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Norberto JANSENSON

Comment êtes-vous entré dans la magie ? A quand remonte votre premier déclic ?

Mon père m’a emmené au cirque Tihany quand j’avais environ 4 ans. Je ne me souviens pas de ce qui se passait dans le spectacle, mais je sens encore l’émotion que j’ai eu à ce moment-là : la perception d’une personne « énorme » sur scène, plus grande qu’un être humain, transformée en tigre entre deux belles femmes.

Ensuite, ce fut un cadeau : une boîte de magie Fantasio pour mon sixième anniversaire, puis un grand et très drôle magicien nommé Danny, qui se produisait dans ma fête d’anniversaire.

Le plus grand déclic fut quand ma mère m’amena au Bazar Yankee, à Buenos Aires, le plus grand et le meilleur magasin de magie de la ville, où je suis tombé amoureux, pour toujours, du mystère, du secret, et des accessoires magiques. J’ai eu le sentiment de découvrir un monde caché, dont j’ai immédiatement voulu faire partie. Là, j’ai acheté ma première baguette magique en bois que j’ai toujours avec moi aujourd’hui.

Quand avez-vous franchi le premier pas et comment avez-vous appris ?

Mon père ramena un jour une carte de visite d’un magicien. Il aimait les magiciens, et il lui a demandé s’il donnait des cours à des enfants. Alors, je suis allé dans sa maison, mais je n’ai pas aimé son style. Il a fallu ensuite un certain temps pour que je trouve mon premier vrai professeur en la personne de Charly Brown, au Buenos Aires Mágico, dirigé par Carlos Raggi. Carlos et Charly m’ont pris sous leurs ailes pour m’apprendre les vrais secrets de la magie. Charly Brown est mort quand il avait 30 ans, et Carlos est devenu l’un de mes meilleurs amis pour la vie ; il est décédé il y a quelques années.

Quelles sont les personnes ou les opportunités qui vous ont aidé. A l’inverse, un évènement vous a-t-il freiné ?

Les plus grandes opportunités, je les ai eues quand j’ai travaillé pour des anniversaires d’enfants dans une chaîne de restauration rapide. Pendant 10 ans, j’ai fait une quantité énorme de spectacles, puis j’ai commencé à travailler dans les soirées privées et les entreprises avec des gens qui me connaissaient. Je me suis fait beaucoup d’argent à ce moment-là, ce qui m’a permis de payer mes études de magie et d’acheter du matériel. Cela m’a donné l’occasion de connaître et de travailler avec Henry Evans (et deux autres magiciens).

Henry et moi sommes devenus des amis très proches, et à un moment il m’a recommandé auprès de Ron Wilson, pour qu’il m’embauche au Magic Castle. C’est arrivé comme ça ; Henry a dîné avec Ron Wilson au château, et il a dit à Ron de m’embaucher. Le lendemain, j’ai reçu un e-mail de Ron me demandant si j’aimerais jouer au Magic Castle, et quelle date me conviendrait !

Je suis devenu le disciple de René Lavand quand j’avais 21 ans, grâce à une intervention très magique, invisible et mystérieuse de mon grand-père, qui à l’époque était déjà mort. Il était un expert de l’assurance-vie et un conférencier, et a donné des conseils à René lorsque celui-ci avait 26 ans. Ces « conseils » ont ouvert les portes du marché international pour René (le Ed Sullivan et le Johnny Carson’s show). René m’a reparlé de mon grand-père quand je l’ai rencontré et m’a dit qu’il voulait partager du temps avec moi et me conseiller parce qu’il sentait que mon grand-père voulait m’enseigner quelque chose, et a choisi de le faire à son égard.

Bien sûr, il y a beaucoup de gens, à l’intérieur et à l’extérieur de la magie, que je dois remercier pour m’avoir aidé le long de mon chemin : en particulier Tommy Wonder et Michael Ammar.

En contrepartie, il y a eu de nombreux tests et d’essais pour moi en tant que magicien et en tant qu’artiste. Des échecs, des erreurs, et le sentiment constant de ne pas être assez bon pour se surpasser comme magicien, ou pas assez intelligent pour réaliser une vie faite de magie.

Dans quelles conditions travaillez-vous ?

Je me suis spécialisé dans le conte magique. Je fais des petits comme des grands spectacles, combinant toujours la magie avec la littérature, la mythologie, la poésie, la musique. C’est une combinaison très subtile entre les mots et l’action, entre le bagout et les mouvements, entre la musique, les silences et l’interaction.

René Lavand m’a appris et m’a montré les moyens pour devenir un magicien de la narration, mais j’ai amplifié mes outils pour devenir un magicien de scène, et pas seulement qu’un artiste de close-up.

Je joue habituellement mon propre one man show chaque soir. Cela dure environ deux heures sans grandes illusions, sans danseurs, sans effets spéciaux, sans fermeture de rideau et sans entractes. Je suis là, pendant deux heures, à raconter des histoires et des poèmes en faisant de la magie. Je n’utilise pas d’accessoires spécifiques, je ne fais pas de manipulations compliquées, je ne fais pas de mouvements ou de poses bizarres. C’est juste moi et le public, qui participe de façon permanente tout au long du spectacle.

Je fais également des spectacles corporatifs, des soirées privées, de deux à des milliers de personnes. Je participe aussi à des émissions de télévision. Au fil des ans, je suis aussi devenu un orateur, un entraîneur « transformationnel », un intégrateur pour aider les artistes, les dirigeants, les magiciens qui veulent améliorer leurs compétences en communication ou modifier leurs paradigmes pour obtenir plus de profondeur et plus d’émotions avec leur public.

Quelles sont les prestations de magiciens ou d’artistes qui vous ont marqué ?

René Lavand occupe les trois premières places de mon « top 10 ». Il y a aussi les magiciens que j’ai vu en live comme : Tommy Wonder (une source d’inspiration énorme), Michael Ammar, Mac King (j’ai vu son spectacle une vingtaine de fois !), Siegfried and Roy, David Copperfield, Tihany, Le Grand David (j’ai vu son étonnant spectacle en direct et il était énorme !), Amos Levkovitch, et beaucoup d’autres…

Et les magiciens que je n’ai pas vu en live comme : Salvano, Richard Ross, Jonathan Neal Brown (qui réalise la meilleure routine d’anneau chinois que je n’ai jamais vu, avec seulement deux anneaux), Fred Kaps, et bien sûr Channing Pollock.

En dehors de la magie, je peux nommer Jorge Luis Borges, Les Luthiers (un groupe de comédiens / musiciens qui sont mes favoris dans le monde entier), Julio Bocca (danseur classique), Al Pacino, Goya (avec ses peintures noires), Kim Ki-Duk (réalisateur de films), Daniel Barenboim (compositeur, réalisateur et pianiste), etc.

Quels sont les styles de magie qui vous attirent ?

Je suis attiré par toutes sortes de magie, lorsqu’elle est effectuée par un grand magicien. Je veux dire un artiste, un homme ou une femme qui a transformé ce métier dans une forme d’art. Je m’ennuie très facilement avec des magiciens qui ne sont pas des artistes, qui ne font que des tours, même quand ils font les choses magistralement.

J’aime la magie quand elle devient une expérience sacrée, quand il a un contexte, un but, un sens, des subtilités, de la beauté, de la poésie, de la vérité. Seul un véritable artiste peut ajouter tout cela au divertissement premier.

Quelles sont vos influences artistiques ?

Outre les magiciens et les artistes que j’ai déjà mentionné, je peux citer quelques-unes des influences que j’ai reçu : l’opéra comme un art du spectacle en général, la musique classique, la comédie musicale (surtout Le Roi Lion, Wicked, Mary Poppins), la littérature, la mythologie, les arts martiaux (je pratique le Kung-Fu, le Chuan et le Tai Chi Chuan), la méditation (je pratique le Zazen) et beaucoup d’autres choses…

Quel conseil et quel chemin conseiller à un magicien débutant ?

La magie est habitée, loin des trucs, des manipulations et d’autres amusements. S’il vous plaît, pratiquez et étudiez les tours, les manipulations, les principes et l’histoire de la magie, et une fois que vous maîtriserez tout cela, entrez dans le monde et essayez de saisir le vrai sentiment magique. Nous sommes les garants et les responsables de cette mission très spéciale envers notre public, derrière laquelle se cache, déguisées, nos astuces et nos manipulations.

Quel regard portez-vous sur la magie actuelle ?

Je suis préoccupé, comme je suis inquiet depuis de nombreuses années, de l’absence de signification, de symbolisme et de sacralité dans les spectacles et les numéros des autres magiciens. Plus les spectacles deviennent technologiques, plus les magiciens sont « modernes ». Plus les spectacles sont produits, plus les magiciens sont de moins en moins connectés avec le vrai sentiment magique, avec la véritable expérience du mystère, avec le véritable rituel de la transformation, avec la véritable relation d’intimité entre l’artiste et son public.

La magie, de nos jours, est de plus en plus basée sur les choses impressionnantes que les magiciens peuvent faire, et de moins en moins sur ce qu’ils font ressentir à leur public, à l’expérience qu’ils vont vivre avec eux. Le paradoxe est que les magiciens parlent tout le temps de « l’expérience magique » qu’ils donnent au public. Mais ils ne leur donnent rien !

Quelle est l´importance de la culture dans l´approche de la magie ?

Les magiciens semblent être les seuls « professionnels » à croire qu’ils peuvent faire leur travail sans aucune sorte de connexion avec le monde « extérieur ».

Ils font leurs tours et leurs routines comme s’ils les maîtrisaient, ils font quelques vieilles blagues éculées que personne n’a jamais dites ou entendu, ils s’habillent de façon fantaisiste (qui, généralement, n’est pas fantaisiste du tout), ils croient qu’ils sont eux-mêmes suffisamment divertissant. Les magiciens sont les seuls « étudiants » qui étudient seulement des livres de leur domaine et rien d’autre.

Je crois que l’ignorance du public n’est pas une justification pour notre paresse. Nous ne pouvons pas dire des choses comme : « Oh, mais mon public n’a jamais vu ça, n’a jamais entendu ça, donc je vais continuer à le faire parce qu’il aime ce que je fais ». Nous avons la responsabilité de faire plus, de donner plus, de faire mieux, tout le temps.

Il est impossible de devenir un grand compositeur sans connaître l’histoire de l’art en général. Il est impossible de devenir un chef extraordinaire sans connaître l’histoire de l’humanité, ou de devenir un grand couturier sans rien connaître de l’évolution de la couleur ou de l’anatomie.

La même chose vaut pour la magie, mais la différence est que le magicien devrait savoir tout sur tout, parce que la magie est dans la semence, au début de tous les arts et de toutes les sciences. Chaque scientifique, médecin, artiste, poète, mathématicien, astrologue, voyant, thérapeute, danseur, chaman, prophète, conteur, architecte, étaient en fait « un magicien » au début de notre histoire.

Ainsi, lorsque les magiciens croient que la magie est née avec Robert-Houdin, ils devraient aller encore plus loin au début de l’histoire, et constater que presque n’importe quel homme intelligent était en fait « un magicien ». Nous sommes cela, nous venons de là, nous devons étudier et connaître cette histoire.

Vos hobbies en dehors de la magie ?

J’aime lire, écouter de la musique, faire de longues promenades. J’aime écrire, méditer, pratiquer les arts martiaux, aller au cinéma (ne pas voir des films à la maison), aller au théâtre pour voir autant de pièces et de spectacles possible, dîner à l’extérieur, et bien sûr visiter des musées quand je voyage. M’assoir dans un café à l’extérieur pour regarder les gens marcher. J’aime les grands vins, les beaux vêtements, et bien sûr j’adore les grandes femmes quand j’ai l’occasion d’en rencontrer.

- Interview réalisée en décembre 2014.

A visiter :
- Le site de Norberto Jansenson.

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Auteur : Sébastien BAZOU


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