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LANTERNES MAGIQUES

Le monde fantastique des images lumineuses (Colmar, décembre 2008).

Cette petite exposition sans prétention est située dans le prestigieux musée d’Unterlinden de Colmar, ancien couvent dominicain, mondialement connu pour sa collection exceptionnelle de peintures rhénanes. Il renferme surtout une pièce maîtresse : le retable polyptique d’Issenheim, chef d’œuvre de l’art occidental peint par Grünewald en 1516.

L’exposition temporaire consacrée aux lanternes magiques est l’occasion de découvrir de magnifiques pièces prêtées pour l’occasion par des collectionneurs particuliers et des institutions telles que la cinémathèque française ou le musée de l’image d’Epinal. Nous découvrons ainsi divers types de lanternes, 90 au total (à simple, double ou triple foyer), de diverses fabrications (Allemagne, France, Suisse, Angleterre) et les accessoires qui les accompagnent (plaques de verre, planches optiques, gravures, imageries...)

Lanterne de fabrication française.

« La lanterne magique est une petite machine d’optique qui fait voir dans l’obscurité sur une muraille blanche plusieurs spectres et monstres si affreux, que celui qui n’en sait pas le secret croit que cela se fait par magie. » Antoine Furetière.

L’invention d’un nouveau média

Inventée au milieu du XVIIème siècle, vraisemblablement en 1659 par Christiaan Huygens, la « lanterna magica » est largement divulguée par le jésuite allemand Athanase Kircher en 1671. Née de la science et de l’optique, de la magie et des arts, cet objet a émerveillé et effrayé des générations de spectateurs pendant trois siècles. Il s’agit du premier appareil de projection lumineuse de l’histoire qui va petit à petit devenir un produit de masse.

Le savoyard à la lanterne magique qui colporte l’objet de rue en rue vers 1773.

Alors réservé à un public restreint, exclusivement constitué de physiciens, magiciens (qui l’utilisent comme un spectacle à l’intérieur des théâtres) et autres bonimenteurs (qui la colportent dans les rues), la lanterne magique va être commercialisée aux particuliers et gagner le monde de l’enfance, grâce aux fabricants de jouets, jusqu’au XIXème siècle. Elle pénètre dans les foyers et est la distraction à la mode lors des soirées familiales. Avant que le cinématographe lui sonne le glas, elle cohabitera avec lui pour constituer un projecteur mixte. La transition se fera alors en douceur. Elle restera utilisée par des particuliers ou dans les écoles jusqu’à la seconde guerre mondiale.

Projecteur mixte, lanterne et cinématographe (Allemagne, 1910).

Danses macabres et fantasmagories

Les premières projections, au milieu du XVIIème siècle, s’inspirent du répertoire des danses macabres de l’artiste Hans Holbein le jeune. On nomma ainsi « lanterne de peur », ce tout nouveau mode de projection, qui semblait sortir tout droit de l’enfer, tant son mode de fonctionnement était incompréhensible pour le public. Ces apparitions d’images étaient proprement magiques. Le mathématicien danois Thomas Walgenstein est le premier savant à sortir la lanterne du cercle des érudits pour la faire connaître en Europe en diffusant des images macabres.

Trois plaques représentants une tête de méduse, une tête de mort et Lucrèce Borgia vers 1795.

Au cours du XVIIIème siècle, les spectacles de lanterne sont largement diffusés et leur mode de fonctionnement est révélé à travers des ouvrages sur l’optique. La magie est ainsi rompue. De nouvelles techniques sont alors déployées pour redonner de l’attrait à cet appareil. C’est la naissance de la fantasmagorie qui passe à une autre échelle de projection. Dans une époque agitée, les sujets sont de nouveau funèbres. Spectres, fantômes, squelettes, nonnes sanglantes, diables et autres vampires forment l’ « assemblée de fantômes » qui va faire souffler un vent de panique sur toute l’Europe.

Fantasmagorie vers 1849.

Dès 1774, Johan Schröpfer propose des séances de lanterne nébuleuse, identifiée à des séances de nécromancie. Ces mises en scène sont destinées à provoquer la frayeur en faisant apparaître des spectres dans l’obscurité et s’inspirent du livre de Henri Descremps, magicien et professeur de physique : La magie blanche dévoilée de 1784. L’auteur y décrit un spectacle hallucinant avec des effets olfactifs, optiques et acoustiques dont la mise en scène sera reprise par les fantasmagores.

En 1792, le physicien allemand Paul Philidor apporte une innovation déterminante en cachant la lanterne derrière l’écran de sorte que le public ne voit plus d’où provient l’image. Cela donne lieu à de véritable dialogue entre les vivants et les morts. C’est en 1798 que le terme de fantasmagorie est inventé par le liégeois Robertson qui lui donne ses lettres de noblesse par des projections grandeur nature de « peintures fantastiques » à la mise en scène très étudié. Pour certaines représentations, il utilise deux « fantascopes » : l’un pour la projection du décor qui est caché dans un meuble placé devant l’écran, côté spectateurs et l’autre placé derrière l’écran sur un rail pour l’apparition et les déplacements du personnage. Robertson propose ainsi de ressusciter les morts, surfant sur la mode du spiritisme. L’environnement visuel, sonore et olfactif de ces séances permet aux spectateurs de tomber dans le panneau.

Frontispice d’affichette publicitaire vers 1799.

Robertson est jalousé, imité et plagié et est contraint de dévoiler ses trucs. A compter de ce jour la fantasmagorie n’eut plus de secret et le système s’est développé à grande échelle. Chacun possède sa fantasmagorie, à commencer par le magicien-lanterniste Henri Robin qui organise des projections dans son théâtre, boulevard du temple à Paris. C’est ainsi que le répertoire fantasmagorique change petit à petit. Les visions de terreur laissent place à des fantaisies comiques et poétiques après 1850.

Un divertissement pour petits et grands

C’est vers le milieu du XIXème siècle que la lanterne magique envahit les foyers des particuliers, au moment même où les fantasmagories changent de registre. La lanterne magique développe ainsi toute une imagerie. Elle garde ses diableries fantastiques et introduit en plus des images divertissantes, féeriques et surtout pédagogiques. Ce qui lui vaudra d’entrer dans les écoles ! Ainsi apparaissent comtes (de Perrault), légendes, classiques de la littérature (Don Quichotte, Robinson Crusoé, Fables de La Fontaine), et autres figures du théâtre populaire (Pierrot, Polichinelle, Guignol).

Projection en famille.

Coffret pédagogique pour enfant.

Les plaques d’optiques

Depuis la naissance de la « laterna magica » et jusqu’aux années 1840, les plaques de lanterne étaient entièrement réalisées à la main. D’épaisses plaques de verres irrégulières sont utilisées sur lesquelles on esquisse un dessin au crayon et où l’on peint la représentation définitive avec des couleurs transparentes à base d’oxydes métalliques. Les plaques de grand format sont enchâssées dans un cadre en bois. A partir de 1840, les plaques sont fines et légères et les petits et moyens formats se normalisent aux dimensions des lanternes à jouet.

Pour rendre le prix des plaques moins coûteuses, des recherches ont permis d’adapter la technique chromolithographique utilisée dans l’imprimerie depuis 1837, à l’impression de la couleur sur le verre.

Depuis la naissance de la lanterne, des vues animées sont utilisées et connaissent une rapide évolution et un perfectionnement continu.

Plaques animées à système horizontal.

Il y a tout d’abord les plaques à système horizontal qui actionnent différentes plaques superposées dans un châssis.

Les plaques à système vertical utilisent un système de levier qui anime un disque mobile circulaire.

Les plaques à système de rotation comprennent deux verres circulaires dont l’un est monté sur un disque de cuivre denté actionné par une manivelle.

Les chromatropes se composent de deux verres montés sur deux bagues de cuivre dentées et actionnées par une manivelle. Ce qui produit des effets de rosaces lumineuses proches des effets kaléidoscopiques.

Les choreutoscopes sont de longues plaques munies d’une crémaillère pour les faire avancer. Ce procédé permet de décomposer les mouvements d’un personnage dans la continuité de l’action.

A lire :
- Le dossier Magie et Cinéma.
- Le compte-rendu de l’exposition "Lanterne magique et film peint".
- Le compte-rendu de l’exposition Magie lumineuse au château de Talcy.
- Musée de la lanterne magique de Padoue.

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Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 14 février 2013.
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ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

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