franchi en 6ème, à 10 ans, j’ai rencontré un camarade de classe qui faisait des tours de cartes époustouflants. Quand je lui ai demandé ses sources, il m’a répondu « un Payot ». J’ai acheté le livre en question, et ceux qui ont eu un Payot entre les mains, savent que pour un gamin, ce n’est pas le bouquin le plus adapté pour commencer la magie. Si vous réussissez à surmonter l’obstacle, c’est que vous êtes vraiment passionné.

Quelles sont les personnes ou les opportunités qui vous ont aidé A l’inverse un évènement vous a-t-il freiné ?

Ma mère a été la première à « s’émerveiller » des tours que je faisais et elle a toujours été un soutien indéfectible. L’élément qui aurait pu me freiner, c’était mon père : il souhaitait que je fasse une grande école comme lui. Heureusement mes études de médecine l’ont rassuré, et il est vite devenu un allié.

Dans quelles conditions travaillez-vous ?

A la puberté, je répétais pendant des heures devant un miroir. Evidemment, refusant de voir la réalité, je ne pouvais m’empêcher de cligner les yeux, dans les moments difficiles… Pour les manipulations de cartes, je m’entrainais au dessus de mon lit. Bien pratique, quand on doit tout ramasser !

J’ai tout appris tout seul dans les livres. Et justement, à l’époque, il n’y avait rien de publié sur les cordes. J’ai donc pris quelques leçons avec Jean Merlin qui m’a enseigné beaucoup plus, et notamment l’importance des textes bien écrits.

Entre 19 et 25 ans, j’ai construit mon numéro de la rose. J’avais une grande cave, qui jouxtait mon atelier de bricolage, et après chaque soirée, j’y descendais et je rêvais en musique.

Quelles sont les prestations de magiciens qui vous ont marqué ?

Deux magiciens m’ont vraiment impressionné : Norm Nielsen et Albert Goshman. J’étais engagé au gala des espoirs de la magie, organisé par Jean Merlin. Evidemment Jean, vous le connaissez, avait écrit « désespoir » en un seul mot. Dans la première partie, il y avait les espoirs, où je faisais ma routine de billes de billard, en habit à queue, et ce n’était pas si mal.

Philippe Socrate à Grévin en 1970.

En seconde partie, il y avait les pros, et celui qui finissait, c’était Norm Nielsen. J’ai regardé ce numéro d’une loge d’artistes qui était au dessus de la scène, donc au dessus de lui ! Je n’ai rien vu, ni ses charges, ni la disparition du violon. Et toute ma vie, jusqu’à maintenant encore, je reste un fan de Norm Nielsen, de son côté félin, et de ce minimalisme qui m’enchante.

Ce gala a vraiment été magique, d’autant plus qu’à la fin j’y ai retrouvé Paul Dassonville, avec qui j’ai partagé une amitié de 30 ans.

Le deuxième magicien qui m’a marqué est Albert Goshman. Le plus grand close-up que j’ai vu jusqu’à aujourd’hui, et je pense que de nombreux magiciens de ma génération ont fait le même choix. Il lançait le numéro et c’était époustouflant, et pour le public, et pour les magiciens. Aucune vidéo ne peut rendre ce que nous ressentions.

Quels sont les styles de magie qui vous attirent ?

Ce n’est pas tellement un style de magie qui m’attire, mais les magiciens et l’univers qu’ils se créent. Je pense à Benoît Rosemont et ses démonstrations de mémoire époustouflantes, je pense à Yann Frisch et son autisme magique dont on ne sait pas s’il est réel ou non, je pense à Jacques Paget et son piano magique, à Alexandra et Dominique Duvivier et leur double fond… Tous ses artistes se centrent sur eux-mêmes et triomphent grâce à cela. Ils illustrent merveilleusement ce précepte : « Un des meilleurs moyens de devenir universel, est de rester personnel ».

Quelles sont vos influences artistiques ?

A part Norm Nielsen, pour la disparition de ma tête volante je n’en vois pas. Evidemment à mes débuts, il y a eu des magiciens que j’ai admirés. Je n’ai pas échappé à cet apprentissage obligatoire : on copie, on s’approprie, on invente.

Quand j’ai vu les premières vidéos de Richard Ross, j’ai répété et fait les montres de Richard Ross. Pareil pour Fred Kaps. Je connaissais leur numéro par cœur. Jamais je ne le faisais en public bien sûr, je faisais ça pour moi, pour comprendre… savoir comment, et surtout pourquoi. Qu’est ce qui m’en reste aujourd’hui ? Un immense respect pour ces grands artistes.

Philippe Socrate à la FISM de 1982.

Quels conseils et quel chemin conseiller à un magicien débutant ?

D’abord apprenez à bricoler, car « ce » dont vous allez avoir besoin, n’existe pas encore. Vous allez devoir le fabriquer au moins trois fois, pour qu’il commence à devenir fiable.

Ensuite arrêtez de regarder You Tube et ré-ouvrez les livres. Dans un livre, vous n’allez pas tout comprendre, dans un livre vous n’allez pas y arriver, dans un livre vous allez cesser de dupliquer, vous allez devoir interpréter et c’est là que vous allez faire une grande trouvaille : vous-même !

Quel regard portez-vous sur la magie actuelle ?

Je suis plus intéressé par les magiciens que par leur magie. Et en France, on a une bonne dizaine de quadragénaires formidables. Il est surprenant de constater, qu’alors que le nombre de magiciens amateurs a été multiplié par 10 en 30 ans, on ne retrouve qu’une dizaine de magiciens exceptionnels par génération.

Quelle est l’importance de la culture dans l’approche de la magie ?

L’histoire des tours est merveilleuse. Un tour est un enfant qui chemine et fait des rencontres qui le transforment. Rien n’est plus gratifiant pour un auteur, de voir son tour fait par quelqu’un d’autre sous une autre forme. Pour ma part j’ai toujours expliqué en conférence les tours qui faisaient partie de mon répertoire, et je n’ai jamais compris pourquoi l’immense majorité des magiciens conférenciers faisait le contraire. Evidemment on a tous peur des clones, mais vous pouvez contourner le problème en expliquant les tours que vous faisiez il y a dix ans.

Vos hobbies en dehors de la magie.

J’adore la médecine. Evidemment ce n’est pas un hobby. C’est une manière d’être. Je me rends compte qu’en amis, j’ai de nombreux médecins généralistes, parce qu’ils ont une manière d’appréhender la vie avec un humanisme qui se fait de plus en plus rare, un humanisme apolitique, non formaté, ancré dans le réel.

Tous les secrets des illusions d’optique de Philippe Socrate (Editions Eyrolles, 2017).

Entre la magie et la médecine il y a l’illusion d’optique, qui prend à la magie l’illusion, et à notre corps humain l’optique. L’illusion d’optique est donc la passion que je cultive depuis 30 ans. Dans ce domaine on ne peut rien faire d’original, si on ne met pas les mains dans le cambouis. Dans les trois dernières années, j’ai passé trois heures par jour sur Photoshop. Et il en est sorti un livre publié chez Eyrolles… J’espère qu’il vous plaira.

- Interview réalisée en octobre 2017.

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A visiter :
- Le site de Philippe Socrate.

Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 13 octobre 2017.
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ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

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