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PHILIPPE RAMETTE

L’équilibriste.

Philippe Ramette (né en 1961) aime défier les lois de la gravité et de la logique. Cet artiste sculpteur, photographe et dessinateur est l’auteur d’installations surréalistes qui le mettent en scène dans des postures improbables et illogiques. Ses installations captent la sculpture mise en scène dans un mélange de tragédie et de comédie qui fonctionnent comme une énigme à résoudre.

L’artiste réalise des performances acrobatiques sans trucage ni retouche numérique dans le but de montrer le côté absurde de l’existence et de réaliser des exploits ordinairement impossibles à l’homme. Ses expérimentations usent d’un savant dispositif de harnais et d’attelles qu’il met, de temps à autre, en lumière. Ses prothèses-sculptures permettent de s’élever physiquement et corriger la manière de considérer le monde et sa représentation.

Contemplation irrationnelle (2003).

Après des études aux Beaux-arts de Nice, Philippe Ramette abandonne la peinture pour se consacrer à la sculpture d’objets « hybrides » comme Objet à voir le monde en détail (1989), un appareil optique qui redéfinit un point de vue sur le monde. L’artiste décide ensuite de mettre certaines de ses sculptures en scène dans des photographies. Son travail photographique apparaît dès lors comme le prolongement logique de la pratique de la sculpture, puisqu’il permet de montrer son usage dans des conditions idéales. C’est aussi un certificat de la fonctionnalité des objets : une preuve d’existence.

Les prothèses-sculptures

Philippe Ramette invente des objets insolites, humoristiques et tragiques, avec lesquels il prend la pose pour la photo. Ces prothèses lui permettent de flotter dans les airs (Lévitation rationnelle), grimper aux arbres (Promenade irrationnelle) ou arpenter des falaises (Ascension rationnelle). Cette force de gravité qui n’obéît plus aux normes terrestres désarçonne le regardeur et l’oblige à inventer une nouvelle façon de regarder le monde, un nouvel état contemplatif. Les prothèses ne sont pas conçues pour remplacer ou se substituer à un membre ou à un organe du corps humain comme chez le cinéaste David Cronenberg. Elles ne viennent pas en aide à une déficience physique mais à une fragilité, une défaillance de l’esprit.

Exploration rationnelle des sous-marins (2006).

« Les sculptures doivent être considérées à travers la finalité qu’est la photo. Les prothèses ne sont que des outils, elles sont aussi importantes que leur fonction mais pas plus, d’ailleurs elles n’apparaissent pas sur les photographies. Elles sont dissimulés, invisibles à l’œil. Mais il ne faut pas oublier que ma démarche part des objets. Ces objets servent de point de départ à des micro-fictions. La base de mon travail ce sont les objets, mais je préfère dire prothèses. Elles sont nécessaires mais invisibles. » P.Ramette

Les photographies en apesanteur

C’est en 1996, que Philippe Ramette réalise sa première photographie en « apesanteur » avec Balcon 1. Tel un funambule, il joue à l’équilibriste dans un rapport de force avec l’environnement. Cette lutte gravitationnelle est contrebalancée par la propriété magique de l’image. Car il s’agit ici de lévitations « rationnelles » pour reprendre le titre d’une de ses œuvres. Le caractère mystérieux de ses suspensions est de suite ramené au trucage qu’il dévoile soit par l’intermédiaire de ses prothèses-sculptures ou par une explication vidéo, qui mettent ainsi en lumière la lourdeur technique et matérielle que nécessite une prise de vue.

Balcon 2, Hong Kong (2001).

Ramette se considère comme « un réalisateur d’images » à l’instar des metteurs en scène de cinéma. Comme il pose devant l’objectif, qu’il se met en scène, il lui faut un photographe pour immortaliser ses trompe-l’œil. Ce photographe c’est Marc Domage qui est, en quelque sorte, son chef opérateur.

Le personnage des photographies de Ramette est placé à une limite, celle entre le sol et le vide. Les photographies orientent et accentuent volontairement l’effet de vide. On sent ainsi que le personnage lutte physiquement entre ciel et terre. Les lois de l’apesanteur sont délestées pour laisser la figure méditer sur le monde tel le héros romantique de Friedrich ou l’homme impassible de Magritte.

Contemplation irrationnelle (2003).

« Ma démarche est une attitude contemplative. L’idée forte consiste à représenter un personnage qui porte un regard décalé sur le monde, sur la vie quotidienne. Dans mes photos je ne vois pas d’attirance pour le vide, mais la possibilité d’acquérir un nouveau point de vue. » P. Ramette

Crise de desinvolture (2003).

L’homme en costard-cravate qu’interprète Philippe Ramette est l’élément permanent de la photographie ; c’est la signature de l’artiste en même temps qu’un autoportrait. Ce « cravaté » peut représenter le bureaucrate ou l’homme d’affaire extérieur au monde qui l’entoure, n’ayant conscience que de l’aspect superficiel des choses. Un technocrate reflet du capitalisme. Ce que critique l’artiste c’est une société aseptisée qui ne donne pas assez de place à l’ennui, à la paresse et à la méditation.

Objet-sculpture

En 2006, Ramette change de registre en concentrant sa création sur les objets, défiant à leur tour les lois de la gravité ou y contribuant comme une corde partant du sol (Ascension irrationnelle, 2006) ou enroulée à une chaise en apesanteur. Nous ne sommes pas loin ici du mythique tour de la corde hindou ! Ces objets jouent le plus souvent sur les sens propre et figuré des choses.

Echelle 1 (2007), est une sculpture ludique qui exploite les pièges du langage par le jeu sur les mots. Ici, l’illusion d’optique due aux changements d’échelle, fait paraître le château démesurément petit.

La Traversée du Miroir, image arrêtée (2007) est une double glace percée de trous dans lesquels on est invité à passer les bras et la jambe. Un passe muraille figé digne de l’Orphée de Jean Cocteau.

« Mon désir d’utiliser le miroir est ancien et né de l’idée de jouer avec le double sens du mot, entre la réflexion visuelle et le processus mental. Le langage est souvent pour moi le point de départ d’un travail, à travers un jeu de mots ou une expression, comme tirer sur la corde, le fil du rasoir, etc. » P. Ramette

A lire :
- Philippe Ramette, Catalogue rationnel (Galerie Xippas, 2004).

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Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 30 juillet 2013.
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