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Jean-François RAUZIER

Hyperphoto.

Jean-François Rauzier, photographe depuis plus de 30 ans, crée des paysages immenses peuplés de détails insolites comparables à des fresques. Un monde imaginaire dans lequel l’infiniment grand et l’infiniment petit se marient au cœur d’une même vision, dans un monumental format de plusieurs dizaines de mètres carrés appelé hyperphoto. Avec ses « méga-panoramiques » en ultra-haute définition, il a obtenu le prix Arcimboldo 2008, pour la création numérique en France.

Archéologue du futur et « peintre virtuel », Rauzier bâti des architectures improbables au milieu de nulle part. En regardant plus attentivement ses œuvres, on respire une atmosphère étrange qui éloigne le spectateur du monde réel pour le happer dans un univers d’une amplitude étourdissante à l’image des figures fractales : chaque hyperphoto existe par la prise de vue au téléobjectif de centaines de clichés puis par leur assemblage manuel sur un écran d’ordinateur via un logiciel de retouche. Chaque image est recomposée, « repeinte », adaptée au monde onirique voulu par le photographe. Un monde intérieur incrusté de secrets dans une immensité universelle. Devant le gigantisme de ces photos, les interprétations sont infinies et fourmillent d’énigmes fascinantes. La photographie n’est pas qu’un miroir du monde reflétant sa réalité objective, mais aussi le miroir de l’âme de celui qui capte ou construit une composition dans la pure tradition du photomontage.

En photographiant et en assemblant des milliers de gros plans d’un lieu donné, l’artiste tente de le voir et de le saisir à la fois dans sa totalité et dans ses détails les plus intimes. Explorant ainsi les limites du formidable pouvoir de captation du réel qu’offre la photographie et de son rapport à l’illusion. Comme un reporter, l’artiste réinventé l’espace dans un jeu totalement truqué par les outils numérique où l’image contient plusieurs images dans une juxtaposition de points de vue. Il pénètre ainsi l’intimité de plusieurs univers pour arriver à l’image finale. C’est à travers cette dernière que se fait le passage de l’intime au tout, du dedans au dehors. Rauzier aime également entrainer le spectateur à travers un scénario, une énigme et un jeu de piste.

ENTRETIEN avec Jean-François Rauzier

Comment avez-vous découvert la photo numérique ?

Avant, le numérique était capable de traiter le son mais en ce qui concerne l’image, cela semblait impensable (lorsque j’ai commencé la photo, nous étions épatés de découvrir les premières calculettes et montres à quartz). La photo était donc argentique (ce terme vient du fait que la photo est un procédé d’impression par la lumière de sels d’argent).

Tout photographe prenait le plus de plaisir à faire de la photo N&B. Indépendamment de ses qualités, c’était la seule technique dont nous pouvions avoir la maîtrise totale : prendre la photo, développer la pellicule puis tirer la photo sous l’agrandisseur en maquillant la lumière, avec différentes sortes de papiers de surface, couleurs et contrastes différents. On pouvait ensuite retoucher l’image au pinceau, la virer dans des teintes sépia par exemple. Tout cela était très manuel et magique. Pour beaucoup, c’était cela la photo et rien d’autre.

Concernant la couleur qui constituait tout de même la majorité de la demande dans le domaine professionnel, c’était beaucoup plus compliqué : le développement qui nécessitait des machines trop coûteuses pour le photographe était assuré par des laboratoires professionnels. On ne faisait pas de tirages, uniquement des films inversibles (Ektachrome). En effet le tirage sur papier entraînait trop de pertes de qualité et ne permettait de toute façon pas l’interprétation du tirage N&B. C’est le photograveur qui travaillait l’image pour l’optimiser pour l’impression. Pas toujours en concertation avec le photographe… d’où de mauvaise surprises et la sensation de trahison.

Concernant le montage photo on faisait appel à un photographe pour une nature morte, un autre pour un personnage, une photothèque pour le ciel et le laboratoire montait le tout. Frustrant. Ces montages qui faisaient appels à plusieurs spécialistes dans le labo étaient complexes et coûteux à réaliser. J’en ai fait car j’ai travaillé dans un de ces laboratoire a mes débuts : c’était extrêmement fastidieux, méticuleux et long.

Qu’est-ce que c’est être « hyperphotographe » ?

Ma démarche consiste à créer une image factice et riche en détails à partir d’une multitude d’éléments réels. Je me considère comme un photographe plasticien. Même si avant tout je suis photographe : je suis issu de l’ENS Louis-Lumière et j’ai commencé ma carrière en tant que photographe publicitaire.

Ma démarche est devenue un concept au fil du temps. En deux mots, il s’agit d’appréhender le réel sous toutes ses facettes, temporelles comme spatiales, pour réinventer un monde "onirique". Néanmoins, je ne veux pas faire des images trop systématiques ou m’enfermer dans la forme, je cherche à ce que chaque nouvelle image soit une surprise par rapport à la précédente. Je suis assez dépendant de l’outil informatique et mon travail évolue avec lui. Je n’aurais pas pu il y a quelques années faire ce que je fais aujourd’hui.

Comment sont réalisés vos montages ?

Je commence par créer des blocs à partir des images que j’ai prises d’un lieu. Je suis un boulimique d’éléments, je suis capable de réaliser une centaine de photos d’un immeuble en 5 minutes à main levée. Au début, je les assemblais à la main, cela me prenait des mois ! Aujourd’hui, j’utilise un logiciel qui fait cela automatiquement : Autopano Pro. Ces blocs, qui constituent les éléments principaux de l’image, peuvent compter jusqu’à 200 images.

Je me suis constitué une bibliothèque d’éléments que j’exploite au fil de mes créations. Mais malgré cela, j’ai toujours besoin d’en refaire. La vie est tellement complexe qu’une photothèque n’est jamais complète, et heureusement !

Je dispose de plusieurs ordinateurs, cela me permet de gagner du temps. Certaines transformations peuvent prendre un quart d’heure de calcul. En attendant, je me mets à travailler sur un autre projet. Et puis cela m’évite de me lasser. J’ai parfois envie de passer à la photo suivante avant même d’avoir terminé, cette manière de travailler me le permet.

Quel outil logiciel utilisez-vous pour vos retouches ?

J’utilise Photoshop, mais seulement pour les outils de base : déformation, transformation, réflexion. Je n’utilise pas les filtres, toujours dans l’optique de rester dans un certain réalisme. Les reflets font exception : je suis obligé d’utiliser des filtres particuliers pour restituer les effets de vagues et d’ondes. Il me faut simplifier mes modifications pour alléger le travail. Je garde simplement les calques de réglage « courbes » et « teinte / saturation » pour le réglage du ciel.

J’ai appris quelques astuces pour gagner du temps avec l’outil numérique. Par exemple, pour détourer de l’herbe, je me suis créer une forme me permettant de découper facilement. Autre exemple quand je superpose un élément sur un ciel, il reste toujours quelques traces de couleurs en liseré. J’effectue une sélection du bord en contour progressif et j’applique une correction colorimétrique en accord avec le nouvel arrière-plan.

Comment se passe vos prises de vue ?

Dans un excès d’enthousiasme, on s’imagine que les possibilités de la retouche numérique abolissent tout le travail de prise de vue : pas du tout ! Une photo mal éclairée le restera : On peut certes éclaircir ou assombrir une zone de l’image mais si elle est trop sous-exposée ou surexposée et qu’il n’y a plus rien à voir, la seule retouche possible, c’est de tout redessiner.

On ne peut pas non plus radicalement changer la direction de la lumière, ni sa nature - directe ou diffuse - qui agit sur les ombres. Il faudrait tout redessiner et obtenir un résultat très artificiel. Autant faire une illustration !

Parfois, une photo peut n’être qu’un fond destiné à être totalement retravaillé au stylet pour obtenir une illustration : nombre d’illustrateurs travaillent ainsi. Mais en général, lorsque l’on fait appel à un photographe, c’est pour réaliser une photo : c’est à dire un témoignage, une preuve.

Ce qui fait son réalisme, le fait que l’on croit à ce que l’on voit, c’est la multitude d’imperfections qui la composent. Beaucoup de peintre reproduisent maintenant ces effets photographique que l’on considérait comme des défauts et qui en font la spécificité : le flou de bougé et de mise au point par exemple ; mais on ne s’y trompe pas : une photo brute se reconnaît au premier coup d’œil.

Il faut donc avant de retoucher une photo bien savoir ce que l’on veut : rester réaliste, photographique ou pas ? Déplacer lors de la prise de vue un spot, tourner un objet sur le plateau, remplir un verre de liquide, modifier le cadrage, la perspective en choisissant la focale de l’objectif que l’on utilise, la mise au point, tout cela se fait en quelques instant à la prise de vue. Essayer de le faire à la retouche demanderait des heures pour un résultat incertain et pas toujours très réaliste.

Parallèlement à ce travail de prise de vue, j’ai un réel besoin de partir en expédition faire de la chasse aux images (comme la majorité des photographes, ainsi que le nom d’un magazine Chasseur d’Images en atteste) Je crois que cette quête c’est aussi la quête de soi-même, l’exploration de son inconscient. La photographie fait appel au hasard mais l’inconscient joue une grande part dans ce que l’on retient sans avoir trop pris le temps de penser consciemment. Elle est un miroir : elle en a d’ailleurs la surface lisse et souvent brillante.

Il y a un aspect très ludique dans vos images, une sorte de jeux visuels

C’est effectivement assez amusant de voir comment les personnes qui regardent mes images s’en approchent quasiment inconsciemment pour y découvrir des éléments qui restaient jusque-là imperceptibles. Cela me fait penser aux images d’Epinal, ces sortes de devinettes visuelles où le but du jeu est de retrouver un objet ou un personnage caché.

J’adore brouiller les pistes, faire perdre le vrai du faux. Je ne suis pas dans le faux mais dans le vraisemblable. Cela m’a fait sourire quand un jour une personne m’a dit « tu as ajouté un tag sur ce mur », alors qu’il était vrai.

J’adorais les casse-têtes quand j’étais petit, comme ces fameuses illusions visuelles d’Escher, connu pour ses dessins de constructions impossibles dans lesquelles des escaliers s’enchevêtrent, les murs se tordent pour redéfinir les espaces et créer des mondes impossibles et paradoxaux. Je crois que j’essaie aussi de reproduire cela. Notre cerveau s’appuie sur des éléments de l’image pour tenter de reconstruire une réalité mais il échoue car les constructions que je propose défient les lois de la physique.

Comment s’articule la part de rêve et de réalité dans votre travail ?

Depuis toujours dans mon sommeil, j’ai fait beaucoup de rêves… Aussi, j’ai toujours adoré dormir. C’est par ces paroles que commence le film Jellyfish de Kyochi Kurosawa. Le cinéma et la photographie sont de merveilleux moyens pour exprimer les rêves. L’image a valeur de preuve, la fiction s’appuie sur la réalité et a l’apparence du vrai. La frontière entre l’illusion et la réalité est floue, j’aime m’y promener.

La réalité, sur laquelle s’appuie le rêve, je l’ai trouvé dans ces grands panoramas, des images monumentales construites chacune par l’assemblage de plusieurs centaines de photographies, microcosmes dans lesquelles on peut s’immerger et se perdre. Leur taille (Qui peut atteindre 6 mètres de large à la résolution d’un tirage photographique : 300 000 000 de pixels en moyenne) est telle que le spectateur, témoin extra lucide d’un monde figé pour l’éternité, en attente, peut s’attarder sur une multitude de détails, partir lui-même à la chasse photographique en les recadrant.

A visiter :
- Le site de l’artiste.

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Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 21 mai 2015.
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