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LE SPIRITISME (3/4)

Extrait de la revue L’Illusionniste, N°67 de juillet 1907.

Temps de lecture : 11 min

En ce qui me concerne, déclare M. Remy, j’admettrais volontiers, avec l’Ecole théologique que le naturel entre certainement pour une large part dans les phénomènes spirites Je n’ai pas craint de dire qu’on peut attribuer à la fraude consciente ou inconsciente, 50% des phénomènes spirite ; je ne craindrai pas davantage d’attribuer à des causes physiques ou naturelles 40% du reste, réservant tout au plus 5 ou 10% à des causes preternaturelles.

En recherchant ces causes physiques, nous entrons dans les théories de l’Ecole expérimentale mais aussi dans le domaine des hypothèses ; certaines semblent assez plausibles, d’autres ont plus ou moins de valeur.

Et tout d’abord la rotation de certains meublés (tables, chapeaux, saladiers, etc.) peut très bien n’avoir d’autre cause que des mouvements nerveux inconscients du médium et des assistants. Qui ne connaît maintenant ce qu’on appelle « les effets moteurs des images » ? Toute pensée est un mouvement commencé, c’est-à-dire que toute pensée produit en nous, consciemment ou inconsciemment, quelque chose du mouvement qui lui correspond. L’idée du bâillement, par exemple, provoque le bâillement : voilà pourquoi il suffît de bailler devant quelqu’un pour le faire bâiller. La pensée un peu vive de la nourriture fait réellement venir la salive à la bouche. Dis je à quelqu’un de s’en aller, mon bras fait presque automatiquement le mouvement nécessaire pour le chasser ou lui ouvrir la porte. Si je pense à un objet placé à ma droite ou a ma gauche, l’image du mouvement nécessaire pour y porter la main se projette dans mon imagination et mon bras s’innerve pour se diriger de ce coté. « Toute représentation d’un mouvement s’accompagne d’une excitation des centres moteurs et d’une onde nerveuse centrifuge provoquant une modification du tonus des muscles qui devraient concourir à l’exécution du mouvement » (Mgr Mercier : Psychologie, 2° édit, p. 439). Peu importe que nous nous rendions compte ou non de ce courant nerveux ; la plupart du temps nous ne le pouvons pas, pas plus que nous ne sentons une grande partie des mouvements vitaux qui sont en nous, mais les psycho physiologistes le constatent facilement. Avec leurs instruments. Ils en ont même calculé la vitesse qui est de trente mètres environ par seconde.

Le médium et les assistants qui font la chaîne au-dessus de la table, en pensant fortement à la faire tourner, à la faire manoeuvrer de telle ou telle façon pour répondre, produisent donc un courant nerveux et des mouvements inconscients dans le sens voulu. Ces mouvements inconscients ne peuvent ils pas déterminer sans aucune intervention preternaturelle, la rotation de la table, les coups frappés comme réponse, l’écriture ?... — « Avec un peu d’habitude, dit M. Maxwell dans son chapitre sur la fraude et l’erreur, on peut à l’aide d’un crayon fixé dans un trou, sous la table, arriver à très bien écrire sur une ardoise mise en mouvement et à donner de la régularité à des mouvements en apparence spasmodiques et involontaires.. J’ai moi-même, il y a fort longtemps, produit ce genre de manifestation ».

Quand les phénomènes du spiritisme ne se produisent plus au contact de la table ou des assistants, mais à distance (objets déplacés, vitres brisées simultanément, coups sur les meubles...), peut-être est-il possible encore de les attribuer à une force quelconque qui s’échappe du médium et des assistants. Notre corps est un foyer de forces de tous genres : récemment on y découvrait les rayons N et nous savons que nos mouvements, nos sensations et même nos pensées sont accompagnées d’une production de chaleur et d’électricité que l’on peut parfois constater au dynamomètre. Dans ses études physiques sur le magnétisme animal, le docteur Charpignon cite le cas d’une cataleptique, Schmitz Bank, ouvrière en horlogerie, dont les outils étaient invariablement aimantés dans les jours qui précédaient ses crises, ces outils soulevaient alors la limaille de fer, comme les aimants ordinaires. Un tournevis aimanté ainsi par contact conserva deux ans sa vertu magnétique. Ce phénomène impatientait beaucoup l’ouvrière et son maître qui était obligé de fournir trop souvent de nouveaux instruments.

Nous ne pouvons ici étudier en détail les phénomènes électriques, magnéto électriques ou autres (dégagements cutanés, décharges électriques, vibrations diverses, etc..) qui accompagnent aussi bien les actes intellectuels, volontaires, psychiques de l’homme que les fonctions de sa vie végétative (nous les avons déjà énumérées) et celles de sa vie animale (la sensibilité physique et les perceptions des corps, les appétits instinctifs, la contractilité des muscles et des nerfs). Mais, pour nous en tenir à l’électricité, ne savons nous pas quels effets bizarres elle peut produire ? Dans les orages où elle agit puissamment, tantôt par grandes masses ou quantités (éclairs très lumineux et très étendus) et tantôt à haute tension (éclairs plutôt grêles accompagnés d’effets violents), elle brûle et sillonne les maisons et les arbres de fort capricieuse façon, elle transporte des objets à distance, elle imprime des photographies de paysages environnants sur la peau d’animaux tués par elle, etc. Après une série d’expériences dont l’exposé nous éloignerait de notre sujet, M. Durville a cru pouvoir formuler cette loi : « Le corps humain est polarisé ; le coté droit est positif, le côté gauche négatif. La polarité est inverse chez les gauchers. Les pôles de même nom, rapprochés, excitent ; les pôles de nom contraire calment... ». — « En passant, remercions la science, dit M. Remy en riant de nous révéler ainsi l’une des causes qui rendent un mari heureux quand il donne le bras à sa femme ! »

Exécution d’un dessins spirites par Fernand Desmoulin.

Nul n’ignore d’ailleurs combien les personnes nerveuses sont impressionnables lorsque l’électricité surabonde dans l’air ambiant, notamment pendant les orages ou près de certaines machines en mouvement ou encore à certains moments de leur vie journalière. Supposons que certains sujets appelés médiums soient plus aptes que d’autres soit à émettre, à une certaine tension, de la vapeur d’eau dont les machines et les volcans nous montrent la terrible puissance ou de la chaleur sous une forme quelconque, soit à accumuler puis à dégager de l’électricité ou quelque chose d’analogue, c’est à dire produire certains mouvements vibratoires particuliers dont les effets (1) varieront suivant la fréquence des vibrations..., il n’est pas impossible que cette énergie rayonnante produise des chocs, des déplacements d’objets, des effluves lumineux extraordinaires.

Il y a, d’ailleurs, des motifs de croire que le médium n’agit pas seul, mais emprunte aux assistants quelque chose de leur propre force qu’il condense, dirige et utilise. « Une force quelconque est dégagée, dit M. Maxwell (Les phénomènes psychiques, pp. 45 46) et si le médium en dégage plus que les autres expérimentateurs il s’établit vite un équilibre entre les assistants et lui. Le médium reprend à ceux ci la force qu’il a dépensée. Il en résulte que, dans les séances réussies, les assistants sont ordinairement fatigués. Je crois avoir remarqué que certaines personnes dégagent cette force plus facilement que d’autres ; aussi voit-on très souvent les médiums demander à avoir pour voisins certains expérimentateurs... Ce serait une erreur de croire que ce choix, souvent fait par le médium soit intéressé et déterminé par la facilité plus grande que certaines personnes offrent à l’exécution de phénomènes frauduleux.

En réalité, il me paraît que le médium, organisation plus sensible que la moyenne, reconnaît vite les personnes qui émettent plus facilement la force dont il a besoin pour réparer ses pertes. Eusapia Palladino (2) reconnaissait très vite les personnes a qui elle pouvait facilement extraire la force dont elle avait besoin. Je me suis moi-même, au cours de mes premières expériences avec ce célèbre médium, aperçu à mes dépens de ce vampirisme. Un soir. à la fin d’une séance à l’Agnélas (Isère), elle fut soulevée du sol et portée sur la table avec sa chaise. Je n’étais pas placé à côte d’elle, mais sans lâcher la main de ses voisins, elle saisit la mienne pendant que le phénomène se produisait. J’eus une crampe d’estomac — je ne puis mieux définir ma sensation — et une sorte de défaillance. »

La médium Eusapia Palladino en 1894.

Les savants qui ont étudié le spiritisme au point de vue scientifique, appellent, les uns force psychique d’autres force ecténique, d’autres force neurique rayonnante, cette force ou cet ensemble de forces assez inconnues jusqu’ici qui pourraient être la cause naturelle de beaucoup des phénomènes produits dans les séances de spiritisme. Leur théorie a une réelle importance et n’est pas sans valeur. Mais de là à conclure avec plusieurs d’entre eux et avec la multitude des spirites, à l’existence d’un corps subtil, intermédiaire entre l’âme et le corps matériel, de la à admettre les fameuses théories du périsprit, du corps astral, ou même simplement du corps odique, il y a un abîme.

L’od serait, d’après le colonel de Rochas, un fluide sécrété par l’organisme. Ce fluide flotterait constamment autour de chaque individu, il aurait une tendance à reproduire les formes de notre corps physique et formerait ainsi près de nous comme un double, un fantôme de nous même. Les sensitifs, dit-il, aperçoivent ce fantôme et quand une personne se lève, certains médiums le voient restant encore quelques secondes dans le fauteuil où la personne était assise. Ce fantôme répondrait avec une sensibilité exquise aux vibrations de l’âme. C’est lui qui agirait à distance et qui permettrait les matérialisations et aussi les extériorisations de la sensibilité, de la motricité...

Photo spirit par William Hope (vers 1919).

Que vaut, en réalité, le témoignage de quelques somnambules ou de quelques rares sensitifs qui auraient vu dans l’obscurité ce corps odique ? Ce témoignage est insuffisant, il ne constitue pas une preuve. L’expérience montre que tous ces sensitifs sont facilement hallucinés et n’entrent ils pas inconsciemment dans les pensées et dans les désirs de celui qui les magnétise ? D’ailleurs, si la sensibilité se réfugiait, comme l’enseigne M de Rochas, dans le fantôme odique, ce phénomène serait constant, comme les autres lois de la nature : il serait fréquent et facile à vérifier. Or, sur mille sujets insensibilisés par le magnétisme, l’hypnotisme, le spiritisme, on n’en trouve pas deux qui présentent le phénomène de la sensibilité extériorisée — et encore, pour ceux-là, quand on pique leur image et qu’ils se sentent piqués, c’est peut-être un effet de suggestion : le magnétisé étant en rapport intime avec son magnétiseur et voyant réellement ou mentalement le geste de celui-ci, croit aussitôt en sentir l’effet.

M. de Rochas avoue lui-même, à chaque pas de son étude, que « ses observations ont besoin d’être vérifiées bien des fois avant qu’on puisse les admettre sans réserves » (L’Extériorisation de la sensibilité, p. 8). Que « ses théories qui n’expliquent point tous les faits observés sont, par cela même, nécessairement inexactes ou au moins incomplètes » (p. 41), que « pour des matières, encore si délicates et si pleines d’obscurité, il faut se garder des conclusions prématurées basées sur des observations trop peu nombreuses » (p. 64)... Il semble superflu d’insister.

A fortiori, les théories spirites du plan astral, du périsprit et du corps astral sont loin d’être établies et ne sont pas sérieuses. — On sait que Gérard Encausse, autrement dit Papus, et avec lui l’ensemble des occultistes, sauf quelques savants, soutiennent l’existence en chacun de nous d’un corps subtil, intermédiaire entre le corps grossier matériel et l’âme spirituelle. Ce périspritou corps astral pourrait rayonner et agir autour de nous. Après la mort, il retournerait dans le plan astral, pour y demeurer (ce qui lui permettrait de réapparaître sous forme de fantôme) ou pour se réincarner ensuite dans un autre être supérieur ou inférieur, suivant les mérites acquis sans doute.

Le médecin et occultiste français Gérard Encausse dit Papus (1865-1916).

Ces théories se basent sur des hypothèses philosophiques et théologico mystiques sans fondement, sur les anciennes rêveries de la Cabale (de l’hébreu kabbalah (3)) et de la Gnose, cette sorte de philosophie suprême dont les mages gardaient soigneusement le secret et, enfin, sur les prétendues révélations des esprits. Elles ne s’appuient sur aucune donnée véritablement sérieuse et sont impuissantes à nous expliquer pourquoi notre âme ne conserve aucun souvenir des mérites ou démérites de cette vie antérieure, dont la présente serait l’expiation ou la purification progressive. Elles sont, de plus, dangereuses car elles font de l’union de l’âme et du corps un état violent et contre nature : ce qui est réprouvé par les tendances naturelles de ces deux substances qui s’appellent pour s’unir et pour se compléter et légitimerait ou même commanderait le suicide puisque notre devoir serait de tendre par tous les moyens possibles à la libération de l’âme. Il n’y a donc pas à tenir le moindre compte de ces fausses doctrines.

L’occultisme est, en outre, suspect parce que, à côte d’une doctrine publiquement enseignée (exotérisme), il cache une partie de sa science (ésotérisme) pour ne la révéler qu’aux seuls initiés : ce qui ne saurait convenir ni à la vérité ni à la morale. « Entré dans l’occultisme », raconte M. Remy, « un de mes amis a dû en sortir, estimant qu’il y devenait fou. Il avait promis de ne rien révéler de ce qu’il pourrait voir ou apprendre  : il a presque tenu parole malgré les pressantes questions qui lui ont été adressées, préférant par son attitude donner lieu à toutes les suppositions légitimées par les renseignements précis que je tiens, par ailleurs, de première main, sur les ignominies commises à propos de prétendues messes noires et cérémonies où le dernier mot pourrait être dit par le code pénal ou les médecins aliénistes. Je ne puis m’étendre sur les pratiques plus ou moins coupables ou bizarres qu’on attribue aux magistes et aux sorciers, mais je vous rappelle le nom de Gilles de Retz ou de Rais, maréchal de France, exécuté à Nantes, en 1440. Son avidité — il cherchait vraisemblablement la transmutation des métaux pour changer le métal vil en métal noble — lui fit commettre toute sorte de crimes. Entouré de sorciers, il se livra aux pratiques les plus immondes, sacrifiant des enfants aux démons pour obtenir d’eux science, puissance, richesses. Après son arrestation, on trouva dans une tour de son château les ossements de plus de 200 victimes. C’est lui qui a inspiré à Perrault son conte de Barbe Bleue ».

Notes :

(1) Quels que soient ces effets (électriques, magnétiques, calorifiques, lumineux, chimiques, etc.) Les ondes sont toujours de nature électrique ou pour mieux dire, électromagnétique (R. de Valbreuze, Notions générales sur la télégraphie sans fil, p. 15).

(2) D’après Jules Bois, Eusapia Palladino « le Napoléon des médiums », serait « la fille d’un vendeur d’objets pour la prestidigitation ». (Annales politique et littéraire, 19 mai 1907, p. 313.) Sa mère est morte en lui donnant naissance, dans un village de la Pouille ; son père a été assassiné 8 ans après, en 1862, par des brigands de l’Italie méridionale. (C. Flammarion, Les Forces naturelles inconnues, p. 94).

(3) Prétendue philosophie divine, transmise secrètement parmi les Juifs.

- La suite : Le Spiritisme (4/4).

A lire :
- Histoire de la voyance et du paranormal, du XVIIIème siècle à nos jours de Nicole Edelman. Editions du Seuil (2006).
- Phénomènes psychiques.
- Georges Méliès, la magie et les fantômes.

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Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 3 janvier 2013.
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