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Philippe BEAU / Les Ombres Errantes

Scène nationale d’Annecy (Bonlieu, le 8 novembre 2017).

Mise en ombre et en lumière : Philippe Beau. Piano : Iddo Bar-Shaï. Musique : François Couperin. Mise en espace : Chine Curchod. Papiers découpés : Margot Hackel.

Iddo Bar-Shaï, pianiste et Philippe Beau, ombromane, magiciens l’un du clavier, et l’autre, du théâtre d’ombre vont nous faire « entendre-voir » la musique de François Couperin (1668-1733). Avec une dizaine de petites pièces baroques aux titres évocateurs. Comme d’abord, Les Ombres errantes, l’une de ses dernières œuvres pour clavecin, publiée en 1730, alors que le musicien était déjà bien malade. Grâce à une seule lampe de poche, Philippe Beau projette l’ombre du grand piano qui prend des allures de monstre sur un écran. L’espace s’anime en noir et blanc, et dans la lumière, les notes d’Iddo Bar-Shaï prennent lentement corps ; une étrange nostalgie nous étreint.

Mais des moments plus joyeux suivront avec un allègre Sœur Monique. Dans Le Rossignol en amour suivi de Double du Rossignol, des oiseaux en ombre convolent et puis s’enfuient. L’Ame en Peine retrouve une tonalité mineure, pour un moment de recueillement intense. Suivront le drôle et fameux Tic Toc Choc en fa majeur, ou Les Tambourins, en sol majeur. Les non moins fameuses Barricades Mystérieuses, témoignent, elles, du style dit « brisé », propre aux clavecinistes français de l’époque et emprunté aux joueurs de luth qui avaient brisé les accords écrits dans les partitions pour mieux moduler l’intensité et l’expression du son. Avec la superposition de lignes mélodiques, cela fait alors penser au contrepoint.

Ces petites séquences sentimentales s’égrènent avec finesse… Naissent alors sous les doigts habiles de Philippe Beau, paysages, animaux et silhouettes humaines : un oiseau s’envole vers le nid de ses cheveux ou se perche sur son bras, un cheval galope, une grenouille bat du tambourin… Tout un bestiaire éphémère, mais aussi des images plus abstraites et avec de délicates découpes, sont projetés les titres des pièces. Ombre et lumière en adéquation avec cette musique baroque. Bien que souvent figuratives, les saynètes de Philippe Beau ne viennent pas illustrer les pièces mais surgissent littéralement de la force évocatrice du piano. Musique et images se conjuguent en douceur. « J’aime beaucoup mieux ce qui me touche, que ce qui me surprend, disait François Couperin. »

La metteuse en scène suisse Chine Curchod a, pour ce concert, imaginé une scénographie dépouillée, et a trouvé un accord parfait entre des artistes qui n’avaient jamais travaillé ensemble avant cette création en 2015. « La musique crée des ombres », dit le pianiste israélien. « Dans l’ombre, précise Philippe Beau, on peut tout imaginer : l’invisible est parfois plus intéressant que le visible. Je sens ça dans la musique. »

Ils sont quelques-uns comme lui, à pratiquer l’ombromanie (ballet de mains), un art proche de la magie. Philippe Beau a collaboré à de nombreux spectacles, comme ceux, entre autres, de Philippe Decouflé, Robert Lepage, ou Peter Brook… On pourra apprécier les effets spéciaux qu’il a conçus avec la Compagnie 14:20 dans Faust de Johan Wolfgang Von Goethe, au Théâtre du Vieux-Colombier à Paris, à partir du 21 mars 2018.

- Article de Mireille Davidovici. Source : Le Théâtre du Blog.

A lire :
- Robert-Houdin, le roi des magiciens de Philippe Beau (Editions A dos d’âne, 2016).

A écouter :
- Le concert d’Iddo Bar-ShaÏ, Couperin / Les Ombres errantes (CD chez Mirare).

A visiter :
- Le site de Philippe Beau.

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