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L’OMBRE DU SCARABEE / Patrick CORILLON

Centre Wallonie-Bruxelles (Paris, le 19 juin 2018).

Patrick Corillon nous propulse dans un monde d’images et de mots, tout droit sorti des livres qui l’on fait rêvé. Naissant des papiers marbrés des pages de garde des livres d’antan, toile de fond du décor, ses histoires prennent vie, s’animent et nous emportent. Tel un bonimenteur de foire, il va nous faire entrer dans la cabane du fakir, dompteur de cobra, ou de l’aveugle à la main qui voit, et surtout nous porter sur les ailes d’un scarabée qui s’envole sur un écran délicatement positionné derrière un balustre de fer forgé style XVIIIe siècle.

Sa lanterne magique, il l’emprunte ici à Etienne Robertson (1763-1837), célèbre illusionniste, liégeois comme lui, et à qui le spectacle rend hommage. Au lendemain de la révolution de 1789, ce montreur de fantasmagories et féru de sciences optiques, attire les foules parisiennes en projetant des ombres mouvantes avec un appareil placé derrière l’écran, voilant ainsi la source même de la lumière. Il imprimait à ses figurines articulées des effets de zoom et travelling, et des bruitages évocateurs accompagnaient ses commentaires terrorisants. « Je me mis à faire des diables et ma baguette n’eut qu’à se mouvoir pour forcer tout le cortège infernal à voir la lumière. Mon habitation devint un vrai pandémonium », écrit ce faiseur d’illusions.

A cet artisanat, ancêtre du cinématographe, Patrick Corillon mêle une technologie de pointe : la Visual Syntax Recognition (Reconnaissance Visuelle Vocale) mise au point à l’Université de Liège. Grâce à ce dispositif, les mots d’une histoire génèrent les images d’un film et une musique téléchargée sur Spotify. « Les mots produisent les images en temps réel. (…) Le substantif donne naissance à une image, le verbe lui imprime le mouvement », explique le conteur à son auditoire subjugué, avant d’en faire la démonstration. Ainsi, devant nos yeux, plane notre scarabée et s’animent bien d’autres personnages : fées, sorcières, animaux, ombres charmantes ou inquiétantes…

L’univers de Patrick Corillon est moins terrifiant que celui de son aîné. Talentueux bateleur, il évoque ses jeunes années de lecteur et de rêveur invétéré quand, grâce aux lunettes dérobées à son grand-père, les mots des livres se métamorphosaient en serpents voraces, en renards et lapins bleus, autant de figures qui apparaissent alors sur l’écran. Jusqu’aux lettres des mots qui se décomposent en personnages… Au terme de cette plongée dans le merveilleux, une bonne nouvelle : le rêveur ne vieillit pas sur l’escalier des âges que le narrateur a construit devant son mini-théâtre d’ombre. Maître ès boniment et fantasmagorie (du grec ancien : phantasma - fantôme et agoreuein - parler en public), l’artiste nous ferait même croire que le temps n’aura aucune prise sur les songe-creux : « Mesdames, messieurs, dans la vie il y a un temps pour rêver, et un temps pour désenchanter. À dix ans, nous rêvons de voyager dans l’espace, à vingt ans de rencontrer l’amour, à trente ans de découvrir le monde, à quarante ans d’amasser de la richesse, à cinquante ans de marquer l’histoire. Et puis après, nous ne faisons plus que comptabiliser. (…) Mais tout le monde ne suit pas cette pente. Certains en rêveront́ tellement fort qu’ils rêveront jusqu’à la fin. Il n’y aura même pas de fin pour eux, car ils rêveront ce qu’il y a après la fin… »

Artiste plasticien renommé, Patrick Corillon crée depuis une dizaine d’années des spectacles d’art vivant où le livre, la manipulation d’objets et la musique tiennent une place importante. L’Ombre du scarabée, tout fraîchement sorti, constitue le septième volet d’un cycle de performances en solo intitulé Les Vies en soi, destinées aux théâtres mais aussi aux musées et aux bibliothèques. De beaux livres-objets accompagnent chacun de ses spectacles. De lui, nous avions déjà apprécié L’Appartement à trou vu à la Maison des Métallos en 2015. « Avec son air débonnaire et son sourire enfantin, écrivions-nous, il nous ferait tout gober : par exemple qu’il détient le « grattage » du plancher de la prison d’Ossip Mandelstam où le poète exilé racontait des histoires à ses codétenus du goulag, pour garder espoir… ». Son art de l’affabulation nous enchantait déjà.

- Article de Mireille Davidovici. Source : Le Théâtre du Blog.

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