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JEAN MERLIN MAGIC HISTORY DAY 2 / MIROIR - DOUG HENNING - FREER - COX HOOKER

FIAP (Paris, samedi 13 Juin 2009).

2ème journée française d’histoire de la Magie

Pour la deuxième année de la FMHD (French Magic History Day), l’équipe organisatrice a choisie le spacieux centre du FIAP dans le 14e arrondissement de Paris pour permettre au plus grand nombre d’assister à une journée historique sur différents thèmes magiques. Jean Merlin chapote le projet secondé par Jean Régil et Gaëtan Bloom, ainsi que Pierre Switon pour la présentation. Au niveau logistique, Joe Maldera et Peter Din ont offert leur service. Sans oublier Gérald Rougevin qui s’est chargé de tout les documents en PPS qui nous ont été présentés.

1- HISTOIRE DES MIROIRS par Jean Merlin

Avant de débuter notre compte rendu, un peu d’histoire.

Le verre à vitre

L’usage du verre à vitre était connu des romains mais fut peu répandu dans l’architecture civile jusqu’au XVe siècle. On se prémunit du vent et des intempéries par des moyens rudimentaires : volets de bois, toiles cirées, peaux ou papiers huilés qu’il valait mieux protéger de grillages. Durant le Moyen Age, il y eut une longue stagnation du verre à vitre dans les maisons où les fenêtres dont la taille diminua n’étaient presque plus vitrées.

Au début du XIVe siècle, naquit la première verrerie à vitre à Bézu-la-forêt dans l’Eure et les feuilles planes (« plats de verre ») inventées par Philippe Cacqueray. En 1698 au château de Saint Gobain, Lucas de Nehou mis au point le coulage des glaces (coulée sur table).

Le miroir

Le premier miroir était bien spécial. Il provenait de la nature. On se regardait dans l’eau. Ensuite, au XIIIe siècle on eut l’idée de fixer des feuilles d’étain derrière des plaques de verre et on obtint ainsi une réflexion des objets plus claire que celle donnée par le métal. Puis avec le sable cuit, on découvrit que cela produisait le miroir. Ils ne commencèrent à être produits qu’à la fin du XIVe siècle. Puis au XVIe siècle, Roger Lembrechet créa un miroir qui ressembla à celui que nous utilisons aujourd’hui.

Pour situer un peu plus précisément la création en série du miroir, sachez que le projet de la Galerie des Glaces à Versailles a été proposé en 1679 et les travaux ont commencé cette même année, mais des galeries des glaces existaient déjà, telle celle du Château de Clagny (appartenant à Madame de Montespan) ou celle du Château de Saint-Cloud (appartenant à l’époque à Monsieur, duc d’Anjou, frère du Roi).

Vous situez mieux l’action dans le temps ? Parfait, on va pouvoir commencer ce grand sujet de réflexion (1).

(1) Vous pensez bien que celle-là, on n’allait pas la louper !

Pour illustrer l’histoire des miroirs et leur utilisation dans les grandes illusions, « l’épouvantable » Merlin s’appuie sur le travail de Jim Steinmeyer diffusé d’une part dans ses notes de conférences The Science behind the Ghost (1999) et Discovering Invisbility (2001) et d’autre part dans son livre maintenant incontournable Hiding the Elephant (2003) dans lesquelles l’auteur passe en revue les différents types de miroir utilisés en magie depuis 1858.

La disparition d’un éléphant par Houdini, point de départ du livre de Steinmeyer.

Mais avant cela, sachez que le premier à avoir signalé que si on voyait à travers une vitre, celle-ci pouvait quand même agir comme un miroir, est Jean-Baptiste Porta dans son livre Magiae naturalis, publié en 1558 ((traduit en anglais sous le titre Natural Magick en 1658 et Magie naturelle en français en 1680) sous le titre Comment nous pouvons voir dans une chambre des choses qui n’existent pas.

Sachez également que le 16 septembre 1852, un certain Pierre Séguin déposa un brevet pour un jouet baptisé Polyoscope, reprenant ce principe mais en inversant la position de l’objet qui apparaît. Vous allez comprendre plus loin pourquoi ce personnage est cité.

En attendant, voyez comment le hasard fait bien les choses car exactement trois cents ans après :

- Henry Dirks créé le premier effet magique intitulé Dirks’s Ghost en 1858. Henry Dirks place des soldats de plomb devant une vitre et observe leur reflet. Il adapte alors sa trouvaille sur scène à la Royal Academy de Londres avec l’aide du directeur de l’époque : le professeur John Henry Pepper.

Les deux hommes construisent en 1862, un système où le spectateur est au dessus du vrai spectre et où la vitre qui sépare le public de la scène est verticale.

- John Henry Pepper, Pepper’s Ghost (1863). Pepper améliore l’idée de Dirks en plaçant le personnage jouant le rôle du spectre sur un chariot mobile en dessous des spectateurs, le tout surmonté d’une vitre disposée en biais. La même année, le magicien lanterniste Henri Robin (Henri Donckele) essaye de s’approprier la trouvaille de Pepper en présentant ses fantasmagories et en citant Pierre Séguin comme source d’inspiration. Mais du jouet à l’adaptation sur scène, il y a quand même un monde et Robin est incapable de prouver quoi que ce soit, surtout lorsque Robert-Houdin s’en mêle et rappelle que la spécialité de Robin est de s’emparer des tours des autres. Entre parenthèse, l’idée de Séguin est encore utilisée, notamment dans les jeux d’arcade des années 1980, style Pacman ou dans la comédie musicale de Broadway Aïda en 1997.

Maintenant que la vitre miroir a été introduite en magie et fonction du succès que remporte ce genre d’illusion, les autres magiciens se mettent à faire comme les miroirs, c’est-à-dire réfléchir (2).

(2) Si nous avions parlé de tambour, nous aurions écrit qu’ils se mettent à raisonner.

Et le suivant qui s’y colle n’est autre que :

- Thomas William Tobin qui présente en 1865 Proteus, de nouveau avec l’aide de Pepper. Le Cabinet de Protée (Divinité marine dans la mythologie grecque) a un système de réflecteurs disposé dans une boîte de taille humaine qui permet la disparition ou l’apparition d’une personne. Cette invention est de Tobin mais, dans le brevet numéro 222 du 26 janvier 1865, figure également le nom de J.H. Pepper. Cependant, Tobin se s’arrête pas là car la même année il créé une autre illusion, dérivée de son cabinet, à savoir :

- L’Illusion du Sphinx. Tobin vend au colonel Joseph Stodare cet effet que celui-ci présente plus de deux cents fois à l’Egyptian hall. Il s’agit en fait du principe du Proteus Cabinet adapté à une table. Powell reprendra le procédé dans son tour She pour faire disparaître une femme et la réduire en « un tas de cendre ».

- T.W. Tobin, L’Oracle de Delphes (1866). Un dispositif à 45° permet de faire flotter une tête sans corps dans les airs.

- John Nevil Maskelyne , The Maskelyne Cabinet (deuxième version) (1867). Cette illusion utilise deux réflecteurs (un à 45° et l’autre à 90°) permettant entre autre de réaliser l’effet The Gorilla. Maskelyne regrettera toute sa vie d’avoir refusé la proposition de Tobin de lui vendre son invention du Sphinx.

- T.W. Tobin et le Dr. H.S. Lynn (Hugh Simmons), Palingenesia (1872). Amélioration de L’Oracle de Delphes permettant des effets incroyables de mutilation à vue.

Dès 1856, Jean-Eugène Robert-Houdin entreprend des études sur l’électricité et l’ophtalmologie. Il n’est donc pas étonnant qu’en 1877, année où parait son livre posthume intitulé Magie et physique amusante, il y décrive le fruit de ses recherches concernant les spectres et, grâce à ses connaissances en optique, propose une variante pour les théâtres sans fosse ni sous-sol Nous en verrons les conséquences un peu plus tard.

- Extrait vidéo : Palingenesia a été reconstitué et présenté en 2005 à Los Angeles par Neil Patrick Harris et Jonathan Levit. Lire la revue Genii, Vol. 69, no. 9 de septembre 2006.

- Charles Morritt, La Cage de Morritt (1889). Double vue. Ce manager anglais adapte le principe de J.N. Maskelyne pour une apparition en cage.

Compte-tenu des photos de l’époque, on se rend bien compte que la variante de Robert-Houdin peut fonctionner même dans une cave étroite et en longueur. C’est le cas avec :

- Le Cabaret du néant. Cette salle parisienne, fondé en 1892 par Dorville se situait au 34, boulevard de Clichy. Elle avait la particularité d’avoir des cercueils en guise de tables et un éclairage venant de bougies enfoncées dans des crânes. L’endroit accueillait, entre autre, un spectacle de spectres gais et tristes. Un spectateur, placé dans un cercueil, se transformait progressivement en un squelette grâce à un procédé de vitre placé à 45° et à un savant jeu d’éclairage.

Mais surtout, il faut retenir l’effet intitulé Metempsychose, créé par James Walker et J.H. Tobbin, qui introduit une nouvelle dimension dans l’illusion en ce sens que la disparition, l’apparition ou la transformation se fait à vue, un peu comme un fondu enchainé au cinéma. Cette illusion sera popularisée aux Etats-Unis par Harry Kellar sous le nom de Blue Room. Voir le livre de Charles Hopkins Magic, Stage Illusion and Scientific Diversions (1897).

- Charles Morritt, Disappearing Donkey. Disparition d’un âne dans une boîte. Si vous lisez le livre de Steinmeyer, vous saurez pourquoi le muletier doit être habillé en clown.

- Charles Morritt, Turkish Delight (1897). Une variation de La Cage de Morritt utilisant des mirrors wedge.

Morritt (à droite) et Houdini.

- Harry Kellar (1902). Le premier à utiliser un système de miroir dos à dos pour l’illusion The Queen of the Roses.

- Charles Morritt et David Devant, Ragtime (1913). Dans cette illusion, quatre cartons vides sont soulevés par des messieurs. Les cartons sont posés et une fois relevés, laissent apparaitre quatre filles. Cette illusion utilise des mirrors wedge.

- Harry Houdini, Houdini’s Vanishing Elephant (1918). La disparition de l’éléphant sur l’hippodrome est un tour (que Houdini, dans sa mégalomanie, aurait voulu mythique) présenté dans la plus grande salle de spectacle des Etats-Unis qui a fait couler beaucoup d’encre. Pourquoi ? Tout simplement parce que Houdini n’a jamais été un magicien. Ce tour est le point de départ du livre de Steinmeyer.

- Guy Jarrett, Disappearing Elephant (1938). Disparition d’un éléphant sur une table et un système de miroir disposés en croix. Là, c’est du sérieux.

Pour comprendre en volume et se rendre compte de l’importance des angles des différents systèmes réfléchissants, Jean Merlin a mis à disposition des maquettes reprenant les principales inventions.

2- DOUG HENNING ET LES MIROIRS par Jean Régil

Pour illustrer l’utilisation des miroirs dans les grandes illusions scéniques, Jean Régil nous présente un de ceux qui en a fait grand usage : Doug Henning.

Henning fut un tournant dans l’histoire de la magie et révolutionna les shows à la télévision. On a coutume de dire que Mark Wilson a trouvé la porte de la télévision, Henning la ouverte et Copperfield y est entré.

Avant de devenir une star de la magie, Doug Henning, ayant en poche une thèse sur le thème « Magie + Théâtre = Art », a pris des cours chez Slydini et Dai Vernon qui lui passait en boucle des films sur Kellar. Quand il décide de se lancer dans la grande illusion il se fait entourer par les bonnes personnes : John Caughan pour la construction, Jim Steinmeyer pour les créations et les innovations et Charles Reynolds qui est la mémoire du spectacle.

Grâce au succès de son Magic show sur Broadway, Henning est approché par la chaine NBC qui lui propose de produire une émission spéciale sur le thème de la magie. Le premier Doug Henning’s World of Magic, présenté par Gene Kelly, est diffusé sur les écrans américains en 1975 et capte plus de 50 millions de téléspectateurs. Ce succès conduira le magicien à présenter des shows innovants durant sept années. A partir de 1983, il travaille sur une comédie magique et musicale Merlin qui sera jouée à Broadway. Il se retira ensuite du paysage magique préférant se concentrer sur la méditation transcendantale.

- Extrait vidéo de l’émission World of Magic : (Introduction : gros plan uniquement sur la main de Doug) La pièce qui disparait, se transforme en grossissant dans la main sur un principe de John Cornelius.

- Extrait vidéo de l’émission World of Magic : One Million Dollar Illusion (1982). L’apparition d’un million de dollar dans un coffre vide reposant sur une plate-forme. Sur un principe de base, Jim Steinmeyer améliore l’effet en montrant la transparence de la table avec le fond.

- Extrait vidéo de l’émission World of Magic : Compress Illusion. Une femme est compressée dans un tube et réduit à l’état de galette.

- Extrait vidéo de l’émission World of Magic : Circus. Doug Henning se place sur une estrade au milieu d’une piste entourée de spectateurs. Un rideau se soulève sur lui et il disparait. Apparaissent ensuite deux autres personnes.

- Extrait vidéo de l’émission World of Magic : Things That Go Bump In The Night (1978). Une boite à apparition utilisant le principe du « tunnel de miroirs » créé par Walter Jeans.

- Extrait vidéo de l’émission World of Magic : Vanishing Elephant (1976). Disparition d’un éléphant utilisant le principe du « tunnel de miroirs ».

- Extrait vidéo de l’émission World of Magic : The Morritt Cabinet (1982). Cette mise en scène d’inspiration asiatique utilise et améliore le procédé de Morritt.

- Extrait vidéo de l’émission World of Magic : Ombres chinoises (1980). Doug Henning réalise des ombres chinoises qui sont projetées sur un écran blanc. A chaque animal modelé, celui-ci apparait en vrai derrière l’écran qui est déchiré. La dernière silhouette est celle d’une femme qui se matérialise pour de vrai.

- Extrait vidéo de l’émission World of Magic : Sawing in Thirds. La femme coupée en deux versions chirurgicale utilisant un système proche du périscope.

- Extrait vidéo de l’émission World of Magic : Through the Wall (à travers le mur) (1977). Le magicien passe à travers un mur en briques vérifié auparavant par un spectateur. Ce tour est une variante de celui de David Devant.

AUTRE MAGICIENS UTILISANTS DES MIROIRS DANS LES GRANDES ILLUSIONS

- Extrait vidéo : Lance Burton, Production de girls sortant d’une malle posée sur une table. Tour utilisant le principe du « tunnel de miroirs ».

- Extrait vidéo : Lance Burton, Magic Horse Trick. Un faux cheval est transformé en vrai cheval.

- Extrait vidéo : L’aquarium. Apparition et disparition d’une femme dans une cuve remplie d’eau utilisant un savant jeu de lumière et de réflexion. Une idée de Robert Harbin.

- Extrait vidéo : Blue room. Une adaptation télé de l’Aventure de Mme Muir, le film de Joseph L. Mankiewicz, nous présente une silhouette d’homme qui apparait et disparait isolée dans une pièce. Dommage que, pour faire plus de sensationnalisme, le réalisateur n’a pas hésité à en rajouter en suivant carrément l’acteur qui retourne vers l’avant pensant que la régie modifie le fond de scène pour la suite.

- Extrait vidéo : Harry Blackstone Jr., Vanishing Horse. Disparition d’un cheval grâce à un dispositif technique précis permettant de filmer en continu. Un simple traveling latéral de la caméra suffit à camoufler le procédé. Comme quoi, on peut allier magie et cinéma en créant une illusion sans cette ridicule suite de plans de trois secondes pour faire croire qu’on fait disparaître une voiture, un avion, un train ou tout ce que vous voudrez.

- Extrait vidéo : Le célèbre duo Dean Martin et Jerry Lewis (1950). Dans cette scène comique, Jerry Lewis sort d’un carton inépuisable une multitude d’objets (bouteille de lait, bananes, tabouret, tête humaine…)

- Extrait vidéo : Paul Daniels, disparition de matelots. Six matelots entre dans une cabine montée sur pilotis au milieu d’une piscine puis disparaissent.

3- LA BOULE VOLANTE de Doug Henning par Jean Régil

Jean Régil nous montre en live une très belle version de la fameuse Silver Sphere de Doug Henning qui est une « one self routine ». Une innovation à l’époque dont la source provient du livre La Prestidigitation sans bagages du docteur Jules Dhotel qui y décrit une lévitation de bougie.

- Extrait vidéo : Silver Sphere de Doug Henning (1976). C’est la version originale décrite Tome 1, chapitre V, page 183 du livre précité (1936).

4- WINSTON FREER par Gaëtan Bloom

Gaëtan Bloom nous fait découvrir un magicien rare, célèbre néanmoins pour sa lévitation « impromptue » de 1939. Winston Freer (1910-1981) est pour Bloom une idole et un modèle de créativité. La vision de cet américain était d’utiliser tous les matériaux de son époque pour construire ses propres tours. Possédant un esprit tordu, Freer fabriquait des effets saisissants fait de bric et de broc, dont la conception ressemblait le plus souvent à une « usine à gaz ». C’est à l’âge de seize ans qu’il s’intéresse à la magie après avoir vu un show d’Howard Thurston. En 1930, il travaille chez Abbott’s Magic et se produit sous le nom d’Aladdin puis de Doc Maxam (un palindrome ingénieux).

Freer invente une multitude de tours dont une valise qui se transformait en table en trente seconde avec tout le matériel nécessaire à l’intérieur pour réaliser des tours. On dit aussi qu’il faisait pousser un arbre sur scène, dans un night club, qu’il sciait et donnait bout par bout aux spectateurs ! Info ou intox, on ne saura jamais. En tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’il a fait apparaître dans la cour d’une école un véritable arbre dans les années 1950.

Fabriquant de tours, il était également rédacteur d’articles sur la magie et publia sa classification d’effets magiques dans ses notes de conférence de 1941 intitulées The 17 Fundamental Effects of Magic, lors du congrès IBM. 

Winston Freer dénombre pas moins de dix-sept familles d’effets magiques :

- La Production
- La Disparition ou la Destruction
- Les Transformations
- La Forme des Matériaux
- Le Changement de Taille des Matériaux
- Le Changement de Couleur
- Le Changement de Température
- Le Changement de Position
- Le Changement de Poids ou de masse d’un l’objet
- Le Magnétisme
- La Lévitation
- La Pénétration
- La Restauration
- Le Contrôle à Distance
- La Sympathie
- Les effets de Mentalisme
- Divinations et Prédiction

Ses créations

- Floating bulb. Une ampoule empruntée et signée flotte au milieu d’une assemblée de magiciens. Un miracle pour l’époque. Freer plaçait en réalité l’ampoule dans un bac d’eau et disait à l’audience « elle flotte devant vos yeux ! »
- Be-Deviled Egg. Un œuf diminue quarte fois de suite, fini par se casser pour laisser apparaître un poussin.
- Freezing Ice in the Bare Hand. Un liquide choisit par le spectateur est placé dans un thermomètre tenu par le magicien. Au bout d’un instant le liquide choisi givre dans la main du magicien.
- Half-Wit Deck. Un jeu de carte et sept effets dans une routine sur un texte de Gene Gordon.
- Trouble wit. Un papier « multiforme » qui permet de réaliser des effets magiques, en sculptant par exemple un chapeau d’où sort un vrai lapin.
- Tile Puzzle. Un puzzle divisé en soixante trois cases carrées et découpé en dix pièces forme un rectangle parfait. Trois pièces sont retirées une à une. Les sept morceaux restant sont remis dans le cadre et il reste encore soixante trois places, tout comme au début ! Le fameux puzzle de Freer qui a fait le tour du monde, un must dans le genre paradoxe.
- One-Man Suspension of a Human Being. Une lévitation qui rendit célèbre son auteur. Autour d’une table, Winston Freer demandait à une personne de venir le rejoindre puis l’entourait d’une cape d’invisibilité. Après l’avoir endormie, il la prenait dans ses bras et effectuait l’effet sur la table, entouré des autres convives. Une fois redescendue sur terre, la personne ne réalisait pas ce qui lui était arrivé tellement les techniques utilisés par Freer étaient subtiles.

- Transparent Rice Bowls
- Wrist Knife
- Winston Freer Tile Deal
- The Aladdin Oriental Gimmick
- Alagen Rope
- Maxam Triple-Cut Rope
- Master Muscle Rope Effect
- The First Finger of Fate
- Growth of a Real Tree
- Uncanny Rope Methods

Démonstration de certains tours de Freer par Gaëtan Bloom

- Tug-of-War Rope. Quatre spectateurs sont invités à tenir une corde les uns derrière les autres. Le magicien se place à l’extrémité et n’a aucun mal à s’en saisir en tirant dessus. Le principe utilisé par Freer est diabolique.
- Fifty-four Rope Trick. Une corde est coupé en deux, un nœud est constitué et saute de la corde pour montrer celle-ci raccommodée. Tour utilisant le même principe que Tug-of-War Rope.
- It’s a Gift. Le magicien sort deux carnets et en donne un à un spectateur. Sur le principe du « faite comme moi », il demande au spectateur de dessiner à main levée, successivement un trait de 4 cm, un rond correspondant à une pièce de 50ct et un angle de 40°. Le magicien dessine en même temps les trois dessins sur son carnet et chacun impose sa signature. Le moment est arrivé de vérifier les correspondances avec un rapporteur : bien entendu c’est le magicien qui gagne à ce petit jeu.
- Tantalacto. Un verre remplit de lait est inséré dans un tube vide. Le verre est retourné et le lait disparaît du contenant. Le tube et le verre peuvent être examinés.
- Maxam Rings ou No-key Linking Rings. Un principe diabolique qui permet de montrer deux anneaux enclavés. Ce gimmick, fabriqué par l’auteur, était vendu douze dollars à l’époque.
- Bowl on Stick. Sur une canne en bambou, un bol tourne et fini par disparaitre. Un ingénieux principe mécanisé basé sur la rétention de vision et l’illusion d’optique

5- SAM COX HOOKER / LA HOULETTE par Jean Merlin

Lorsqu’on fait un compte rendu, il est de bon ton d’utiliser le pronom « nous » pour bien marquer son objectivité ou sa neutralité et se placer ainsi en retrait. Eh bien, pour ce qui va suivre, le pronom « je » sera utilisé car l’auteur n’a pas hésité à assumer sa prise de position. Intitulons ceci :

Compte rendu totalement subjectif d’un documentaliste stoïque mais qui n’est pas immortel.

Lorsqu’en 1964, je pus télécharger sur le net le livre Greater Magic… Pardon ? Il n’y avait pas d’internet en 1964 ? Vous en êtes sûr ? Mais alors, comment ils faisaient pour s’instruire ? Quoi ? Ils ACHETAIENT des livres ! Ca alors ! Bon, je recommence, c’était juste pour voir si vous suiviez.

Lorsqu’en 1964, je pus enfin m’acheter les deux tomes du livre La Prestidigitation du XXe siècle pour la somme de 47frs 40 (c’était des nouveaux francs, bien sûr), j’appris page 416, sous le titre Les Impossibilités du Dr Hooker, l’existence d’une houlette miraculeuse permettant plusieurs effets de cartes montantes dans des conditions apparemment impossibles. Je me souviens m’être dit : « Tiens ! Ca serait intéressant à voir, surtout à la fin, lorsque la houlette est couverte d’un dôme de verre allongé et qu’une carte nommée sort du jeu, monte jusqu’en haut du dôme et revient à sa place dans le paquet. » Puis je passai au chapitre suivant, le quatorzième, traitant des cartes truquées, me disant qu’il arrivera bien un jour où je verrai cet effet.

Le livre précité est la traduction française en 1954, par Pierre Lanoë, du célèbre livre Greater Magic publié en 1938 par John Norton Hilliard, lequel reprenait un article de la revue The Sphinx, Vol. 33, n°11 de janvier 1935. Donc, au moment où je pris connaissance de cette curiosité, TRENTE ans s’était déjà passé. Mais comme je suis comme tout le monde, c’est-à-dire, qu’au début j’ai pensé que la vie commence avec moi, cette longue période ne m’avait fait ni chaud ni froid.

Puis le temps passa et en 1967, dans la revue The Pallbearers, vol. 2, n°6 d’avril, un article paru, intitulé Hooker Rising Cards, écrit par John Mulholland. Je me dis : « Chouette ! A défaut d’avoir vu l’effet, je vais pouvoir apprécier ses subtilités. » Et je lis soigneusement l’article dans lequel Mulholland explique bien comme il faut qu’il a bien vu les différents effets, que tout est vrai, que c’est extraordinaire et quel dommage que nous n’étions pas là car voilà ce qui s’est passé, et de citer les différentes phases de la routine, ce qui me permit d’apprendre que la carte qui s’élève dans le dôme s’intitulait The Conquest of the Air. Et puis c’est tout !

Bon ! (me dis-je, déjà stoïque) Il y en a qui ont bien attendu cinquante-trois ans et qui, comme moi, ne savent toujours pas comment fonctionne la houlette de Hooker. Comment ? Tout à l’heure, j’avais dit trente. Certes, mais en lisant l’article, j’ai appris que le Dr Hooker avait présenté sa houlette pour la première fois en 1915, ce qui fait cinquante-trois ans en 1967. Et puis, à ce stade, nous ne sommes plus à une année près, n’est-ce pas ?

Suit alors une très longue période durant laquelle je ne me suis plus occupé de magie au profit du théâtre, ce qui fait que j’ai forcément loupé la troisième Conference on Magic History qui a eu lieu en 1993 à l’os en gelée… (Pardon ! Je voulais dire à Los Angeles) durant laquelle John Gaughan a reconstitué la routine en la réduisant de vingt minutes car elle en faisait quatre-vingt dix au départ. Ah ! Ces amateurs ! Ils veulent toujours en faire trop.

J’avais raté le coche mais comme je ne le savais pas, ça ne m’a pas empêché de dormir et en plus, j’ai horreur de voyager. Aller dans le quatorzième quand on habite le dix-neuvième à Paris ne m’effraie pas mais aller jusqu’à Los Angeles, simplement pour voir une carte qui monte dans un dôme en verre, est-ce bien raisonnable ?

Enfin bref ! Je revins à la magie en 1998, collaborai à la revue Imagik jusqu’en 2003, y rencontrai Philippe Saint Laurent qui me donna le goût pour l’histoire de la magie et aurai sûrement assisté à la dixième Conference on Magic History qui a eu lieu le 10 novembre 2007 si la maladie ne m’avait pas loupé.

En effet, John Gaughan avait décidé, cette fois avec l’aide de Jim Steinmeyer, de faire revivre la routine du Dr Hooker et lorsque le numéro 4 de la revue Genii paru en avril 2008, je sus, en lisant page 74, l’article intitulé Watching Dr. Hooker’s Impossibilities, qu’il avait bien présenté The Conquest of the Air, partie dans laquelle, je vous le rappelle, une carte sort du jeu, monte dans un dôme de verre, puis redescend dans le paquet.

Mon stoïcisme étant à toute épreuve, je n’ai ressenti aucune frustration au fait de ne pouvoir assister à cette petite merveille et je me suis dis : « Wait and See. »

Aussi, quelle ne fut pas ma surprise lorsque j’appris que pour la seconde French Magic History Day (en franglais dans le texte), la houlette du Dr. Hooker était au programme. « Chouette ! (me redis-je), avec des bricoleurs de génie tels Merlin et Bloom, je vais enfin pour voir la carte qui….etc., etc. » Eh bien je dois dire que mon stoïcisme est vraiment exceptionnel car je n’ai même pas été déçu lorsque Merlin ne nous a pas présenté, ne serait-ce qu’une partie de la routine.

Sa conférence a été très claire ; il a même poussé le détail jusqu’à nous fournir une petite plaquette et tout ce qu’il nous a dit m’a permis d’inventer la petite fable que vous venez de lire, mais j’ai quand même une suggestion à faire pour une des éventuelles prochaines journées historiques de la magie.

Comme vous avez pu le constater, les américains n’ont mis que quinze ans pour présenter de nouveau la houlette de Hooker. Or j’ai soixante ans et, selon les statistiques nationales actuelles, mon espérance de vie restante est de quinze à vingt ans. Par conséquent, ceux qui voudraient s’y mettre ont largement le temps pour peaufiner la routine afin que je puisse voir (enfin) cette n.d.d.d.p.d.b.d.m.d.p.d.t.r. de carte qui sort du jeu, monte dans le dôme allongé puis redescend dans le jeu.

En attendant ce jour, soutenu par mon idole, Zénon de Citium, je vais me livrer à mon passe temps favori ; à savoir dormir, sommeiller, piquer un roupillon, rêver, me payer une ronflette, me rouler dans les torchons, me reposer ou en écraser méchamment, sans toutefois oublier le principal, c’est-dire manger… et c’est d’ailleurs ce que nous avons tous fait après cette conférence, juste avant la surprise finale que nous allons avoir l’honneur de vous narrer, pas plus tard que dans l’article suivant.

6- HISTOIRE DES CABARETS PARISIENS par Jean Merlin, Pierre Switon et Gaëtan Bloom

A lire :
- Hiding the elephant de Jim Steinmeyer (2003).
- The Magic of Doc Maxam (1954).
- Le long article concernant Winston Freer publié dans la revue Le Magicien, du numéro 128 de septembre 1992 au numéro 136 de septembre 1994.
- E-Book Samuel Cox Hooker and his Rising Cards par Christoph Wasshuber (2007).
- Le JEAN MERLIN MAGIC HISTORY DAY 3.

A voir :
- CD-ROM, Adventures of Winston Freer, produit par The Magic Factory (Todd Karr / 2008).
- Blue Room Mystery dans le DVD Lance Burton, Secrets of Magic (2001)

Illustrations : Jim Steinmeyer. Tous les documents et archives sont proposés sauf avis contraire des ayant-droits, et dans ce cas seraient retirés.

Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 3 juin 2016.
MENTIONS LEGALES :

ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

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