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LE DECAPITE PARLANT

De nombreux magiciens ont présentés depuis des dizaines d’années le décapité parlant. Ayant découvert ce document dans un ouvrage autre que magique, je n’ai pas résisté à la tentation de vous en faire part.

Talrich, Adrien Delille, Duchesne.

Le décapité parlant de Charles Virmaitre

Extraits

Paris qui s’efface. Nouvelle librairie parisienne, Albert Savine éditeur. 18 rue Drouot, Paris 1887. Tous droits réservés.

En novembre 1866, la presse parisienne enregistrait comme une curiosité extraordinaire, exhibition dans la salle des conférences du boulevard des Capucines, par M. Talrich, d’une tête qui parlait après avoir été décapitée.

La scène se passait dans un caveau étroit situé dans le sous-sol. Ce caveau était éclairé par une lampe qui répandait une clarté douteuse. Dans un des angles du caveau on remarquait une gigantesque épée qui avait servi, disait le bonisseur, à couper la tête exhibée. Cette tête paraissait avoir appartenu à un homme d’une soixantaine d’années et reposait sur un guéridon à trois pieds, une serviette maculée de sang le couvrait. De chaque côté de la tête du décapité étaient placés deux crânes. La tête répondait à toutes les questions qu’on voulait bien lui adresser à condition toutefois que ce fût en anglais.

Le décapité parlant de Jules Talrich.

Le mouvement des muscles de la face, des yeux, de la langue, était très naturel ; et pour cause. La tête prétendait être parfaitement à son aise. Une foule innombrable alla voir cette curiosité. Des paris très élevés s’engagèrent. Les uns prétendaient connaître le truc, des croyants affirmaient que c’était vraiment la tête d’un décapité. Ce truc que personne ne dévoila était la simplicité même, c’était M. Adrien Delille, le célèbre prestidigitateur qui l’avait inventé et le docteur Lynn ne faisait que de l’exploiter.

Affiche pour Adrien Deville (1833-1915). Il présentait une décapitation intitulée l’homme mutilé, ayant acheté à Jules Talrich le droit d’utiliser son Décapité parlant. (Coll. Hjalmar)

Le personnage qui jouait le rôle de la tête du décapité était confortablement assis dans un excellent fauteuil, car les glaces formant triangle, encadrées dans les pieds de la table, étaient assez écartées pour qu’il fut à l’aise. Malgré cela les séances étaient très courtes ; la tête sifflait et articulait un good night énergique pour faire comprendre aux visiteurs qu’ils devaient se retirer.

Le truc fut découvert par M. Wilfrid de Fonvielle. Il jeta sur une des glaces une pièce de cinq francs qui naturellement ne franchit pas l’obstacle. L’inventeur du décapité parlant connaissait certainement le passage suivant de Don Quichotte, intitulé :

LA TETE ENCHANTÉE

... Le repas achevé, don Antonio prit notre héros par la main, et le conduisit dans une pièce où, pour tout meuble, se trouvait une table de jaspe soutenue par un pied de même matière. Sur cette table était un buste qui paraissait de bronze et représentait un empereur romain. Ils se promenèrent pendant quelque temps, de long en large, firent le tour de la table puis don Antonio s’arrêtant et dit à don Quichotte : Maintenant que je suis certain de n’être écouté par personne, je vais apprendre à votre grâce une des plus étonnantes aventures dont on ait jamais entendu parler, à condition toutefois que ce secret restera entre elle et moi.

Je le jure, seigneur, répondit notre héros ; celui à qui vous parlez a des yeux et des oreilles, mais point de langue ; votre grâce peut en toute assurance verser dans mon cœur ce qu’elle a dans le sien et rester persuadée qu’elle le jette dans les abîmes du silence.

Sur la foi de cette promesse, repartit don Antonio, je vais vous confier des choses qui vous raviront d’admiration, et je me soulagerai moi-même d’un fardeau qui me pèse, car je n’ai encore révélé à personne le secret que je vais vous dire. Cette tête que vous voyez, seigneur don Quichotte. Ajouta-t-il en la faisant tourner avec la main, a été fabriquée par un des plus grands enchanteurs qui aient jamais existé. C’était, je crois, un polonais, disciple du fameux Kot, dont on raconte tant de merveilles. Je reçus chez moi cet enchanteur, et pour la somme de mille écus il me fabriqua cette tête, qui a la propriété de répondre à toutes les questions qu’on lui adresse. Après avoir tracé des cercles, observé les astres, écrit des caractères cabalistiques, épié les conjonctions voulues, l’auteur mit la dernière main à son ouvrage, dont vous aurez la preuve demain, car le vendredi cette tête est muette et il serait inutile de lui rien demander aujourd’hui. D’ici là votre grâce peut songer aux questions qu’il vous conviendra de lui faire et l’expérience vous prouvera si je dis vrai.

Charles-Antoine Coypel (1694-1752). Histoire de Don Quichotte : Don Quichotte consulte la tête enchantée chez Don Antonio Doréno (détail).

Etonné de ce qu’il entendait, don Quichotte avait peine à croire que cette tête fût douée d’une telle vertu mais comme il devait bientôt savoir à quoi s’en tenir, il se contenta de faire de grands remerciements à son hôte pour lui avoir confié un secret de cette importance. Ils sortirent de la chambre, que don Antonio ferma à clé, et ils retournèrent dans le salon, où Sancho avait eu le temps de conter à la compagnie une partie des aventures de son maître.

Le lendemain don Antonio jugea à propos de faire l’expérience de la tête enchantée. Suivi de don Quichotte et de Sancho, il entra dans la chambre où se trouvait le phénomène. Là, ces messieurs lui adressèrent diverses questions, auxquelles la tête répondit d’une manière peu satisfaisante. Cid Hamed ben Angeli, afin de ne pas laisser soupçonner de la magie dans une chose aussi surprenante, expliqua le fait de la manière suivante :

Don Antonio, dit-il, afin de se divertir aux dépens des niais, fit faire cette tête à l’imitation d’une autre qu’il avait vue à Madrid. La table avec son pied d’où sortaient quatre griffes d’aigle, était de bois peint en jaspe. La tête, semblable à un buste d’empereur romain et couleur de bronze, était creuse comme la table sur laquelle on l’avait si bien enchâssée que tout paraissait d’une seule pièce. Le pied de la table était creux et communiquait par deux tuyaux à la bouche et à l’oreille de la tête. Ces tuyaux descendaient dans une chambre au-dessous où se tenait cachée la personne qui faisait les réponses. La voix partie de haut en bas et de bas en haut, passait si bien par ces tuyaux qu’on ne perdait pas une seule parole, de sorte qu’à moins de le savoir, il était impossible de pénétrer l’artifice.

Il existait jadis une société qui avait l’habitude de soumettre les néophytes à des épreuves qui devaient justifier de leur courage ; pour cela, on tapissait une chambre avec des draps noirs parsemés de grandes larmes blanches. Au milieu de cette chambre, il y avait un guéridon percé d’un trou au centre, trou dissimulé par une serviette. Le néophyte devait couper la tête d’un homme ; la chambre était faiblement éclairée ; on lui mettait une lourde épée en main et on lui désignait un individu assis près du guéridon. Tremblant, mais excité par la galerie, il déchargeait un furieux coup sur la nuque du patient. La tête tombait d’un côté et l’homme de l’autre. La tête était en carton et allait rouler par un truc sous le guéridon ; on faisait mine de la ramasser et de la mettre sur le guéridon préparé ; alors, Ô horreur ! la tête apparaissait sanglante sur la serviette, les cheveux hérissés, les yeux hagards, les dents serrées et, malgré cela, elle parlait. C’était aussi simple que le truc du décapité parlant il fut dévoilé de la manière suivante :

Un jour le personnage qui faisait la tête, ayant un peu trop remué, renversa une petite lampe à esprit de vin posée près de lui ; l’esprit de vin s’enflamma et lui brûla la barbe ; il se leva affolé le guéridon autour du cou et se sauva dans la rue, en criant : Au feu !

Le premier qui fit le truc de la décapitation sur la place publique, ce fut le dentiste Duchesne. Duchesne jouait aux Funambules, boulevard du Temple, vers 1838. Habitué au grand air, il était à l’étroit sur cette modeste scène. Un soir il fit la connaissance de Genisson, machiniste à la Gaîté. Ce dernier lui monta une baraque en bois, place de la Bastille, et sur un immense calicot il annonça la Décapitation. Tout Paris envahit la baraque et, comme toujours aux spectacles sanglants, les femmes étaient les plus acharnées.

Voici le truc imaginé par Genisson et pratiqué par Duchesne :

Pour cet effrayant tour d’escamotage, il se servait d’un cou de mouton qui, pendant que la tête disparaissait sous une trappe, devait appliqué au tronc, présenter l’aspect d’un cou fraîchement coupé. L’illusion était complète et la scène véritablement effrayante. Un jour, il arriva à Duchesne un accident bizarre : au moment où la tête allait tomber sous la lame du sabre et disparaître dans la trappe, il cherchait son cou de rechange et l’aperçut dans la gueule d’un énorme chien de Terre-Neuve qui bondissait au milieu des spectateurs pour gagner la rue. Les spectateurs partirent d’un immense éclat de rire ; mais aussitôt, furieux de voir que le truc était aussi simple, ils se mirent à injurier le malheureux artiste et voulurent lui faire un mauvais parti. Duchesne déserta la baraque et s’en alla en province. Nous le retrouverons plus loin. L’exhibition du Décapité parlant dura environ quatre mois.

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Auteur : Didier MORAX


Mise à jour effectuée le : 29 décembre 2016.
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ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

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