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LA FIN DES TERRES / Philippe GENTY

Théâtre de Chaillot (Paris le 17/03/2006).

Marionnettiste salué dans le monde entier, Philippe Genty a transformé l’art de la marionnette depuis les années 1960 en mêlant la danse, la musique, le théâtre, la magie dans des spectacles qui ont tourné dans le monde entier : Dédale, Zigmund follies, Ligne de fuite.

Les mécaniques du rêve

L’univers privilégié du metteur en scène est celui du rêve. En amenant le public dans des paysages intérieurs, celui ci voyage dans une multiplicité de dimensions propre à la rêverie. Les rêves parlent de nos conflits. On rêve de choses qui ont été enfouies : peurs, culpabilités, hontes. Des sentiments refoulés. Le rêve tente, par une symbolique qui est propre à chacun, de franchir la censure du conscient. Eminemment visuel, le théâtre de Philippe Genty propose des images absurdes, dérisoires, cruelles et surréalistes qui prennent place dans un univers sans logique narrative, dans un mode associatif. Formé aux Beaux-Arts, c’est en plasticien qu’il rêve et donne vie à ces tableaux oniriques. La scène est le lieu de l’inconscient où se lisent tous les conflits de l’être humain avec lui-même. Un lieu ouvert sur des questionnements et des doutes.

« Un théâtre où la magie et l’illusion sont là pour fissurer le rationnel et se glisser dans l’univers du subconscient, laissant le spectateur prolonger les images qui lui sont proposées et le renvoyer à ses propres miroirs. » P.Genty.

Un maître des illusions

Apparition, disparition, transformation, lévitation, et trucs en tout genre ; Philippe Genty est un magicien du plateau, un virtuose de l’illusion au service des rêves. Utilisant toutes les possibilités des illusions théâtrales, il surprend à chaque fois par l’originalité de ses trouvailles. Qu’on pense aux transformations multiples des personnages de la fin des terres où au scaphandrier volant de ligne de fuite, c’est toujours bluffant de beauté plastique et de poésie pure.

La fin des terres (création 2005)

Dès le premier tableau nous assistons à une apparition très surprenante grâce à un détournement d’attention de folie : un personnage en carton devient un personnage réel à vue.

Ensuite une femme en robe rouge (fil rouge du spectacle) disparaît, aspirée dans le sol.

La danse des flèches montre l’absurdité d’un monde où on ne sait quelle direction prendre. Chacun conseillant son propre chemin. Au milieu de cette foison de conseillers anonymes, un couple essaye de se rencontrer et improvise un pas de deux autour d’une valise.

Le couple est transformé en marionnettes géantes comme dans un rêve qui tourne au cauchemar avec au passage l’évocation de l’angoisse refoulée du complexe de castration. La manipulation des marionnettes est très réaliste.

Ensuite, les têtes des marionnettes se transforment et viennent se substituer à celles des personnages vivants qui les manipulent. On ne sait plus qui est qui.

Tableau suivant : Un petit village est situé sur des collines. Les collines sont des dos humains. Le village défile comme un petit train miniature et se perd dans le sol.

Une lettre devient une immense feuille de papier dans laquelle le personnage disparaît.

Notre couple se retrouve en tête à tête. La scène se rétrécie et nous observons les deux personnes comme à travers une fenêtre de train. Le bruitage renforce cette impression. Ils lisent une lettre. Leurs têtes se transforment car les enveloppes des lettres permettent en se dépliant l’apparition de masques en papiers. Suggérant un dialogue devenu impossible, les têtes en papier s’attaquent et se dévorent.

Puis la femme en robe rouge est confrontée à une main géante qui devient un personnage à part entière.

L’homme apporte un ventilateur sur pied. Les feuilles de papier tenues par le personnage s’envolent et la femme en robe rouge, change de couleur de robe sous le souffle du ventilateur.

La robe blanche apparaît, symbole du mariage. Elle est ensuite revêtue par une autre femme, puis par plusieurs femmes, puis aussi par les hommes. Tous les personnages sont en robe de mariée et dansent jusqu’au moment de l’apparition d’un insecte de taille humaine avec une tête d’homme. Celui-ci est magnifiquement manipulé par trois personnes. L’insecte, très expressif, tour à tour séduit puis s’attaque à la femme qui était en robe rouge et finit par la rouler dans une sorte de chrysalide. Cette attirance paradoxale la perdra.

Le tableau suivant est "la danse des tubes". Là, comme ailleurs, je n’ai pas tout compris et ce tableau reste une énigme. Sans doute cela est-il voulu. Les personnages sont enfermés dans des tubes géants desquels dépassent leur tête et leurs pieds.

Un magnifique effet de changement de personnage suit l’épisode des tubes. Un couple, couché au sol, se transforme. La femme se change en une autre femme, puis ensuite l’homme en un autre homme, sans que rien n’attire l’attention. C’est très bien réalisé et très magique.

La notion de bulle est évoquée ensuite avec une grande originalité.

Les personnages masculin et féminin sont chacun dans une immense bulle de papier souple transparent et ne parviennent pas à se retrouver, sauf à se perdre complètement.

C’est la tableau final : les bulles occupent toute la scène.

Rejetant la narration au profit d’un jeu d’association, la dernière création de la troupe Genty raconte la rencontre entre deux êtres et sa résonance imaginaire dans le pays des songes. Un homme tente de rentrer à l’intérieur de l’espace d’enfermement d’une femme, à l’intérieur de « sa bulle », élément matérialisé sur scène par une sorte de plastique semi transparent. Au-delà de la difficulté de communiquer, le corps et les personnages parviennent à une osmose fascinante, sans parole.

Le spectateur est constamment happé par la matière qu’il a sous les yeux. De somptueux tableaux composent le spectacle dans des jeux de composition virtuoses. Ainsi la scène se réduit et s’obscurcit, se décompose en plans verticaux et horizontaux, change d’atmosphère. Les personnages se transforment, changent d’échelle. Marionnettes, ombres chinoises et main géante viennent compléter le tableau. Ce traitement si particulier de l’image théâtrale comme reflet de l’inconscient est magistral. Techniquement parfait, la fin des terres nous renvoie à nos propres chimères.

A lire :
- le premier spectacle parlant de la compagnie.
- La pelle du large.
- Paysages intérieurs.

A voir :
- Le théâtre noir de Philippe Genty.

A visiter :
- Le site de la compagnie Philippe Genty

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Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 7 mars 2017.
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