Artefake
Accueil du site   LE NOUVEAU MONDE, une histoire générale et poétique / Gilles (...)

LE NOUVEAU MONDE, une histoire générale et poétique / Gilles CAILLEAU

Pôle Jeune Public-Scène conventionnée. École Fragile (La Valette-du-Var, le 4 février 2017).

Spectacle joué dans le cadre de la deuxième biennale des Arts du Cirque de Marseille Creac Archaos.

Gilles Cailleau avec sa compagnie Attention Fragile, a été en résidence à Gap puis à la Gare Franche à Marseille, lieu fondé en 2001 par le merveilleux Wladyslaw Znorko, disparu il y a déjà trois ans. Il y a aussi présenté un ancien spectacle Gilles et Bérénice et y répété Le Nouveau Monde, qu’il vient de créer à l’Ecole Fragile, un lieu d’enseignement des techniques circassiennes à La Valette-du-Var, avec un beau chapiteau, et tout autour, des caravanes pour une dizaine de personnes (cuisine/salle à manger, chambres et douche). Rien de luxueux mais un outil simple et efficace…

Gilles Cailleau élabore une histoire générale et poétique du XXIe siècle, dans une sorte de voyage poétique très personnel, pour dire à la fois le monde actuel et imaginer le suivant. Comme à tout le monde, cela lui fait sans doute toujours un peu drôle, quand on dit : « Au siècle dernier », et qu’on évoque des événements situés, au maximum, il y a une quinzaine d’années… Mais ainsi va la vie !

« C’est, dit-il, un spectacle d’enfant qui ne comprend pas le monde et joue à la poupée pour essayer de se dépatouiller de ce qui lui tombe dessus. Il joue aux marionnettes, aux petits avions, il fabrique des bateaux en papier. Il cloue des planches, il les attache avec des ficelles, il joue avec des couteaux, il se déguise, il essaye, il tombe, il réessaye, il fait des échasses, il fait de la magie, il veut épater ses parents, ses copains, ses copines. Il fait semblant d’être mort, d’être un héros, d’être une star, il aime les berceuses, danser, chanter à tue-tête, c’est un garçon, il aime les drapeaux, compter, écrire des poésies. Quand il tombe devant les autres il est vexé comme un pou, des fois aussi, il s’en fout. »

A mi-chemin entre le cirque avec sa piste et son chapiteau qui imposent d’autres règles de mise en scène à cet acrobate devenu aussi acteur, qui dit justement devoir trouver un autre langage que celui habituel du théâtre pour donner corps à ses inquiétudes métaphysiques devant le monde compliqué où il n’a pas d’autre choix que de vivre avec ses petites illusions mais aussi avec ses petites richesses personnelles. Allez, on va encore vous ressortir ces vers fameux de l’immense Eschyle : « Jouissez chaque jour des joies que la vie vous apporte car la richesse est vaine chez les morts », règle que Gilles Cailleau semble s’être imposée, quand il s’agit pour lui de dire le monde dans un cirque.

Il parle longuement de la planète qui suffoque à cause de la folie des hommes qui mangent trop, qui veulent toujours plus de plaisir immédiat, qui voyagent trop en avion, au mépris de la nature qui n’en peut plus de leurs déchets. Il accuse aussi l’Occident de n’être pas lucide, alors qu’il commence à payer - et cher - la dette qu’il a contractée depuis longtemps avec les pays pauvres. Gilles Cailleau raconte notre époque à sa manière. Il jette horizontalement de très longs couteaux, se coupe en deux avec une scie musicale, puis fait écrouler les deux trop fameuses tours new-yorkaises, de façon la plus poétique qui soit et réussit - on se demande encore comment - à se maintenir en équilibre un moment sur une des deux piles faites de feuilles de contre-plaqué ; deux avions de papier se mettent alors à vriller en flammes.

Images à la fois toutes simples, presque « naïves » mais, cela se sent, longuement concoctées, brillantes d’intelligence et de sensibilité. Il y a aussi toute une longue mais fabuleuse installation entre deux chaises, d’une mince planche qu’il peint en bleu pour figurer la mer et où il installe, avec l’aide d‘une jeune spectatrice, des marionnettes à gaine, figurant des gendarmes qui surveillent les côtes où va venir s’échouer un petit bateau chargé d’autres marionnettes, des migrants, qui va flamber. Il va lui-même aller d’un côté à l’autre de cette planche en pin souple mais prête à craquer. Image qui va servir de caisse de résonance à la première. Le tout dans une vague de brouhaha insupportable, comme l’est la situation de ces désespérés. Il dit aussi, à la fin, avec un mégaphone, toute l’instabilité du monde sur des chaises empilées, coiffé d’une dérisoire couronne royale en carton pour nous inviter à inventer la fin du siècle.

Ce « déséquilibriste » comme il se nomme joliment lui-même, qui est surtout un faiseur de déséquilibre physique, a une belle approche clownesque et donc philosophique des événements qui façonnent notre monde. On repense aux mots fameux de Léonard de Vinci : « La pittura é cosa mentale ». Il prépare longuement ses images de toute beauté avec le public, ne craint pas les ratés ou les approximations : avec lui, c’est à prendre ou à laisser. Nous, on prend… mais le spectacle encore un peu brut de décoffrage - ces deux heures patinent sur la fin et Gilles Cailleau parle trop - devrait être absolument resserré et le metteur en scène aurait pu épargner à l’interprète, une fausse fin, après cette merveilleuse image quand il est perché sur les chaises empilées ; elle précède une participation, sans grand intérêt, des spectateurs auxquels il demande de s’armer de leur téléphone portable/émetteur de lumière. Malgré ces réserves, cette histoire générale poétique, aussi inquiétante que forcément inachevée du XXIe siècle, avec toute sa fragilité et ses moyens dérisoires, loin des micros HF, loin aussi d’inutiles et encombrantes vidéos, et/ou de scénographies compliquées, a quelque chose d’aussi merveilleux qu’indispensable.

- Source : Le Théâtre du Blog.

Crédit photos : Catherine Briault. Tous les documents et archives sont proposés sauf avis contraire des ayants-droit, et dans ce cas seraient retirés.

Auteur : Philippe du VIGNAL


Mise à jour effectuée le : 16 février 2017.
MENTIONS LEGALES :

ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

Informations rassemblées et coordonnées à l'initiative et pour le compte de l'Association Artefake.
Ce document est déposé auprès d'une Autorité d'Horodatage Qualifiée - Certifiée ETSI & RGS

Dans le cas où malgré notre vigilance, une de nos publications porte atteinte aux droits d'auteur, merci de nous l'indiquer. Dans le cas ou cela s'avère exact, nous nous engageons sans délai à supprimer cette publication de notre site.

Artefake est une oeuvre collective créée et publiée par l'Association ARTEFAKE.
Conformément à l'article L.113-1 du Code de la propriété intellectuelle, l'association Artefake est titulaire des droits d'exploitation du contenu du site Artefake.com
La reproduction totale ou partielle des articles du site internet Artefake sont strictement interdite, par tous moyens connus ou à découvrir, quel qu'en soit l'usage, sauf autorisation légale ou autorisation écrite de l'association Artefake.
L'utilisation de la marque déposée Artefake est soumise à autorisation.
Les liens hypertextes pointant soit vers la page d’accueil soit vers un article particulier sont autorisés.
L’autorisation de mise en place d’un lien est valable pour tous supports, à l’exception de ceux diffusant des informations pouvant porter atteinte à la sensibilité du plus grand nombre. Au titre de cette autorisation, nous nous réservons un droit d’opposition.
Toute personne nommée ou désignée dans le site Artefake dispose d'un droit de réponse conformément à l'article 6 IV de la loi LCEN.
Ce droit de réponse doit être adressé par courrier recommandé à Artefake - A l'attention du Directeur de Publication - 16, rue Henri Gérard - 21121 Fontaine lès Dijon.

Directeur de la publication : Sébastien BAZOU
Président du Conseil d'Administration : Eric CONSTANT

ISSN 2276-3341 - Droits de reproduction et de diffusion réservés © Artefake 2004-2017
Artefake est une marque déposée - Site développé sous SPIP par ROUGE CEKOYA