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LA MALTRAITANCE DU RIRE

Temps de lecture : 5 min 30 sec

Je vous propose une nouvelle zone de réflexion qui aborde la façon de se comporter face à un spectateur que l’on invite sur scène. C’est un thème qui m’interpelle et c’est la raison pour laquelle je prend le temps de partager avec vous mes sentiments sur ce sujet délicat. Ne prenez pas ces réflexions comme des vérités absolues, ce ne sont que mes pensées que je vous propose mais elles ont au moins l’avantage d’être sincères. Si elles ont le pouvoir de vous faire réfléchir sur ce thème, alors je serai un homme heureux.

Lorsque nous sommes sur scène, nous devenons en quelque sorte le Maître de ce lieu sacré. Un maître discret peut-être mais un maître tout de même. Le public doit le sentir dès notre première apparition scénique afin qu’il puisse nous respecter. Dans le cas contraire, je ne vous apprends rien, il nous faudra beaucoup de courage et d’énergie pour ne pas le perdre ou du moins pour ne pas affaiblir le contact que nous essayons d’établir avec lui.

Si nous acceptons cette dénomination de « Maître des lieux » et que nous considérons que les spectateurs sont nos invités dans cet espace privilégié, pourquoi devrions-nous les maltraiter ou les ridiculiser ?

Lorsque nous invitons des amis chez nous, que faisons-nous ? Nous faisons tout pour qu’ils se sentent bien et qu’ils passent une bonne soirée en notre compagnie. Pourquoi en serait-il autrement lorsque nous invitons des spectateurs à découvrir notre univers magique sur notre espace scénique ?

Nous savons tous que lorsque nous sommes en face d’un public, un échange naît de notre rencontre commune. Si tout se passe parfaitement bien durant cet échange, il est même possible de créer un état de « communion » avec eux ; un état proche de la perfection qui naît grâce à la parfaite communication qui s’établit entre la scène et la salle, en d’autres termes entre nous et notre public. On peut considérer que lorsque une même énergie, une sorte de conscience collective, circule grâce à notre prestation magique et que celle-ci est distribuée dans le public grâce à notre talent de communicateur, l’état de « communion » est alors atteint. C’est un objectif délicat et difficile que nous rêvons tous un jour ou l’autre de dominer, mais pour que cela soit possible, il faut nous armer de talent, de diversité, d’originalité et de cet élément primordial que l’on nomme la sympathie communicante. Je reste persuadé que cet état ne peut être atteint qu’à une seule et unique condition : que le public sente qu’on le respecte. Je ne suis pas sûr que le rire au dépend d’un autre soit la meilleure solution pour y arriver. Ce qui est sûr c’est que nous ne recevrons pas l’unanimité des voix de nos spectateurs si l’on en prend quelques-uns pour rire à leur dépend.

Lorsqu’on voit des magiciens ridiculiser un spectateur sur scène, c’est toujours les mêmes situations qui reviennent, les mêmes jeux de mots. Ce qui me fait penser que ceux qui utilisent ce genre de comique de situation ne sont pas parmi les plus créatifs de notre art. Combien de fois avez-vous vu le tour des ciseaux que le magicien donne au spectateur et qui ne s’ouvrent pas, puis qui ne se referment pas et enfin qui cassent ? Je suis d’accord avec vous, ce n’est pas le cas le plus extrême mais c’est le premier qui m’est venu à l’esprit. Et si pour une fois on inversait le processus ? Et si c’était le magicien qui n’arrivait pas à ouvrir les ciseaux ? Et si c’était lui qui n’arrivait pas à les fermer ? Et si en fait c’était le spectateur qui à chaque fois l’aidait à s’en sortir ? Ne serait-ce pas plus drôle et plus intéressant pour tout le monde ? Je vous laisse méditer sur ce point d’interrogation.

Parlons un petit peu des réactions du public face à notre spectacle. Il en existe deux :

Les réactions positives et les réactions négatives (avec toute une variété d’émotions entre elles). Les premières nous parviennent comme une source claire d’approbation de notre spectacle et de notre personnalité ; elles nous disent que notre spectacle plaît au public. Les réactions négatives quant à elles, nous parlent aussi mais pas de la bonne manière, elles peuvent aller de l’ennui, à l’indifférence ou carrément à la protestation ouverte.

On peut classer ces réactions positives et négatives sous trois catégories :

1) Le bruit : Le bruit sous toutes ses formes. Cela peut aller d’une discussion à des éternuements ou à du papier froissé, des chuchotements ou encore à de la toux. Ces signes extérieurs existent par le fait que les spectateurs s’ennuient, certains allant même jusqu’à décrocher de notre spectacle. Ils ne sont plus dedans, ils sont sortis de notre univers magique. C’est bien sûr la réaction la plus négative qui soit.

2) Le silence : Les spectateurs retiennent leur souffle, ils n’osent plus bouger, ils sont attentifs. Je pense que le silence montre que le public vit une émotion dense et profonde. Il ont une attention maximale, teintée d’une grande émotion. C’est bien sûr une réaction positive. Et je pense que, dans certains cas, le silence peut être plus fort que les applaudissements (ceux-ci pouvant être de simples applaudissements de politesse).

3) Le rire : Le rire représente une valeur ajoutée au spectacle. Il propage une bonne humeur générale dans le public mais peut aussi naître d’un état de nervosité général. Dans les deux cas, il entraîne une réaction très positive. Si un public vient voir un spectacle, il vient avec l’espoir de retirer du plaisir, de vivre quelque chose d’extraordinaire et de passer une bonne soirée. Il ne vient pas pour subir une insulte public ou se sentir diminuer sur une scène en présence d’amis et d’inconnus. Je pense aussi que le fait que nous soyons magicien, nous établit à leurs yeux comme un être de pouvoir (oserais-je dire « supérieur » ?). Nous possédons donc déjà une certaine « supériorité » sur lui (nous sommes dans le secret, eux ne le sont pas). Si en plus, on ridiculise un spectateur pour amener le rire, cet état de supériorité à tendance à se multiplier et peut mener à un traumatisme plus ou moins profond du pauvre spectateur qui se retrouve ridiculisé en face de centaines de personnes. Dans le pire des cas, il ne voudra plus aller voir un spectacle de magie de peur d’avoir à affronter à nouveau cette expérience traumatisante. Est-ce que cela en vaut la peine ? Non, je ne le pense pas ! Je sais que l’on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui. Je sais aussi que le rire peut être gras et vulgaire ou subtil et intelligent. Quel rire préférez-vous ?

Moi j’ai fait mon choix depuis de nombreuses années et mon public semble l’apprécier. J’espère que je n’ai pas maltraité votre susceptibilité avec cet article ?!

A voir :
- L’interview de carlos Vaquera sur Chop-Cup.com.

Auteur : Carlos VAQUERA


Mise à jour effectuée le : 20 décembre 2012.
MENTIONS LEGALES :

ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

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