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Marc DeSOUZA

Comment êtes-vous entré dans la magie ? A quand remonte votre premier déclic ?

J’ai commencé la magie à l’âge de 6 ans. J’ai vu un magicien se produire lors d’une fête d’anniversaire d’un ami. Le seul tour dont je me souvienne était le sac à l’œuf, que j’utilise maintenant dans presque tous mes spectacles. J’ai également vu à la télévision les émissions de Mark Wilson, Magic Land of Alakazam. Je savais alors que je voulais apprendre à faire de la magie.

Quand avez-vous franchi le premier pas et comment avez-vous appris ?

J’ai demandé à mes parents et à mes grands-parents de m’acheter des tours de magie dans un magasin de jouets à côté de chez nous. Je suis également allé à la bibliothèque de l’école pour trouver des livres sur la magie. A mes huit ans, j’ai commencé à faire de petits spectacles pour les anniversaires de ma cousine et pour les enfants de mon quartier.

A l’âge de dix ans, j’ai trouvé une librairie au centre-ville de Philadelphie qui avait un comptoir magique dirigé par un homme nommé Harry Reed. Harry est devenu un ami dans les dernières années jusqu’à son décès.

Quelles sont les personnes ou les opportunités qui vous ont aidé. A l’inverse, un évènement vous a-t-il freiné ?

Peu de temps après, j’ai trouvé de vrais magasins de magie. Je me rendais occasionnellement à la boutique de Jack Chanin, mais j’ai surtout fréquenté le Kanter’s Magic Shop. Le propriétaire était Lee Grey, un professionnel qui avait un merveilleux numéro avec des cigarettes, des colombes et des cannes. Lui et sa femme Terri ont étés adorables avec moi durant tant d’années.

Lee fut mon premier vrai mentor, j’avais 12 ans. « Les vieux magiciens » qui passaient au magasin ont vu que j’étais un étudiant sérieux et que je ne partirais pas. Ils pensaient qu’il valait mieux m’aider et ils l’ont fait. Beaucoup d’entre eux sont encore mes amis comme George Hample, Dick Gustafson et John Moran. D’autres sont malheureusement décédés comme Ed Voorhees, diplômé de la Chavez School. J’étais content d’avoir pu « rembourser ma dette » auprès de ces personnes au cours des années et en aidant d’autres magiciens à poursuivre leur éducation magique. J’ai finalement travaillé et donné des cours au Kanter’s Magic Shop, ainsi que dans d’autres magasins spécialisés.

Dans quelles conditions travaillez-vous ?

J’ai commencé par m’intéresser aux numéros de manipulations classiques et j’ai été très influencé par eux. En tant qu’adolescent, j’ai eu le bonheur de rencontrer de nombreux artistes européens qui sont venus aux États-Unis pour faire des conférences et des spectacles. Parce qu’il n’y avait pas beaucoup de magiciens américains dans le domaine de la manipulation, je me suis lié d’amitié avec beaucoup de ces artistes.

Par nécessité, j’ai organisé des spectacles pour des fêtes d’enfants qui payaient très bien tout au long de mes études secondaires, au lycée et à l’université. J’ai également créé un numéro de stand-up plus axé sur les adultes et la famille. À part quelques tours de poches, je n’ai pas réellement pratiqué le close-up avant mes dix-huit ans.

Je suis également fière d’avoir conçu dans ma maison un théâtre de trente-trois places en sous-sol. J’ai aussi un endroit où se trouve ma bibliothèque magique et ma collection. Une fois ou deux par mois, j’organise des conférences chez moi avec les meilleurs magiciens du monde pour enseigner et faire partager leur expérience aux magiciens de la région de Philadelphie. Cela fait partie de mon objectif pour promouvoir l’art de la magie. Cela me permet aussi de voir toutes ces conférences sans avoir à quitter le confort de ma propre maison !

Quelles sont les prestations de magiciens ou d’artistes qui vous ont marqué ?

Fred Kaps sera toujours mon héros et j’ai essayé d’imiter ses multiples compétences et son style de performance. Il était doué pour accomplir tous les types de magie, que je m’efforce aussi de réaliser. Il y a aussi Johnny Thompson, un ami, qui m’a appris beaucoup de choses. C’est un incroyable praticien de la magie générale.

J’ai eu la chance d’avoir de grands magiciens et amis autour de moi qui ont tous étés si généreux... des gens comme Tommy Wonder, Albert Goshman, Del Ray, Tim Conover et tant d’autres. Je dois également mentionner un ami qui est encore vivant, Steve Dusheck. Pendant environ sept ans, nous avons eu un rassemblement mensuel chez lui. Steve est le magicien le plus créatif que je n’ai jamais rencontré. Chaque mois, il me donnait un nouveau matériel sur lequel il travaillait, alors je pouvais jouer avec lui et proposer différentes manipulations. Il a créé ou m’a aidé à créer de nouveaux accessoires pour divers numéros sur lesquels je travaillais, mais surtout, il m’a inspiré à créer et c’est quelque chose que vous ne pouvez pas vraiment enseigner.

Quels sont les styles de magie qui vous attirent ?

A cause de Lee Grey, j’ai commencé à faire des colombes ainsi que des productions de perruches (Budgie). Heureusement, cela n’a duré que trois ans. Bien que j’ai créé et exécuté un numéro de style classique pendant de nombreuses années, mes performances principales étaient plus basées sur la comédie.

Vers mes 20 ans, je suis devenu magicien professionnel à plein temps, mais cela n’a duré que deux ans. J’ai trouvé que ce n’était pas une vie pour moi. Je n’aimais ni l’instabilité de ma situation, ni les voyages. Je pensais que je pouvais faire différents types de spectacles et avoir un emploi stable et une vie à la maison. Je suis donc entré dans le domaine du développement immobilier en tant que « salarié » à plein temps, depuis maintenant 40 ans.

À la fin des années 1990, j’ai gagné plusieurs grandes compétitions de magie et j’ai donc joué et donné des conférences dans un certain nombre de conventions à travers le monde.

En ce moment, je voyage beaucoup moins, mais je continue de me produire, mais pas aussi fréquemment. Je fais surtout des soirées privées de close-up, de salon et de stand-up, pour des particuliers ou des entreprises. Mon style de performance a mûri au cours des années. J’effectue occasionnellement de la magie sans parler, mais d’une manière différente avec une musique spécifique. Je fais beaucoup de routines préparées grâce à un script, dont beaucoup se réfèrent à une histoire.

Quelles sont vos influences artistiques ?

Au début, mes principales influences étaient des personnes comme Cardini, Channing Pollock, Johnny Hart et Fred Kaps. Quand j’ai eu seize ans, j’ai vu la conférence de Roy Johnson et j’ai découvert Ken Brooke, grâce à lui. Je suis allé voir Ken Brooke quand j’avais dix-sept ans et il est devenu mon deuxième mentor jusqu’à sa mort. Grâce à Ken, j’ai découvert Alan Shaxon et Michael Bailey, puis d’autres magiciens britanniques ont eu une influence sur moi comme Paul Daniels, Wayne Dobson et Terry Seabrooke. Ken est celui qui m’a fait entrer dans la magie de close-up. Peu de temps après, j’ai commencé à faire des sessions avec des gars du coin et grâce à eux j’ai rencontré Michael Skinner, Frank Thompson, Slydini et Derek Dingle.

Quel conseil et quel chemin conseiller à un magicien débutant ?

Si j’avais un conseil pour les jeunes magiciens, ce serait d’aborder la magie d’une manière intelligente. Ne dépendez pas uniquement d’Internet. Lisez des livres, regardez des vidéos d’experts reconnus. Il y a un monde et des différences entre l’apprentissage vidéo et les livres. Certaines choses sont mieux enseignées par la vidéo, en particulier les techniques complexes, mais apprendre à travers la lecture vous oblige à être plus actif, engagé et créatif. Vous devez vous appliquer par rapport à l’observation. Plus important encore, la lecture vous oblige à développer votre propre style de performance, et non pas simplement à copier un autre artiste.

Vous aurez aussi besoin de contacts en direct avec d’autres magiciens. Participez aux réunions de club, essayez de côtoyer des magiciens plus anciens et plus expérimentés que vous. Le mieux est de développer des relations étroites avec des magiciens qui peuvent et sont prêts à vous servir de mentor. Respectez la magie et ceux qui vous ont précédé !

Ne négligez pas votre scolarité en dehors de la magie. Une éducation universitaire est d’une grande valeur. Quels sont les cours qui peuvent améliorer votre connaissance au-delà des trucs. Marketing, métiers du théâtre, comptabilité, psychologie et bien plus encore. Ce sont toutes des compétences et des connaissances qui vous aideront dans la poursuite d’une carrière magique, si vous décidez que c’est votre vocation.

Il y a environ 20 ans, plusieurs amis et moi-même avons formé un groupe magique qui se réunissait une fois par mois. La rencontre se passait chez mon ami Don Camp où il préparait un excellent repas et nous parlions de magie pendant des heures. Notre attention se portait sur les aspects culturels et sociologiques de la magie. Nous avons eu de bonnes discussions et, en conséquence, nous avons créé une magie impactante qui a été influencée par nos rencontres. Il est important de se faire entourer d’autres magiciens et d’artistes qui provoquent la réflexion. Essayez de vous former et de parler d’autres choses en dehors de la magie.

Quel regard portez-vous sur la magie actuelle ?

La magie est une forme d’art en constante évolution. À chaque génération, l’emphase et les styles changent. Les aspects culturels changent avec les différents pays prenant l’avant-garde d’un type particulier de magie. Les Américains ont étés les premiers à vraiment développer le close-up, mais dernièrement, ce sont les espagnols qui sont les magiciens les plus influents. En stand-up, les Hollandais étaient les meilleurs en matière de manipulations, mais maintenant se sont les Sud-Coréens. C’est généralement une ou deux personnes influentes qui font que ces choses se produisent.

Je pense que la scène magique a considérablement changé au cours des dix ou douze dernières années. La révolution vidéo est venue avant cela, mais maintenant Internet a fortement influencé la magie. C’est bon et mauvais. Bon dans le sens où il y a tellement de magiciens qui peuvent communiquer instantanément dans le monde entier. Ils peuvent échanger des idées et se montrer des vidéos les uns avec les autres et ainsi progresser avec ces apprentissages et ces créations. L’accessibilité à des vidéos historiques et des choses plus actuelles est étonnante. Il est également dommage qu’il y ait trop de magiciens qui partagent des choses dans les forums publics ou sur des chaînes YouTube. Ils montrent ou enseignent une magie qui est mal exécutée ou pire encore, des tours qui ne sont pas les leurs et qu’ils expliquent ! Certains voient ces choses sur Internet et supposent qu’elles sont à eux. C’est faux et cela ne peut pas être bon pour la magie.

Vos hobbies en dehors de la magie ?

Quand j’ai choisi la magie en tant que profession, j’ai commencé à jouer de la guitare et j’ai eu un passe-temps en dehors de la magie. Je continue toujours à jouer aujourd’hui. Je dis aux gens que je ne suis pas bon, mais je suis enthousiaste. Je collectionne les guitares et compte actuellement une quarantaine d’entre elles, certaines sont des guitares pour jouer et d’autres des pièces de collection signées par des musiciens célèbres. J’aime aussi le cinéma et la musique, mais ayant des enfants plus jeunes (deux garçons âgés de dix à treize ans), beaucoup de ce que je regarde et j’écoute sont très influencés par leurs goûts.

- Interview réalisée en octobre 2017.

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Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 9 octobre 2017.
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