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LA PELLE DU LARGE / Philippe GENTY

Athénéum (Dijon, le mardi 22 mars 2016).

Texte librement adapté d’après l’Odyssée d’Homère.

Direction artistique : Philippe Genty et Mary Underwood. Comédiens et manipulateurs : Hernan Bonet, Antoine Malfettes et Yoanelle Stratman. Spectacle créé en 2012.

L’histoire

« Quelle histoire commune peut faire écho aux thèmes qui nous habitent et nous questionnent : les frontières, la fuite, l’exil, la métamorphose... et en devenir le prolongement ? Romans, contes et légendes, histoires personnelles, textes sacrés, tout y est passé pour retrouver au bout de ce parcours labyrinthique... l’Odyssée d’Homère, comme un texte à jamais nouveau, immémorial et contemporain, un trésor d’images et de récits plus qu’une œuvre de référence. Cette histoire nous invite à l’interprétation, à l’évasion. Mais il faut aussi s’évader de l’image que nous en avons, ce que le théâtre d’objets rend possible... » Philippe Genty.

Introduction

La lumière fait apparaître trois visages du noir de la scène. Deux hommes et une femme qui vont jouer les différents rôles de l’Odyssée, tantôt comédiens, tantôt manipulateurs. Ils se tiennent face au public devant une grande table qui va servir de scène pour les objets. Le comédien qui porte une passoire, à tour de rôle, sur sa tête joue le rôle d’Ulysse.

Le départ

Les personnages d’Homère vont être représentés par des objets usuels. Ulysse apparaît alors sous les traits d’un tire-bouchon à leviers qui regarde un grand plan d’eau (symbolisé par un rideau de douche en plastique bleu transparent). Il reçoit une lettre de sa bien-aimée Pénélope, qui arrive par une bouteille jetée à la mer.

Ulysse décide de rassembler ses troupes, qui sont représentées sous forme de papillotes ! : « Tous à l’appel ! ». Apparaît une pelle et un manche à balai qui vont être assemblés pour constituer un bateau. L’équipage prend la mer sur la musique de 2001, l’odyssée de l’espace.

La passoire change de tête et le deuxième comédien prend le relai de la narration.

« L’appel de la mer » : la comédienne prend alors un coquillage et se le met à l’oreille comme un téléphone ; c’est sa mère au bout du fil !

Le bateau d’Ulysse subit les remous de la mer qui s’agite à cause d’un terrible orage. Le rideau en plastique bleu est animé par les comédiens, puis un ballon rouge apparaît et éclate, déversant de l’eau sur l’équipage.

L’ile des Lotophages

L’équipage dérive et échoue sur une ile, « le pays de l’oubli ». Deux papillotes, Ginger et Guimauve s’aventurent sur cette terre inconnue. Ils muent en petit personnage (sortent de leur enveloppe de papillote) et croisent une belle plante qui les mutile en leur coupant leurs bras et leurs jambes. Les marionnettes finissent par être décapitées et échangent leurs têtes, l’homme devient femme et inversement. Ulysse arrive et « rhabille » ses deux équipiers avant de quitter l’ile maudite.

Le cyclope

Léonidas, un belge de l’équipage (la papillote en chocolat), voit un bout de terre du haut du mât. La troupe arrive sur l’ile des cyclopes. Apparaît alors le cyclope sous les traits d’un petit fût en bois, accompagné d’un bruit de mixeur Seb.

Le cyclope joue le rôle du douanier et demande « les papiers » des membres de l’équipage. Les papillotes se déshabillent et le cyclope vérifie un par un les « emballages » :

« Mr Chocolat, originaire de Côte d’Ivoire ; à consommer de préférence avant le 22 mars 2016. » (Il mange le chocolat) et ainsi de suite avec deux autres papillotes.

Ulysse et ses compagnons tentent de corrompre le douanier avec du liquide (en bouteille). Le comédien qui joue le rôle du cyclope boit alors comme un goret. Sous l’effet de l’alcool, il se soulage en faisant pipi au bord de la table (robinet du petit fût qui coule et non celui du comédien !) et s’endort. « Plein comme une barrique », le cyclope se fait arracher son unique œil par Ulysse, qui s’enfuit de l’ile avec le reste de ses compagnons.

La magicienne Circé

Le bateau met le cap sur Ithaque et Ulysse découvre des réfugiés troyens sur son navire : des « sans papier » (chocolats sans papillotes).

L’équipage fait escale sur l’ile de la sorcière Circé qui apparaît sous les traits d’un chou et d’un artichaut carnivore qui avalent trois papillotes. Ulysse arrive pour délivrer ses compagnons qui sont transformés en cochons (un chapelet de trois saucisses). Et qui redeviennent papillotes, mais en plus jeunes. Ulysse se retrouve dans les griffes de la sorcière, au « cœur d’artichaut » et un petit chou nait de cette union contre nature. Tout le monde fuit alors les lieux pour reprendre la mer…

Le devin Tirésias

Les deux hommes comédiens enfilent de gros manteaux et des gants pour le prochain tableau qui se déroule au pays des morts chez Tirésias, le grand aveugle de Thèbes.

Les manteaux sont déposés sur la table et constituent un décor de grotte où les manches font office de ponts. Le double d’Ulysse apparaît et parle avec lui-même. Un bélier en forme de tomate arrive ainsi que des champignons. Tirésias et Ulysse conversent avec leurs ombres et le fantôme de la mère de ce dernier, Anticlée, vient à sa rencontre pour lui annoncer que Pénélope l’attend toujours fidèlement.

Les sirènes

On voit sur un petit promontoire, côté jardin, Pénélope fêter son anniversaire.

Pendant ce temps, Ulysse et son équipage approche du pays du silence et des sirènes. Il demande à ses compagnons de l’attacher au mât du bateau et de le libérer sous aucun prétexte. Le reste de l’équipage se bouche les oreilles avec des feuilles de choux (dans les oreilles des deux comédiens) pour échapper aux chants des sirènes.

Deux ballons sont dégonflés lentement et produisent un bruit strident. Ulysse s’écrit : « détachez-moi ! », c’est un dialogue de sourds avec les comédiens qui ont les oreilles en forme de choux ! Ils finissent tout de même par le détacher.

L’île de Calypso

Deux bombes à chantilly aspergent le bateau d’Ulysse et les deux comédiens jouent avec la crème en crachant frénétiquement dans tous les sens (hilarité assurée). Ulysse se retrouve par-dessus bord, seul à la mer. La mer monte (rideau plastique à la verticale) et on découvre un dangereux fond marin avec une pieuvre (constituées de deux gants blancs), une baleine (siphon à crème chantilly), etc.

Ulysse se retrouve dans un bain moussant et est « lavé pendant 7 ans » (entre les mains de la comédienne). Il se transforme alors en savon et prend la mer dans une barque (porte savon).

Ulysse, accompagné de bulles de savon, se dirige vers Ithaque sur la musique de Charles Trenet : La mer.

Ithaque

Arrivé en terre promise, Ulysse rencontre Athéna (un boa orange avec une pince à cheveux manipulé par la comédienne) et transforme ce dernier en vieux gratte-éponge pour la vaisselle. Il retrouve son fils Télémaque aidé d’Hermès (en forme de chapeau et gant).

Au palais d’Ithaque, il y a une réunion (d’objets) au sommet pour la succession au trône autour de Pénélope. Un combat éclate et tout le monde s’étripe.

Ulysse fait son arrivée sous forme de savon et réduit en miettes les méchants à coup de bougies et de spaghettis ! Il retrouve sa Pénélope (une sculpture de glace), qui a changé (amaigrie sous l’exposition de bougies) et lui qui a grossi (savon).

Ils prennent tous les deux un bain chaud : « tu me fais fondre ! » et tout est bien qui finit bien.

Conclusion

Ce théâtre d’objets pour trois comédiens est un petit joyau de fantaisie et de drôlerie. En plaçant les manipulateurs au même niveau que les objets, Philippe Genty réussit une belle greffe artistique. Le pari de travailler uniquement avec des objets usuels bruts et des aliments est une gageure artistique. Tout est ici question d’assemblage, de détournement, d’association et de fusion d’éléments hétéroclites improbables, qui se métamorphosent et prennent vie sous nos yeux ébahis. Nous sommes bien dans un processus qui convoque la mythologie et l’imaginaire au travers des péripéties d’Ulysse.

Les trois comédiens sont formidables et prennent du plaisir sur le plateau. Ils « s’éclatent » avec une belle énergie et transmettent leur élan au public. Il faut aussi souligner le travail exceptionnel d’adaptation du texte d’Homère qui fait la part belle à des répliques d’anthologie et des jeux de mots savoureux !

A lire :
- Zigmund Follies.
- La fin des terres.
- Voyageurs immobiles.
- Paysages intérieurs.

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Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 7 mars 2017.
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ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

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