Artefake
Accueil du site   MAMIE ROTIE / Yvan CORBINEAU

MAMIE ROTIE / Yvan CORBINEAU

La Graineterie, Pôle culturel municipal et centre d’art (Houilles, samedi 27 janvier).

Texte et jeu : Yvan Corbineau. Mise en scène : Elsa Hourcade. Costume et couture : Sara Bartesaghi Gallo. Scénographie et visuel : Zoé Chantre. Création d’objet : Balthazar Daninos. Régie lumière et construction : Thibault Moutin. Musique et son : Jean-François Oliver.

Nous n’avions pu encore voir ce spectacle créé il y a plusieurs années et déjà très réputé et qui s’est joué un peu partout en tournée. C’était l’occasion ou jamais : il passait à Houilles, au Centre culturel de la Graineterie, dans la rue Gabriel Péri de notre enfance, celle où notre grand-mère justement achetait ses plants de fleurs, et pas très loin de la pâtisserie Ampilhac, de la boucherie Foucault, de la quincaillerie del Bracio, de la charcuterie Leclerc, de la boutique de vêtements Cochet, tout un monde à jamais disparu mais aussi de la boucherie Poiget, elle encore là, tout comme la cellule du Parti Communiste Français, toujours au même endroit, plus d’un demi-siècle après…

Yvan Corbineau, comédien et auteur, a été élève de l’Ecole du Théâtre National de Strasbourg. Il a écrit ce monologue où il parle de sa vieille grand-mère qui n’allait plus très fort. Elle reste dans son lit, ne bouge plus et ne parle plus. Ici jamais visible mais figurée par une sorte de gros édredon. Et quand il va la voir dans sa maison de retraite jusqu’à sa mort, en juin 2008, il invente tout un monde à lui pour la distraire. Ici, avec tout un monde d’objets burlesques comme ces grandes cartes postales qui circulent sur un fil, de petites pancartes, mais aussi des papiers découpés qu’il fait glisser et qu’il assemble en ombres sur la vitre d’un rétroprojecteur, ou avec des projections d’images de vacances. Vous avez dit naïf ? Pas tant que cela, et d’une belle poésie.

L’acteur-auteur dit aussi de petits textes où il joue volontiers sur le langage : « Ma mie rôtie, ma mie jolie… ma mie, c’est cuit, ma mie et puis ? », avec devinettes, comptines, petites chansons, air de trompette. Et il a imaginé aussi un théâtre d’objets animés ou pas, comme ce merveilleux lit en bois miniature, ou ces formidables petits écriteaux qui, comme par magie, s’enflamment - créés par Balthazar Daninos - en interaction avec ce poème où affleure parfois la nostalgie d’un monde de l’enfance entre cruauté et douceur de vivre, qui va se refermer. Le narrateur sait bien en effet que les jours de Mamie Rôtie sont maintenant comptés et que, dans ce cas, la tendresse n’est pas un luxe, même si certains passages sont pleins d’un humour assez acide. Malgré quelques baisses de tension, on ne décroche pas…

La fin avec l’évocation de la mort de Mamie Rôtie est vraiment émouvante, et on sentait que le public avait les larmes aux yeux. C’est juste un grand spectacle, avec de fort jolis bricolages qui auraient bien plu à Claude Lévi-Strauss. Pour le bricoleur, écrivait-il dans La pensée sauvage (1962) « La règle de son jeu est de toujours s’arranger avec les “moyens du bord”, c’est-à-dire un ensemble à chaque instant fini d’outils et de matériaux, hétéroclites au surplus, parce que la composition de l’ensemble n’est pas en rapport avec le projet du moment, ni d’ailleurs avec aucun projet particulier, mais est le résultat contingent de toutes les occasions qui se sont présentées de renouveler ou d’enrichir le stock, ou de l’entretenir avec les résidus de constructions et de destructions antérieures. » Ce qui n’est pas incompatible avec la rigueur scénique dont fait preuve Yvan Corbineau dans le déroulement de cette Mamie Rôtie. En tout cas, si vous le croisez sur votre route, cela vaut le coup d’y aller voir… Nous avons aussi le plus grand besoin de ce genre de spectacle, à mille kilomètres des grandes machines des théâtres nationaux à la fois coûteuses et souvent guère passionnantes…

- Source : Le Théâtre du Blog.

Tous les documents et archives sont proposés sauf avis contraire des ayants-droit, et dans ce cas seraient retirés.

MENTIONS LEGALES :

ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

Informations rassemblées et coordonnées à l'initiative et pour le compte de l'Association Artefake.
Ce document est déposé auprès d'une Autorité d'Horodatage Qualifiée - Certifiée ETSI & RGS

Dans le cas où malgré notre vigilance, une de nos publications porte atteinte aux droits d'auteur, merci de nous l'indiquer. Dans le cas ou cela s'avère exact, nous nous engageons sans délai à supprimer cette publication de notre site.

Artefake est une oeuvre collective créée et publiée par l'Association ARTEFAKE.
Conformément à l'article L.113-1 du Code de la propriété intellectuelle, l'association Artefake est titulaire des droits d'exploitation du contenu du site Artefake.com
La reproduction totale ou partielle des articles du site internet Artefake sont strictement interdite, par tous moyens connus ou à découvrir, quel qu'en soit l'usage, sauf autorisation légale ou autorisation écrite de l'association Artefake.
L'utilisation de la marque déposée Artefake est soumise à autorisation.
Les liens hypertextes pointant soit vers la page d’accueil soit vers un article particulier sont autorisés.
L’autorisation de mise en place d’un lien est valable pour tous supports, à l’exception de ceux diffusant des informations pouvant porter atteinte à la sensibilité du plus grand nombre. Au titre de cette autorisation, nous nous réservons un droit d’opposition.
Toute personne nommée ou désignée dans le site Artefake dispose d'un droit de réponse conformément à l'article 6 IV de la loi LCEN.
Ce droit de réponse doit être adressé par courrier recommandé à Artefake - A l'attention du Directeur de Publication - 16, rue Henri Gérard - 21121 Fontaine lès Dijon.

Directeur de la publication : Sébastien BAZOU
Président du Conseil d'Administration : Eric CONSTANT

ISSN 2276-3341 - Droits de reproduction et de diffusion réservés © Artefake 2004-2018
Artefake est une marque déposée - Site développé sous SPIP par ROUGE CEKOYA