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La face cachée d’HOUDINI

Dai Vernon a été sans aucun doute le prestidigitateur le plus influent du XXe siècle. Une personne modeste douée d’un charisme indescriptible. Un vrai gentleman apprécié de tout le monde. C’était très rare, d’entendre Vernon médire sur quelqu’un. Même si cela était mérité, il trouvait toujours quelque chose de favorable à son égard. Il avait ce don unique de faire passer aux gens qui le côtoyaient, un enthousiasme renouvelé pour leur art. Il n’y avait qu’un seul « magicien » dont il parlait d’une manière négative : Harry Houdini.

On connaît le fameux et désormais célèbre épisode qui a vu Vernon tromper Houdini en lui présentant sept fois d’affiler un tour de cartes, sans que ce dernier n’y comprenne quelque chose. On connaît moins les opinions qu’avait Vernon envers Houdini.

En octobre 1965, le journaliste et magicien amateur Richard Buffum enregistra une série d’interviews avec « Le Professeur ». Une transcription écrite de ces interviews parut dans le livre The Vernon Chronicles - Dai Vernon a Magical Life, publié en 1992, et édité par Bruce Cervon et Keith Burns. Malheureusement Vernon nous quitta peu après la publication du livre. Une ère se finissait… Pendant les interviews de Buffum, Vernon parla de plusieurs personnes, y compris de Harry Houdini. Si quelqu’un pouvait nous révéler qui était le "vrai" Houdini c’était bien lui. Vernon rencontra Houdini à maintes reprises et eut l’opportunité de connaître la personne qui se cachait derrière sa personnalité publique.

Robert-Houdin

Le nom Houdini provient de celui de Jean-Eugène Robert-Houdin ; rajoutant un « i » à Houdin en hommage à ce dernier. On connaît la suite de cette fascination pour le plus célèbre magicien français qui se transforma en une haine des plus féroce avec la parution du livre Robert-Houdin démasqué (1908). Houdini se vanta d’être trois fois plus célèbre que Robert-Houdin, après avoir méticuleusement démonter la réputation du maître ; ce qui était malheureusement vrai.

Voici l’histoire que Vernon raconta sur l’affront qu’infligea la veuve de Robert-Houdin à Harry Houdini :

Houdini, en représentation à Paris, décida de rendre visite à Madame Robert-Houdin. Il était près de minuit lorsqu’il arriva à sa maison. Il s’aperçut que tout le monde dormait et, malgré cela, il commença à envoyer des pierres sur la fenêtre de la chambre pour réveiller Madame Robert-Houdin.

Finalement elle ouvrit la fenêtre et dit :
- « Qui est là, que voulez vous ? »
- « Je suis Harry Houdini. »

Elle regarda Houdini et lui dit,
- « Je suis désolée, mais je suis couchée pour la nuit. » et après cela, elle claqua la fenêtre !

Un mégalomane

D’autres histoires de Vernon à propos d’Houdini sont toutes aussi amusantes et instructives. Un incident en particulier évoque le caractère d’Houdini. Frances Rockfeller King, un agent de change bien connu de New-york, partait en voyage de New-York en train. A cette époque, Harry Houdini écrivait régulièrement des articles pour le New York World.

Il y avait un gentleman Anglais de la haute société assis dans le train parcourant un journal. Alors que le train démarrait, Mlle King remarqua un homme, suant à grosses gouttes, monter à bord. Cet homme était Harry Houdini qui, selon Vernon, faisait peu de cas de son apparence et apparaissait toujours débraillé et mal rasé. Houdini, l’arriviste, aperçu Mlle King, puis remarqua le gentleman en train de lire son journal. Sans prononcer un mot, il se dirigea vers lui et lui arracha le journal des mains. Puis il se dirigea vers Mlle King, en disant :
- « Mlle King, vous voyez, j’ai un article d’une page entière dans le journal. J’en ai une toute les semaines. »

Le gentleman, décontenancé par la conduite d’Houdini, se leva et dit,
- « Comment osez-vous, Monsieur ; m’arracher des mains mon journal ? »

Houdini, pas le moins perturbé, répliqua :
- « Tout va bien, je suis Harry Houdini. »

A cela, le gentleman riposta :
- « Je me moque de qui vous êtes, vous n’êtes qu’un voyou ignorant ! »

Un homme populaire ?

Selon Vernon, Houdini avait peu d’amis parmi ses confrères magiciens parce qu’il marchait continuellement sur les pieds des autres. Parallèlement à cela, Vernon dit : « Je suis particulièrement partial parce que je ne me suis jamais mis en avant et je n’aime pas ça. Je déteste l’idée de prendre le dernier siège lorsqu’il y a dix personnes qui le voudrait. Houdini était comme cela au plus haut degré. »

Houdini sautant d’un pont à Melbourne en Australie.

Tout artiste professionnel a besoin de publicité. Houdini était complètement obsédé par cela. Selon Vernon, le premier objectif d’Houdini était de se mettre tout le temps en avant.

Houdini dit une fois à Vernon : « Si vous voulez réussir dans ce travail, il faut avoir son nom dans le journal tous les jours. Peu importe ce que cela dit, il faut juste l’avoir dans le journal d’une manière ou d’une autre. »

Houdini vivait pour cela. A New-York s’il y avait un incendie, une agression dans la rue, ou un meurtre, Houdini se précipitait immédiatement vers la police et disait : « Officier ! Je suis Houdini, puis-je vous aider ? Je pourrais témoigner, j’ai tout vu ! »

Selon Vernon, il faisait cela uniquement parce qu’un coup de couteau sur Broadway pouvait faire sensation. Souvent, les gros titres du lendemain affichaient Houdini était le témoin d’une personne poignardée.

L’arroseur arrosé

Il est convenu qu’Houdini n’avait pas un grand sens de l’humour. Vernon relate l’incident qui eu lieu un soir à la réunion de la Society of American Magicians. Houdini proposa de montrer aux autres membres un nouveau tour pour lequel il avait besoin d’une grande feuille cartonnée. Quelqu’un lui dit d’aller voir un placard rempli de feuilles dans la pièce d’à côté. Il s’y rendit et, alors qu’il fouillait à l’intérieur, un des magiciens s’approcha pour refermer la porte derrière lui et la verrouilla.

Houdini commença par secouer la porte puis la marteler de ses poings. Un des magiciens suggéra que cela devrait être facile pour « le Grand Houdini » de se libérer de ce placard. « Voyons si tu sors de là ! » crièrent les membres. Houdini rageait et était furieux ; il aurait probablement saccagé la pièce entièrement si quelqu’un n’avait ouvert la porte pour le relâcher.

Dans un autre épisode, lorsque Houdini fut en tournée dans une ville éloignée des Etats-Unis, il découvrit qu’il y avait une petite prison. Il en profita pour défier le gardien, un monsieur âgé, le ridiculisant en clamant que se serait un jeu d’enfant que d’en sortir. Le gardien accepta le défi d’Houdini. L’escapologiste entra dans l’unique cellule de la prison que le geôlier verrouilla. Après maintes tentatives d’évasion, Houdini ne put sortir de la cellule ! Pour se venger, le geôlier le garda quelques jours enfermé avant de le libérer.

Un piètre magicien

Vernon considérait Theodore Hardeen (1876-1945), le frère d’Houdini, comme un magicien bien plus doué, mais éclipsé par la célébrité de son aîné. Houdini n’était pas un bon magicien. Il commença sa carrière comme prestidigitateur dans les foires puis se spécialisa rapidement dans l’évasion. Une fois devenu célèbre comme escapologiste, il revint à nouveau à la magie, mais n’employait pas les bonnes façons de la présenter, selon Vernon.

Houdini et son frère Theodore.

Il fut une période où Houdini s’afficha comme « Le roi des Cartes ». Cela n’impressionna pas Vernon qui déclara qu’Houdini était un maître de l’évasion mais pas vraiment un magicien, et encore moins avec des cartes à jouer ; ayant quelques difficultés à mélanger un paquet sans les plier ou les déchirer. En dépit des dires de Vernon, nous pouvons voir dans un court métrage Houdini exécuter sur scène quelques manipulations tape-à-l’œil avec un jeu de cartes (étalement d’un jeu le long du bras, lancé de cartes en l’air en les rattrapant avec la même main, et d’autres mouvements élaborés). Ce dont Vernon faisait référence était sa manière de manipuler les cartes en close-up. Les « fioritures » de scène nécessitant moins de précision de part l’éloignement du public.

Houdini et sa femme Bess.

Houdini était uniquement un publicitaire, un excellent publicitaire. Il pouvait faire des choses étonnantes, qui n’avaient rien à voir avec la magie : retenir sa respiration plus longtemps que n’importe quel homme, par exemple. Il ne fumait pas, ne buvait jamais, et mena une vie sans scandale. Béatrice sa femme était la marraine de Ted, le premier fils de Dai Vernon.

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A lire :
- HOUDINI, l’interview.
- Harry HOUDINI.
- Harry HOUDINI, Le Roi des Menottes.

Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 26 juillet 2016.
MENTIONS LEGALES :

ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

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