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Ludovic MIGNON

Marchand de Trucs.

Quand et comment l’aventure Marchand de trucs a commencé ?

Dans ma famille, on est dans la chaudronnerie depuis deux générations. J’ai commencé à travailler dans l’entreprise familiale et j’avais une vie toute tracée dans ce milieu industriel. Mais à l’été 2007, le destin en a décidé autrement. Cela fait quelques mois que l’idée me trotte dans la tête d’ouvrir une boutique de magie en ligne. J’en parle à un copain qui est intégrateur de site web, l’idée lui plaît beaucoup et il m’aide à réunir une équipe de quatre personnes (intégrateur, designer, développeur et moi) pour monter le projet.

On passe des semaines à réfléchir au projet et à essayer de trouver un nom. Le mercredi 1er août 2007 dans l’après-midi, alors que je suis au téléphone avec Frantz Réjasse de C.C. Éditions (on est potes et on s’appelle souvent pour refaire le monde), je lui fais remarquer qu’il ne s’est pas trop creusé la tête, lui, pour le nom de son site de ventes de livres : livres-de-magie.com. Il me répond avec humour : « Tu n’as qu’à appeler ça Marchand de trucs ! » En entendant ça, je suis resté bloqué au téléphone et je me suis dit qu’il n’était plus nécessaire de passer des heures et des jours entiers à chercher un nom (car on y avait déjà passé énormément de temps) : plus je disais le nom à voix haute, plus cela devenait une évidence. La machine était lancée, et à la sortie d’une réunion quelques semaines plus tard, le 6 septembre 2007, Chris (le directeur artistique) nous montrait ça :

Autant dire qu’à ce moment-là, on a vraiment hâte d’en voir plus. Il nous fait attendre encore quelques jours puis, le 20 septembre 2007, il nous envoie la maquette du site que vous connaissez. Le mois suivant, le site était prêt et fonctionnel. J’ai passé des mois à chercher des produits pour rendre le site attractif avec des articles qu’on ne trouve pas ailleurs et, le 29 avril 2008, ce fut le grand jour. Je m’en souviens encore comme si c’était hier : je mets en ligne le site et je passe ma nuit à appuyer sur la touche F5 pour rafraîchir le site et attendre la première commande. Heureusement, les copains étaient là pour acheter deux-trois choses et me soutenir dans cette nouvelle aventure, sinon j’aurais appuyé sur F5 pendant trois jours !

Il existe un nombre important de magasins de magie en ligne. Pourquoi as-tu voulu ouvrir une boutique supplémentaire malgré la concurrence ? Comment t’es-tu démarqué ?

En réalité à l’époque je ne me posais pas trop de questions, j’ai simplement ouvert cette boutique car j’avais juste envie de le faire. En Bretagne, comme vous le savez, on est doté d’un entêtement légendaire, donc difficile de nous faire changer d’avis quand on a quelque chose en tête. J’ai en plus été très soutenu par ma famille et mes amis, ce qui m’a grandement facilité la vie.

J’ai voulu me démarquer assez tôt en proposant des produits rares et de qualité. Je n’avais pas comme ambition de proposer le même catalogue que mes concurrents… sinon quel intérêt ? Pourquoi les gens viendraient acheter chez moi le FP qu’ils trouvent déjà dans leur boutique habituelle où ils sont clients depuis dix ans ? Les fournisseurs m’ont fait confiance rapidement, le design du site y est pour beaucoup je pense. Au lancement du site, j’ai eu énormément de messages de soutien et de félicitations, c’est assez stimulant pour continuer à essayer d’aller de l’avant.

A l’heure de la démocratisation de la magie, comment te positionnes-tu en tant que « marchand de trucs » par rapport au débinage et aux contrefaçons qui inondent le marché ?

Il est évidemment difficile de cautionner les contrefaçons, mais quand je vois que même au sein des congrès FFAP, ils n’arrivent même pas à faire le ménage et qu’on retrouve tous les ans certaines boutiques qui proposent beaucoup de copies, je me dis que cela va être compliqué d’éradiquer le problème. Si certaines boutiques vendent des copies, c’est qu’il y a également des clients pour les acheter et c’est également là un gros problème.

J’ai pour ma part décidé de dépenser mon énergie à essayer de trouver des produits de qualité avec des firmes comme Magic Wagon ou Viking/Collector Workshop. C’est principalement pour cela que la boutique s’est démarquée des autres car les clients trouvaient chez nous des articles qu’ils ne trouvaient pas ailleurs.

Marchand de trucs , pourquoi avoir choisi ce nom réducteur alors que tu développes des activités bien plus larges comme l’édition et l’organisation d’événements ?

C’est tout sauf réducteur justement ! C’était le nom utilisé pour désigner les magasins de magie à l’époque. Vu l’aspect un peu ancien du site Internet, il était logique d’appeler la boutique comme cela. Et je ne peux m’empêcher de penser que les gens pensent un peu à nous quand dans les congrès on parle de la salle des « marchands de trucs », car le terme est encore utilisé aujourd’hui.

Parle-nous de ton travail d’éditeur. Comment choisis-tu les auteurs ou les livres que tu veux mettre en avant ? Sur quels critères choisis-tu les ouvrages que tu veux traduire ou rééditer ? Comment se passe la collaboration avec les magiciens pour un vrai travail de création ?

Je n’ai pas vraiment de règles pour choisir les projets. Avec le recul et l’historique des différents projets, je pourrais les classer en cinq catégories :

- Les projets « Même pas en rêve je passe à côté de ce projet » : très clairement, ce sont les projets qui me tiennent beaucoup à cœur et pour lesquels je serais prêt à remuer la terre entière pour les faire. Je pense par exemple au livre Le Livre des Flicking Fingers, il était impossible que je passe à côté de ce projet car pour moi leur livre est vraiment mythique, les Flicking Fingers sont vraiment très brillants.

Le Prophète par Luke Jermay (Marchand de trucs Éditions, 2015).

Je peux citer également tous les projets avec Luke Jermay car il est également très talentueux et vraiment très cultivé. C’est un plaisir de travailler avec des gens comme eux car ils nous font totalement confiance et c’est à mon avis primordial dans un projet : si l’auteur ne fait pas confiance à l’éditeur et vice versa, le projet ne peut aboutir dans de bonnes conditions. Je pourrais aussi citer Antoine Salembier, Christian Chelman ou Banachek, parmi les auteurs avec qui j’ai vraiment adoré travailler.

Fantastique par Antoine Salembier (Marchand de trucs Éditions, 2016).

- Les projets « Et pourquoi pas ? » : il arrive de temps en temps que certains clients ou amis me proposent des projets l’air de rien : « T’as déjà eu l’idée de traduire tel ou tel livre ? », parfois ces petites phrases anodines se transforment en projets réels. Je pense principalement à Réflexions de Helder Guimaraes qui m’avait été proposé par mon copain photographe Philippe Thalhouedec lors d’une discussion. Deux ans plus tard, le livre sortait de l’imprimerie.

Subtilités Psychologiques 1 par Banachek (Marchand de trucs Éditions, 2014).

- Les projets « Tu n’y arriveras pas ! » : ce sont quasiment les projets que je préfère. Quand j’entends qu’un projet est difficile à faire ou quasiment impossible, cela me stimule car j’aime beaucoup les défis. Cela a été le cas pour un projet que j’ai réédité. J’avais entendu dire qu’il serait vraiment compliqué de contacter les ayant-droits de Jacques Delord pour rééditer sa collection de livres Sois le magicien, Sois l’enchanteur et L’Éternel magicien, car ils s’étaient coupés du monde de la magie et se consacraient exclusivement au Zoo de Beauval. J’ai essayé d’appeler plusieurs fois Delphine Delord (la fille de Jacques) sans grand succès. Après plusieurs mois, j’avais récupéré une adresse e-mail et j’ai tenté de la joindre par e-mail. Le message est resté sans réponse pendant plus d’un an, j’ai envoyé plusieurs relances et, un beau jour, Delphine Delord me répond alors que je n’y croyais plus vraiment.

la Trilogie, Jacques Delord (Marchand de trucs Éditions, 2013).

J’ai découvert une personne très charmante mais qui, au départ, ne se sentait pas de se lancer dans ce projet. Après plusieurs échanges, je lui ai dit que de toute façon si elle refusait je ferais comme dans le film Les Évadés de Franck Darabont où Andy Dufresne (Tim Robbins) envoie des courriers toutes les semaines pour avoir des livres pour la bibliothèque de la prison. Elle m’a répondu en souriant : « Et alors, il a réussi à avoir ses livres du coup ? » J’ai compris qu’elle n’avait pas vu ce film qui est pour moi LE film par excellence, je lui ai envoyé un colis avec plusieurs livres que j’avais édité et également le DVD Les Évadés. Cela a été le point de départ d’une relation de confiance et on a réussi à rééditer les ouvrages de Jacques.

- Les projets « Pour l’histoire ! » : ils ne sont pas encore nombreux au catalogue mais j’ai prévu d’en éditer plusieurs ces deux prochaines années. Ce sont des projets sur l’histoire de la magie qui sont essentiels pour nous tous : il ne faut pas oublier d’où l’on vient et ce qu’ont fait les gens avant nous. Ces projets sont parfois difficiles à vendre mais quel bonheur de travailler dessus quand les auteurs nous font part de leurs recherches, c’est vraiment très stimulant et très intéressant. Nous avons un projet d’édition de l’autobiographie de Faure Nicolay, un magicien français méconnu du XIXe siècle, qui a pourtant fait une carrière extraordinaire et traversé quinze fois l’Atlantique. Ses mémoires, publiés à l’origine en portugais et dont on connaît plus qu’un seul exemplaire au monde, sont restés inconnus en France jusqu’à aujourd’hui. Nous allons illustrer son récit par des documents inédits et exceptionnels grâce à la confiance de collectionneurs du monde entier.

Nouvelle école de prestidigitation sans appareil. Haute magie, magnétisme [...]. Faure Nicolay, physicien prestidigitateur agréé des Cours de France, du Nord et de l’Orient (1855).

- Les projets « Qui veut gagner des millions ! » : pour financer les projets « Pour l’histoire ! », il faut faire des projets « Qui veut Gagner des millions ! », c’est-à-dire des projets avec un bon potentiel de ventes qui seront amortis assez rapidement mais qui pour moi ne sont pas les plus stimulants à faire. Je ne vais pas citer de titres pour ne vexer personne. Ces projets sont rares mais restent quand même nécessaires pour le bon équilibre de la maison d’édition.

Gift of the Magi par David Acer (Marchand de trucs Éditions, 2013).

Quelles relations as-tu avec tes collègues qui œuvrent également dans une édition magique française exigeante ?

Il y a un très grand respect entre les éditeurs. J’ai pour ma part été très bien accueilli par Jean-Pierre Hornecker et Georges Proust qui sont toujours là pour m’encourager dans mes différents projets. Sans eux, il est fort probable que les éditeurs actuels ne seraient pas là. On leur doit beaucoup pour tout ce qu’ils ont apporté et il ne faut pas l’oublier. J’ai également de très bonnes relations avec Frantz Réjasse de C.C. Éditions ou même François Montmirel de Fantaisium.

A partir de 2008, tu as initié et organisé des journées magiques sur Paris. Quelles en étaient les motivations ?

La motivation première était de créer un événement sur Paris car je trouvais que les événements réservés aux magiciens (conférences, journées magiques, etc.) n’étaient pas très nombreux. J’ai organisé ces journées pendant cinq ans et j’ai finalement arrêté car cela nécessitait beaucoup de travail et la fréquentation n’était pas toujours au rendez-vous. Quand tu passes plusieurs semaines/mois à organiser un événement et que tu dois inviter tes potes pour remplir la salle, c’est compliqué de garder de la motivation pour les années suivantes. J’ai donc décidé d’arrêter après la cinquième année. Il n’est pas impossible que j’en refasse un jour, j’adorais organiser ces journées et on y passait vraiment de bons moments.

Comment es-tu entré dans la magie ? A quand remonte ton premier déclic ?

Je me suis mis vraiment à la magie assez tard, j’avais 22 ans. Je faisais mon service militaire à Taverny, près de Paris, où j’étais affecté aux espaces verts de la base. Autant dire que les journées étaient longues car l’herbe ne poussait pas bien vite. Une après-midi ordinaire (donc autours d’un café avec le sergent-chef, deux autres militaires et un civil), au cours de la discussion, le civil sort deux petits capuchons en laiton, et sous mes yeux il fait voyager une pile de pièces de 1 franc pour finalement la faire disparaître dans le creux de ma main, à la stupeur la plus totale de l’assistance. Après une heure de négociation, il me montre le fonctionnement du tour et me dit qu’il se l’est procuré dans une boutique de magie du nom de Comme par magie à Duroc près de Montparnasse. Quelques jours plus tard, j’arrive timidement devant la boutique et après quelques minutes, j’ose pousser la porte et je rencontre pour la première fois Carlos Cordoso. Je plonge donc dans le bain de la magie en achetant des tours de débutants pour me faire la main, on me conseille des vidéos de Bernard Bilis et je me lance vraiment comme une grande majorité des magiciens actuels avec ces VHS. Je me rappelle encore avoir regardé toutes les démonstrations : j’étais fasciné rien qu’à l’idée que j’allais pouvoir apprendre ce que j’étais en train de regarder.

Ludovic Mignon (crédit photo : C. Stewart).

En réalité, je pense que j’ai toujours été fasciné par cet art, j’ai plusieurs souvenirs en rapport avec la magie. Vers dix ans, en fouillant dans le garage de mes parents, je suis tombé sur un cadeau de noël que ma mère avait oublié de me donner : une bonne vieille boîte de magie avec de beaux ustensiles en plastique. J’ai joué avec cette boîte pendant quelques temps, mais j’ai dû la mettre assez rapidement de côté. Plus tard, vers douze ans, j’ai un souvenir où je me vois sur une table chez moi avec un jeu de cartes en train d’essayer de « créer » un tour de cartes sans connaître aucune technique. Autant vous dire que j’y serais encore si on m’avait laissé chercher.

Quand as-tu franchi le premier pas et comment as-tu appris ?

J’ai le souvenir d’avoir fait mon premier close-up pour une soirée qu’organisait mon oncle après quatre ans de magie. J’ai bien mis trente minutes à faire le tour du quartier avant de m’arrêter devant chez lui. La sensation de peur et de stress qui m’envahissait était vraiment très stimulante, je suis sorti de chez lui après deux heures de close-up, et je me suis dit que j’adorais vraiment ça, j’en ai fait régulièrement professionnellement par la suite pendant plusieurs années. En 2015, j’ai préféré arrêté pour me consacrer uniquement à la boutique car déjà que j’y passe beaucoup de temps, si en plus je ne suis pas là les week-ends pour aller faire le malin avec mon JOL et ma carte ambitieuse, ma femme risquerait de me faire disparaître par un tueur à gage tchétchène.

J’ai beaucoup appris tout seul en regardant au départ des vidéos puis j’ai vite compris que si je voulais progresser, il allait falloir que j’aille à la rencontre des autres. J’ai donc rencontré des gens passionnés comme moi en Bretagne et j’ai petit à petit élargi le cercle en allant assister à des conférences un peu partout en France, puis ensuite les congrès, etc.

Hotel de Ludovic Mignon (Marchand de trucs Éditions, 2013).

Si vous voulez progresser, il faut évidemment s’intéresser et s’ouvrir aux autres. Je ne suis pas persuadé que l’individualisme en magie soit très bénéfique sur le long terme, on a toujours besoin d’un regard extérieur.

Quelles sont les personnes ou les opportunités qui t’ont aidé. A l’inverse, un événement t’a-t-il freiné ?

Il n’y a pas vraiment d’événement qui m’ait freiné, sauf peut-être des gens au départ de la création de Marchand de trucs qui ne comprenaient pas que je me lance dans un projet comme celui-là alors que mon avenir était tout tracé dans l’entreprise familiale. Il y aura toujours des gens pour vous freiner et vous décourager dans vos différents projets. Parfois c’est bénéfique car tous les projets ne sont pas toujours très viables et très souvent c’est également par simple jalousie : n’écoutez pas toujours ce que les gens vous disent, essayez de faire la part des choses par vous-même, et faites-vous confiance.

Il y a de nombreuses personnes qui m’ont aidé dans cette aventure, tout d’abord ma mère qui a cru en ce projet et m’a aidé financièrement au départ, sans elle il aurait été compliqué de lancer le projet. Mon frère également m’a encouragé alors qu’il aurait pu insister pour que je reste à travailler avec lui. Frantz Réjasse m’a beaucoup aidé au départ pour m’expliquer les différentes démarches administratives et m’expliquer un peu comment le marché fonctionnait.

Hpad par Henri Beaumont (Marchand de trucs Éditions, 2015).

Par la suite, quand je me suis lancé dans l’édition, j’ai contacté un peu par hasard un éditeur en Bretagne qui s’appelle Lionel Forlot et qui édite des livres pour le grand public. Il m’a beaucoup aidé et continue à le faire encore, c’est grâce à lui que j’ai appris à être éditeur, on est devenu des amis très proches et on travaille toujours ensemble depuis.

Ma femme Sophie a également été extrêmement patiente pendant toutes ces années, au départ tout mon stock était dans notre chambre dans notre ancienne maison, les clients venaient sur place et s’asseyaient sur notre lit pendant que je leur faisais des démos. Ensuite on a changé de maison et tout mon stock était au fond du jardin dans un local spécial, il fallait traverser tout le jardin pour faire les commandes, on recevait parfois des palettes entières que j’exposais dans le salon.

Mon père que j’ai perdu prématurément en 2003 m’a également beaucoup apporté. Si j’ai eu l’envie de faire ce que j’ai fait c’est également grâce aux valeurs de travail qu’il m’a inculquées pendant toutes ces années. Sans lui, je n’aurais peut-être pas eu l’audace de me lancer dans un projet comme celui-ci.

Dans quelles conditions travailles-tu ?

Depuis trois ans, j’ai acheté un local commercial dans Lorient où on a tout refait et j’y ai installé mon bureau et mon stock.

The Green Neck System par Gabriel Werlen (Marchand de trucs et Mindbox Éditions, 2017).

Je suis tout seul à travailler chez Marchand de trucs mais je collabore avec plusieurs personnes extérieures toute l’année comme Vincent Hedan qui s’occupe des traductions de livres, Benoit Drager qui s’occupe de toutes les mises en pages et des visuels, Pierre Taillefer et Richard Cauche, Damien Savina qui traduisent et corrigent des projets, Xavier Belmont et Jonathan Urvoy qui s’occupent de la partie technique de certains projets et je travaille aussi depuis trois ans en collaboration avec Mindbox (Sylvain Vip et Maxime Schucht). Je considère toutes ces personnes comme de véritables amis, sans eux, je n’en serais pas là non plus.

Quelles sont les prestations de magiciens ou d’artistes qui t’ont marqué ?

Le maître Fred Kaps pour l’ensemble de son œuvre. Sa prestation au Ed Sullivan Show (à voir sur Youtube) est tout simplement magistrale. Je la regarde très souvent et j’aurais adoré le voir en spectacle, cela devait être sensationnel.

Ce n’est pas un spectacle magique (enfin si, en fait, vu comment c’est fabuleux) mais courez voir Le Porteur d’histoire d’Alexis Michalik. J’adore ce metteur en scène, il fait clairement l’unanimité et on risque d’entendre parler de lui encore pendant très longtemps.

Bizarremania par fantomas alias Francis Wuillot (Marchand de trucs Éditions, 2015).

Je peux mentionner également Xavier Mortimer, quelle chance d’avoir pu voir son spectacle L’Ombre orchestre. Xavier est clairement un génie, on a de la chance de voir des artistes comme lui avec un tel talent.

Pour finir, j’ai le souvenir d’une prestation qui m’avait vraiment perturbé et intrigué : c’était durant l’été 1997 (je ne faisais pas encore de magie), j’étais en Nouvelle-Calédonie à Nouméa en vacances et il y avait une retransmission sur TV5 du Plus grand cabaret du monde. J’ai vu pour la première fois la prestation de Stevie Starr, cet artiste est vraiment à part, il est complètement fou, j’adore.

Quels sont les styles de magie qui t’attirent ?

Je n’ai pas de préférence pour les styles de magie, j’aime tout, un peu comme en musique où je peux écouter Mozart, NTM et ACDC dans la même soirée.

Quel conseil et quel chemin conseiller à un magicien débutant ?

Je lui conseillerais déjà de ne pas écouter les « conseils » des vendeurs de boutiques de magie si au bout de deux mois on ne lui a toujours pas conseillé d’acheter un livre. Je n’étais pas un grand lecteur étant jeune et je regrette que mes parents ne m’aient pas incité à lire plus que ça. Les débutants ne pourront pas devenir Fred Kaps en regardant les DVD à 29,90 euros avec un seul effet dedans.

Illusions par Guillaume Botta (Marchand de trucs Éditions, 2015).

Quel regard portes-tu sur la magie actuelle ?

Je trouve que la magie se porte à merveille, on peut toujours regarder dans le passé et être nostalgique des génies comme Fred Kaps, Slydini ou Dai Vernon, mais il faut quand même avouer que la magie actuelle est belle et se porte bien. Quand j’entends les gens en parler dans la rue ou dans les différentes soirées, l’image « ringarde » qu’elle pouvait avoir il y a quelques années a disparu.

Pour toi, l’originalité est-elle nécessaire à la réussite ?

Tout dépend de ce que l’on entend par réussite. Il est évidemment possible d’avoir du succès et de porter des projets à terme en étant simplement talentueux sans pour autant être nécessairement original. Toutefois, je pense que pour perdurer dans un domaine artistique, pour laisser une vraie empreinte, il faut avoir un minimum d’originalité, quelque chose de différent à proposer.

Rêver par Max Maven (Marchand de trucs Éditions, 2010).

Quelle est l´importance de la culture dans l´approche de la magie ?

La culture magique à proprement parler peut à la fois être une grande source d’inspiration et un frein à la créativité. Quelqu’un qui n’a aucune culture magique et arrive dans le domaine avec l’esprit totalement vierge aura peut-être plus de facilité à partir dans des directions inexplorées car son esprit n’aura pas été façonné par le poids de tout ce qui a été fait avant. Toutefois, dans une même situation, il est facile de réinventer la roue en ayant l’impression d’être un pionnier alors que la culture magique aurait permis de comprendre que d’autres avaient déjà exploré ces chemins. Finalement, il me semble qu’on peut être un très bon magicien sans forcément avoir une grande culture, tout comme être un mauvais magicien en ayant une très grande culture magique.

La culture me semble tout de même être un élément important. C’est une chance inouïe de pouvoir se nourrir des lumières de plusieurs siècles de pensées et de réflexion.

Phantom Wallet par Sylvain Vip et Maxime Schucht (Marchand de trucs Éditions, 2016).

Il me semble également important de s’ouvrir à la culture au sens plus large. Se cantonner uniquement à la culture magique est un frein dans l’approche de la magie. La magie n’est jamais aussi belle et forte que lorsqu’elle se nourrit d’autres cultures et d’autres formes artistiques.

Quels sont tes projets magiques pour les années à venir ?

Il y a beaucoup de livres en préparation et aussi de nombreuses co-productions avec Mindbox. Mais pour vous, voilà une petite exclusivité, il y a de fortes chances qu’on publie un livre en rapport avec un magicien dont les initiales sont : J.E. R.H.

Tes hobbies en dehors de la magie ?

Regarder un bon Christopher Nolan en Blu-Ray, chanter et jouer à la guitare une bonne chanson de U2 ou Radiohead, regarder mon fils Noah se prendre pour Cristiano Ronaldo sur les terrains le samedi après-midi, regarder mon fils Tom se prendre pour Rafael Nadal sur les terrains le mercredi après-midi, regarder ma fille Lyne se prendre pour Billy Elliot dans le salon tous les jours de la semaine, regarder mon fils Sam se prendre pour Superman et Hulk en même temps du haut de ses trois ans et regarder ma femme avec sa cape de super Maman nous regarder les uns et les autres.

- Interview réalisée en juillet 2017.

Bibliographie magique Marchand de trucs :

- Denis Behr, Sur le bout des doigts (2010)
- Max Maven, Rêver (2010)

- Ivan Laplaud, La Magie de Mickaël Stutzinger, Tome 1 (2011)
- Chris Kenner, Totalement incontrôlable (2011)
- Richard Kaufman, Invraisemblance(s) (répertoire de close-up de Gary Kurtz) (2011)
- Patrick Froment, Télépathie Réelle (2011)
- Richard Webster, Cold Reading, Rapide et Efficace (2011)

- Max Maven, Focus (2012)
- Looch, S&D Mentalisme simple & direct (2012)
- Les Flicking Fingers, Le Livre (2012)
- Stefan Olschewski, Prédi(le)ction (2012)

- Carlos Vaquera, Passeport pour l’illusion (2013)
- David Acer, Anthologie I (2013)
- Richard Webster, Cold Reading & Mentalisme (2013)
- Luke Jermay, Anthologie II (2013)
- Daniel Rhod & François Montmirel, Imagik, Tome 1 (2013)
- Jacques Delord, La Trilogie (2013)
- Helder Guimarães, Réflexions (2013)
- Anthony Owen, Owen (2013)

- Luke Jermay, Anthologie III (2014)
- Banachek, Subtilités psychologiques 1 (2014)
- Daniel Rhod & François Montmirel, Imagik, Tome 2 (2014)
- Fanch Guillemin, L’Art du ventriloque (2014)
- Christian Chelman, Compendium Sortilegionis (2014)

- Daniel Rhod & François Montmirel, Imagik, Tome 3 (2015)
- Guillaume Botta, Illusions (2015)
- Fantomas, Bizarremania (2015)
- Christopher Rawlins, Roulette (2015)
- Steeve Elema, Mental (2015)
- Luke Jermay, Le Prophète (2015)
- Daniel Rhod & François Montmirel, Imagik, Tome 4 (2015)
- Luke Jermay, Distractions (2015)
- Daniel Rhod & François Montmirel, Imagik, Tome 5 (2015)

- Anthony Jacquin, (RIP) L’art de l’hypnose impromptue (2016)
- Antoine Salembier, Fantastique (2016)
- Max Maven, TH Series I (2016)
- Banachek, Subtilités psychologiques 2 (2016)

- Gabriel Werlen, The Green Neck system (2017) co-édition avec Mindbox.
- Meven Dumontier, Queen of Art (2017)
- Banachek, Subtilités psychologiques 3 (2017)
- Luke Jermay, Tarot, Série de poche - Tome 1 (2017)

A visiter :
- Le site Marchand de trucs.

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Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 21 juillet 2017.
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