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JEAN MERLIN MAGIC HISTORY DAY 1 / DANTE - DOMINIQUE - KALANAG - POLLOCK

Péniche Métamorphosis (Paris, dimanche 1er Juin 2008).

1ère journée française d’histoire de la Magie

Une fois arrivés près de Notre Dame de Paris, et après avoir descendu l’escalier qui mène aux berges, nous nous retrouvons à la péniche Métamorphosis où a lieu The First French Magic History Day que nous nous sommes permis de traduire librement. Après un contrôle très rapide durant lequel nous composons notre menu, nous descendons ensuite dans la péniche où se trouve un petit théâtre d’un peu plus de cent places. Dès que tout le monde est installé les lumières s’éteignent et c’est parti !

Fidèle à son rôle de provocateur, Jean MERLIN attaque bille en tête :

« Plus jeune il n’y a rien qui me barbait plus que la partie administrative lors des réunions de magie. Paradoxalement je vais commencer par une partie administrative qui va donc emmerder tout le monde. Tout d’abord merci à Jean REGIL qui ne sait pas encore qu’il ne sera pas payé. Merci à tous ceux qui ont ventilé l’information sur cette journée, aux représentants des revues, FFAP, Magicus, Arcane, à Magic Dream et surtout à Peter DIN qui, à lui seul, a vendu beaucoup de places. NB : Je soigne Peter DIN parce qu’il est le président de la FFAP ! Merci à Jan MADD et à son équipe qui nous reçoivent. C’est de Jan MADD que tout est parti il y a trois ans. Il a organisé à bord de sa péniche une soirée d’hommage à trois grands anciens : DOMINIQUE, LUDOW et Michel de LA VEGA. Puis, au congrès d’Angers, DOMINIQUE a pu s’exprimer durant deux heures. Toujours à Angers, Jean REGIL a commenté un film sur KALANAG. Et tous les deux nous avons animé un débat ayant pour thème Les dinosaures. A chaque fois les spectateurs ont trouvé que c’était passionnant mais trop court. DOMINIQUE va nous rejoindre. En ce moment il se repose à son hôtel. Il a 83 ans. Il prend ses médicaments. On va lui mettre des piles neuves et il va venir tout à l’heure ! »

Après cette introduction humoristique, Jean Merlin passe le relais à Jean REGIL qui débute par l’évocation du grand magicien américain DANTE.

1- DANTE

[Afin de situer ce personnage dans le temps, voici une (très) courte biographie :

1883 – Né le 3 octobre à Copenhague, Danemark sous le nom de August Harry Jansen. 1923 – Prend le nom de scène de Dante (Attention ! Il y a eu plusieurs magiciens qui ont pris ce nom de scène) 1927/1932 – Se produit dans le monde entier. 1955 – Nous quitte le 16 juin.

Pour en savoir plus : 1978 – Good Night Mister Dante de Val Andrews. 1990 – The Dante Scrapbook de Val Andrews. 1981 – Thurston-Dante Letter Set compilé par Phil Temple. 1991 – Dante : The Devil Himself de Phil Temple.]

Jean REGIL :

« Pourquoi le personnage de DANTE est-il devenu un de mes mentors favoris ? Et bien pendant mes grandes tournées de spectacle, mes amis LUDOW et ALAN ALAN ne manquaient jamais de me vanter DANTE et son spectacle magique qui était quelque chose d’incroyable. Un jour dans la revue Genii (Vol. 25, N° 1 de septembre 1960) a été mis en vente les grands livrets dont DANTE se servait pour envoyer sa publicité dans tous les théâtres du monde entier. Il s’agissait d’un « Trunk Book ». Une centaine étaient à vendre. J’en ai acheté deux, un pour être utilisé à ma guise et un qui resterait dans sa cellophane ».

« Comment DANTE organisait-il sa publicité ? Pour commencer, le management de DANTE proposait dans les journaux locaux $ 10 000 (à l’époque une somme importante) à qui pourrait relever un certain défi : DANTE s’engageait à payer cette somme de $ 10 000 à quiconque égalisant le record suivant : Etre apparu dans un certain nombres de capitales du monde, (Quelques exemples étaient donnés : Paris, quatre semaines. Oslo, treize semaines, Honolulu, etc.), dans toutes les villes principales des USA. Faire preuve de cinquante engagements renouvelés, vingt-cinq engagements prolongés, Avoir présenter un spectacle devant deux rois, deux reines et posséder cinq décorations. La représentation devra durer au moins deux heures et demi et le spectacle devra plaire aux jeunes et aux vieux… $ 10 000 à celui qui peut en faire autant ! »

« Quel était son secret ? D’où provenait ce succès inimaginable ? A l’époque, Dante était une plus grande star qu’HOUDINI. (On peut dire que celui-ci construisait son mythe tandis que THURSTON et DANTE construisaient de grands spectacles.

Anecdotes concernant HOUDINI :

- Lors d’un spectacle de 1600 personnes, HOUDINI effectue le tour des aiguilles enfilées sur le fil. Au milieu du tour il demande à un spectateur, comme c’était l’usage, de vérifier la vacuité de sa bouche.
- Houdini : Qu’est-ce que vous voyez ?
- Le spectateur : Des caries !
- La salle : écroulée de rire. Ce spectateur était GOUCHO MARX qui, dans la vie courante, ne portait ni moustache, ni lunettes et HOUDINI ne l’avait pas reconnu !

- Un jour BLACKSTONE reçoit un poster d’HOUDINI dédicacé par lui-même et s’autoproclamant le plus grand magicien du monde. BLACKSTONE fait encadrer le poster avec une cuvette de WC et le retourne à l’envoyeur avec le mot suivant : « J’ai tellement aimé que je l’ai fait encadrer ! »

Publicité de Dante sur le fronton de L’Alhambra à Londres en 1936 pour son spectacle Sim Sala Bim.

« Visualisation du TRUNK BOOK de DANTE grâce au Vidéo projecteur : Sur les première et quatrième de couverture de nombreuses étiquettes de tous les pays (habituellement collées sur les valises). Première page : une photographie de DANTE. Un physique imposant et l’œil rieur. Il jouait de ces deux atouts et était très farceur. Par exemple à Singapour il roule en berline sur une route et aperçois des ouvriers qui creusaient une tranchée sur le bord gauche de la route. Il s’arrête et leur dit : « Pourquoi à gauche ? Vous savez bien que c’est à droite ! » Et il repart dans sa voiture observant dans son rétroviseur les ouvriers qui rebouchent la tranchée et passent de l’autre côté de la route. Page suivante : une mappemonde avec le tracé de l’itinéraire de DANTE qui couvre le monde entier dans tous les sens. Page suivante : un texte disant que DANTE se propose au Monde. Un autre texte reflétant la réponse du Monde qui répond NON ! Et les raisons de ce refus. Alors suit un texte où DANTE explique pourquoi et énumère toutes les raisons de répondre OUI : les pages suivantes montrent une quantité incroyable d’affiches de son spectacle, pratiquement une par grande illusion. Certaines montrent le show complet avec les décors et les costumes. Page suivante : Arrivée de Dante et l’on voit sur des reproductions photographiques une quantité énorme de spectateurs, à la gare, devant le théâtre, ainsi que des bagages abondants et un déballage incroyable d’accessoires, DANTE et foule sont synonymes. Et pour le prouver il y a des photographies de théâtre bondés de spectateurs. Suivent des photos de certaines illusions : La femme écrasée, le tour des tonneaux, des décors abondants, la Fontaine Japonaise, la liste de tous les théâtres où il a déjà joué. DANTE today : Des photographies de voyages exotiques en Afrique, en Inde, pour faire rêver les gens de l’époque où les voyages étaient rares. Une page consacrée aux sept merveilles du monde et au milieu de la page, DANTE la huitième merveille du monde ! »

« Contact avec le Directeur du théâtre. DANTE demande au directeur d’inscrire le montant qu’il espère gagner grâce à son spectacle Si le Directeur marque par exemple 10 000 dollars, DANTE marque en dessous le chiffre 20 000, soit le double de celui prévu par le Directeur. Lorsque celui-ci s’étonne, DANTE lui parie un costume neuf (et sur mesures) que cette prévision se réalisera. Et en pratiquant de la sorte il n’a jamais eu à s’acheter de costume durant sa carrière ! »

« Début du Spectacle. Ici aussi tout est grandiose. DANTE donne à voir d’emblée tous les décors avec une succession de rideaux peints qui se lèvent. Un premier rideau s’ouvre avec un premier décor, puis un deuxième, un troisième … un sixième rideau. Au dernier rideau levé, apparaît DANTE qui commence un discours incompréhensible en Danois pendant deux minutes. Il continue ensuite en anglais, s’excusant et expliquant que s’il y a un Danois dans la salle, celui-ci sera content. Maintenant, on n’en parle plus et on passe aux choses sérieuses ! »

VIDEO du début : Pour commencer, DANTE provoque une foule d’apparitions. Des oies très nombreuses sortent et courent de partout, des fleurs, des chèvres, un cochon… Le tour de l’ombrelle aux foulards est présenté avec l’habituel tissu de l’ombrelle qui se retrouve dans le chapeau haut de forme, et les foulards sur les baleines de l’ombrelle. Mais le final est très bien pensé, il termine avec le chapeau sur la tête, l’ombrelle sur l’épaule, la table repliée, devenue une valise à la main et il quitte ainsi la scène de manière justifiée.

VIDEO BACKSTAGE (1936) (Vu de l’arrière). Cette création de Dante a été reprise par Lance Burton et Dani Lary (entre autres). Les spectateurs sont censés voir l’envers du décor. Le magicien est vu de dos et devant lui se trouve un décor de spectateurs dessiné sur une toile. Quelques gags relèvent la sauce du tour. Le mouchoir est extrait du décor. Des mains passent dans les trous du décor et applaudissent le magicien ! La double boite permet un échange surprenant et prend les spectateurs à contre-pied. »

Autres anecdotes :

- Georges WHITE était le partenaire noir de DANTE. Il l’emmenait avec lui pour qu’il le serve au restaurant. Ainsi l’évènement était relaté dans les journaux. C’était une manière de faire parler de lui.

- Un ami lui impose son fils pour le faire travailler. Ce garçon portait des vêtements toujours tachés alors que DANTE était toujours tiré à quatre épingles. DANTE lui en fait la remarque mais ce garçon n’écoute pas et, en plus, ne fait rien que des bêtises. Un jour, voulant bien faire, il trie les affiches de DANTE sur le pont d’un bateau. Le vent se lève et la moitié des affiches partent dans l’eau alors que toute la troupe essaye de retenir celles qui sont encore là. Peu de temps après DANTE découpe secrètement toutes les taches du vêtement du garçon et lui fait parvenir dans une enveloppe à son nom.

- Son sens de l’humour lui fait créer l’illusion du clown coupé en morceaux. Le découpage se fait dans les règles, les bras puis les jambes sont placés sur une table roulante poussée par une infirmière qui, à son tour, est coupée en deux. Le torse est placé avec les membres, et les jambes restantes, marchant toutes seules, ramènent le tout en coulisse. Cette idée a été reprise ensuite par Rudy Koby et d’autres magiciens ».

VIDEO : LILI, film américain mais avec deux acteurs français, Leslie Caron et Jean-Pierre Aumont, dont DANTE a été conseillé technique. Ombrelle aux foulards. La robe de la partenaire part en plusieurs morceaux grâce à des tirages pendant le tour de l’ombrelle. Elle effectue un changement de costume et retrouve sa robe en final.

VIDEO : Paul DANIELS, qui s’est fait la tête de DANTE, présente le passage de la femme entre deux tonneaux séparés par des barres métalliques. Jusqu’au dernier moment un plumeau témoigne de la présence de la femme dans le tonneau N° 1 et elle apparaît en une seconde dans le tonneau N° 2.

VIDEO : BLACK AND WHITE. Grande illusion « sans boîte » de Dante reprise par Doug HENNING. Un homme habillé en noir est roulé dans un drap noir. Une femme habillée d’une robe blanche est roulée dans un drap blanc. Des tiges surmontées d’un drapeau blanc ou noir permettent de suivre le processus. Contre toute attente la transposition a lieu.

VIDEO : DANTE a habité un ranch à sa retraite. Il était voisin de Laurel et Hardy. Il faisait des farces à ses invités. Par exemple, il les accueillait au rez-de-chaussée, leur demandait de le précéder pour aller au sous-sol. Pendant ce temps il prenait une sorte de monte-charge et se retrouvait à les accueillir au sous-sol comme s’il était là depuis longtemps !

VIDEO : La corde hindoue avec Laurel et Hardy. Extrait du film A Haunting We Will Go (1942). Trop drôle lorsque Hardy arrête de jouer de la flûte et que la corde se ramollit alors que Laurel est perché à son sommet. Un garnement parmi les spectateurs envoie des projectiles dans l’œil de Hardy ce qui créé des interruptions néfastes !

Intermède en live : Jean REGIL et ses deux partenaires interprètent Le magicien paresseux de Dante. La présentation de ce tour est née d’un incident vécu par DANTE. Une de ses partenaires s’étant sauvée pendant le numéro avant de revenir à la fin comme si de rien n’était. La présentation des cordons du fakir (aussi connu sous le nom du chapelet de grand-mère) est devenue plus limpide et chaque action est mieux justifiée. La première partenaire essaye de s’asseoir à la place du magicien au début du numéro. Cela justifiera le fait qu’elle enlève la chaise et l’emmène en coulisse à la fin du tour. Les foulards tombent à la fin dans le chapeau, ce qui est plus joli que de les laisser tomber par terre. La canne, qui a servi à maintenir les cordes, est enfoncée et disparaît dans le ventre de la deuxième partenaire. Le magicien termine net.

Précision : DANTE a succédé à Howard Thurston après s’être occupé de son matériel de 1923 à 1927. Et DANTE a désigné Lee GRABEL comme son successeur.

VIDEO : Lee GRABEL rend hommage à ses prédécesseurs en effectuant une production de cartes qui n’en finit pas tout en parlant et en évoquant ses maîtres. »

L’illusion de l’écrasement exécuté par Dante en 1927.

Ainsi se termine la conférence de Jean Régil et c’est au tour de :

Jean MERLIN :

- Tout d’abord, il recommande un excellent livre sur une partie de l’histoire de la magie intitulé HIDING the ELEPHANT* de Jim Steinmeyer (2003). C’est donc écrit en anglais.

* Titre faisant allusion à une grande illusion présentée par Harry Houdini.

- Puis il nous présente deux coffrets à prédiction (Prediction Chest). Ce sont des pièces de collection fabriquée en bois. L’un d’eux, inventé par Harry ROYEN, a été présenté et vendu par Robert MASON. Fabriqué à une centaine d’exemplaires dans les années 1960*.

Par la suite le coffret a été perfectionné par le fils Mason, prénommé Arthur. Le tour devenait alors plus facile à présenter d’une seule main. En plus du coffret était placé à l’extérieur du coffret une petite boite sensée contenir la clef était utilisée. Sans rien dévoiler de précis un système d’arbalète situé dans la petite boite projetait la prédiction par une trappe qui s’ouvrait une seconde pour la laisser passer !

* A notre grande honte, nous n’avons pu trouver trace de publicité pour cet accessoire.

- Présentation d’un deuxième coffret contenant une deuxième petite boite qui, cette fois-ci, est placée à l’intérieur. La clef permet l’introduction de la prédiction et celle-ci pénètre dans la deuxième petite boite qui se referme astucieusement lorsqu’on soulève le couvercle du coffret pour vérifier son contenu. Pour cet accessoire, pas de problème, son créateur est Loyd E. Enochs qui a vendu deux modèles. Un avant 1956 et l’autre en 1961.

2- DOMINIQUE

[Petite bio : Dominique Risbourg est né en 1932 et est devenu professionnel en 1948 (16 ans), année où il gagne un troisième prix de présentation à la FISM de Lausanne. Il récidive en 1950 à la FISM de Barcelone où il gagne de nouveau un troisième prix de présentation. Puis devient mondialement connu avec son numéro de Pick-pocket.]

VIDEO de DOMINIQUE : Numéro de production de cartes au Back-and-Front effectuées dans le faisceau de la lumière d’une poursuite avec une ombre projetées.

VIDEO de DOMINIQUE : Numéro des papillons de papier sur la guitare, deux versions sont montrées. La première permet de faire entrer les papillons dans la guitare. La deuxième dans le bouton d’une rose accrochée à la guitare.

VIDEO de DOMINIQUE : Numéro des chaises.

VIDEO de DOMINIQUE : Numéro des cravates. Le chef d’œuvre de DOMINIQUE.

Puis DOMINIQUE lui-même (qui avait donc terminé sa sieste) commente ensuite ses effets :

« J’ai donné 700 représentations par an pendant 50 ans. (Déjà, ça calme). A La Vegas nous tenions deux ans et demi sans jour de congé avec parfois, en plus, des remplacements en urgence de collègues souffrants au nom de la solidarité entre Casinos. Il fallait alors jouer une fois de plus après avoir répété les partitions avec les musiciens (jusqu’à 22 musiciens) et revu les décors avec les machinistes. J’espère que tous ceux qui pratiquent cette profession actuellement sont aussi heureux que j’ai pu l’être en la pratiquant pendant toutes ces années ».

Les papillons volants grâce à un FI. « J’ai imaginé le système de soufflerie dans le tabouret. (Qui a été repris par d’autres grands magiciens). J’ai pris des cours de guitare classique pendant sept à huit ans et c’est moi qui joue. L’effet des papillons a été revisité dans un des films de James Bond (A view to a Kill (1985). Dangereusement vôtre en français.) Il a existé une troisième version de ce tour. Une troisième main apparaissait doucement sur la guitare et disparaissait d’un seul coup !

- REPRISE des VIDEOS, séquence par séquence : La remise des objets par le pick-pocket : partir doucement et faire monter l’ambiance progressivement sans rupture. Le rythme est très important, les accords de musiques soulignent l’effet à chaque fois et de plus en plus haut, le dernier accord se faisant sur la remise de la montre. Si peu d’objets sont présents DOMINIQUE ajoute un stylo et un carnet bon marché. Ou bien fait semblant de rendre les objets, et les reprend.

Jean Merlin et Dominique.

- La séquence des cravates : L’idée première consiste à ranger les spectateurs en ligne ce qui permet un premier passage, comme pour les chaises. Il faut connaître ce qui est possible ou non avec les nœuds de cravates. Un nœud double ou à l’envers ne fonctionne pas comme un nœud classique construit du bon côté. La personne au nœud double est repoussée en arrière par la partenaire qui referme ensuite la ligne. Si le noeud est inversé on peut l’enlever mais il faut un peu plus de temps et passer la main de l’autre côté de la ligne médiane du dos. Le premier passage permet de sortir les cravates à moitié sous prétexte de placer les personnes selon une ligne droite. Au deuxième passage, sur un rythme soutenu, les cravates sont tirées d’un coup vers la gauche du spectateur tandis que la tête du spectateur est tournée en rotation droite par l’autre main. Pour le dernier spectateur la cravate est retirée doucement tandis que la partenaire lui détourne l’attention. C’est magnifique et drôle.

PAUSE pour permettre l’examen du Trunk Book de Dante et des coffrets à prédiction que nous avons pu examiner de près et faire fonctionner.

Dans le même temps, Frantz Réjasse (C.C. Editions) propose quelques livres intéressants. En particulier le volume 4 de Vernon Chronicles qui vient juste d’être réédité. (L&L Publishing)

Puis Jean REGIL débute la deuxième partie avec :

VIDEO : Dante’s Mysteries (Film rare de 1931 réalisé pendant sa tournée en Scandinavie) où il tient le premier rôle.

- Corde vraiment coupée et raccommodée plusieurs fois et remise à l’examen à la fin. C’est net et sans bavure. Au début la corde est justifiée dans le sens où elle entoure un paquet.
- Table façon Casserole à apparition. Pour diminuer l’épaisseur du couvercle, la table est munie d’une trappe qui se relève après la prise de la charge. Au cours de cet extrait nous voyons des apparitions d’oies, et des apparitions de fleurs au foulard puis d’une boite posée sur une table.

3- KALANAG

[Petite bio : 1903 – Né le 23 janvier à Fornsbach en Allemagne sous le nom de Helmut Schreiber. 1923 – Début à Munich 1927/1945 – Editeur de la revue Magie. 1921-1945 – Producteur à la Bavaria Film 1947 – Se produit sous le nom de Kalanag (d’après le nom d’un animal dans Le livre de la jungle de Kipling) avec sa femme nommée Gloria 1949/1961 – Tourne en Europe, en Afrique, aux USA, en Amérique du Sud. 1963 – Nous quitte le 24 décembre. 1967 – Sa veuve vend son spectacle à Klingsor.]

Jean REGIL : « J’ai vu le numéro de KALANAG en 1955 à Lyon. Mon père m’a offert cette soirée pour mon 12ème anniversaire. Je me souviens que les danseuses nous plaçaient. Je me souviens aussi de la différence de perception entre de vrais spectateurs profanes et des spectateurs magiciens. Je suis entré au CRHL peu de temps après et ceux qui avaient vu le spectacle étaient mitigés et avaient apprécié surtout le tour du dé et du chapeau. A l’inverse les membres de ma famille étaient enthousiastes et avaient complètement occultés cet effet ! Le tour du barman du diable était très culotté car il utilisait très peu de produits chimiques et beaucoup de changes de verres ou de carafes, pratiquement à vue.

Son numéro final appelé « Confusion autour d’une Caisse* » était remarquable. La base de ce truc a été publiée par Robelly, mais le tour a été étoffé ensuite de nombreuses fois. Gloria est placée de force dans une caisse. Un spectateur sceptique demande à vérifier l’état de la caisse. Il est enfermé avec Gloria et la caisse est clouée. Un policier surgit et déclare que c’est indécent de laisser un couple dans cette caisse. C’est quoi ce bazar, ce scandale ? KALANAG est poursuivi par le policier. Une tête géante de KALANAG est placée sur sa propre tête. Un porteur apporte une valise. Ah ! C’est bien le moment ! A la fin tout est changé. A la place de KALANAG sous la grosse tête c’est le spectateur .KALANAG est dans la caisse et Gloria sort de la valise. NB : Je ne sais plus ce qu’est devenu le policier car il est difficile de prendre des notes dans le noir… Le public en avait pour son argent car ce n’était pas fini, des danseuses se transformaient en gorille, il y avait des tas de changes, tout le monde se retrouvait pour danser sur le devant de la scène puis le bateau du décor s’avançait vers le public. L’illusion d’optique d’approche était réalisée en augmentant le diamètre des hublots éclairés et leurs distances les uns par rapport aux autres ».

* Sans aucun doute inspiré de l’illusion Le Gong Birman de David Devant. Voir Secrets of my Magic (1936) traduit en français par Rémi Ceillier sous le titre Mes secrets d’illusionniste (1949)

VIDEO : Entrée de KALANAG : Les danseuses sont en ligne. KALANAG apparaît au milieu d’elles dans un nuage de fumée. Il s’avance vers un guéridon dont les fleurs en bouquet disparaissent instantanément. Puis des personnages habillés comme en Inde font se dresser une corde. Un personnage monte à la corde et disparaît. La corde retombe. Une femme arrive. Une carte géante est choisie, un as de pique. La femme tient la carte devant son corps. KALANAG tire un coup de fusil. Une corde traverse l’as de pique puis la femme et va se planter dans une cible située derrière la femme.

VIDEO : Le dé à travers le chapeau par KALANAG : Un dé d’environ 30 x 30 cm est posé sur un guéridon. Une plaque de verre est posée sur le dé. Le chapeau haut de forme ouverture en haut recouvre le tout. Le dé pénètre à vue le fond du chapeau traversant la plaque de verre et est retiré par le haut du chapeau.

VIDEO : Manipulations de boules par KALANAG. Le maître manipule lentement les boules « Excelsior » en tenant de l’autre main un cigare. La fumée du cigare et la musique soulignent les effets. A la fin, il place une boule sous un foulard et la laisse tombée dans un verre plein d’eau tenu par une partenaire, (on l’entend nettement tomber). La boule disparaît aussitôt.

VIDEO : Le Barman du Diable par KALANAG. Nous assistons à un charivari de serveuses et de serveurs qui servent les boissons commandées par les spectateurs. Chacun semble choisir ce qu’il veut et goûte le liquide. C’est bien de la bière, du café, du porto, de l’eau, du vin, du Cherry Brandy etc. Lors d’une deuxième vision nous observons que là où il y a de la gène, il n’y a pas de plaisir. En effet KALANAG n’est pas gêné d’utiliser des compères pour goûter l’infâme bière chimique et dire que c’est bon ! Il se retourne de 180° et change son verre d’eau contre un verre de lait. Les carafes sont changées à la vue de tous les spectateurs occupés à regarder goûter un autre breuvage. Bref c’est un ballet incroyable, bourré d’astuces verbales (A voix basse : Un cognac ça vous plairait ? Et à voix haute : Elle demande un cognac !), et de détournements d’attention plus que de procédés chimiques habituels. Les serveurs n’hésitent pas à passer par les coulisses, c’est dire !

Ceux qui ne lisent pas l’allemand mais se débrouillent en anglais trouveront une autobiographie de Kanalag traduite par Irene Larsen dans la revue Genii, du numéro 2 de d’ocotobre 1963 au numéro 12 d’août 1965.

4- CHANNING POLLOCK

[Voici une très courte biographie de ce grand magicien : 1926 - Né le 16 août. 1954 - Obtient le titre de Magicien de l’année. 1956 - Passe au Moulin Rouge à Paris. 1962/1963 – Tourne quatre films dont Judex de Georges Franju. 1967 - Fait la couverture de la revue Genii. 1969 - Quitte le métier à l’âge de 43 ans. 2006 - Nous quitte définitivement.]

VIDEO du film European Nights (1962). Le numéro est une perfection, le visage de l’homme est hiératique, il est sans doute le plus bel homme au monde. Les passes sont parfaitement exécutées. NB : Une des colombes est chargée au chapeau. (Invisible).

Pollock en 1954.

Deuxième VIDEO du même numéro tournée une autre année sur laquelle, d’après Jean MERLIN, on peut apercevoir un petit raté pour la charge au chapeau. Mais même en le sachant, nous avons simplement vu le chapeau légèrement bouger.

Jean MERLIN évoque la vie de ce mythe inégalé qui était capable d’autodérision et d’humour. Par exemple lorsqu’il recevait ses amis à dîner, il présentait un plat avec six pigeons rôtis en disant : « Voici mon numéro ! ».

Né en 1926, il repère dans la revue Genii l’existence d’une école de magie créée par Ben Chavez en 1944.

C’est ainsi qu’Abraham (« Abe » pour les amères loques comme dirait Merlin) CANTU devint son professeur. Ce dernier présentait un numéro d’apparitions de colombes habillé d’un poncho. Cantu, qui se faisait appeler Toucan, terminait par l’apparition d’un Toucan (Humour Mexicain !)

Pollock dans le film Rocambole en 1963.

Jean MERLIN, qui a bien connu SLYDINI, s’est vu confié un jour que c’est lui qui avait conçu la poche à partir d’une chaussette et le tirage avec une corde à piano utilisés par CHANNING POLLOCK. (Témoignage oral à prendre avec mesure).

VIDEO reprise : La prise au chapeau est détaillée.

Témoignage de Jean MADD : « Norm NIELSEN, qui est l’héritier d’OKITO, lui a dit que :

- David Bamberg utilisait déjà un grand foulard avec six poches et faisait apparaître des pigeons. La charge était prise sur une servante ou sur le dossier d’une chaise*.

- Carlos CORDA, un Argentin, travaillait au Mexique et connaissait CANTU.

- Neil FORSTER a enseigné la boule volante à CHANNING POLLOCK.

- La veuve de CANTU a écrit à Mr. CHAVEZ : « Mon mari a laissé en héritage des systèmes pour faire apparaître des colombes.

- M. Chavez aurait donc confié ces systèmes à CHANNING POLLOCK ».

Pollock dans le film Judex de Georges Franju en 1963.

* Il faisait également apparaitre six canards qu’il produisait d’une étoffe. Voir la revue The Magazine of Magic, Vol. 3, N° 4 de janvier 1916, page 103.

Vous trouverez dans la revue Genii, Vol. 69, N° 5 de mai 2006, un numéro spécial consacré à Channing Pollock

5- COMMENT DEVIENT–ON MAGICIEN ?

Jean MADD a du avoir une heureuse surprise ! Grâce à un téléfilm tourné il y a quinze ans par le réalisateur Claudio Toneti pour l’émission Viva de la Télévision Suisse Romande, nous avons pu voir (commenté de façon iconoclaste par le provocateur de service) les caves du Musée de la magie de Georges PROUST où on aperçoit Valéry au cours d’une quête pour devenir magicienne. Elle croise à plusieurs reprises le fantôme de la cave représenté par Christian FECHNER et à la fin, en ouvrant un rideau de scène, se retrouve sur la scène de la péniche de Jean Madd qui l’invite à une table et lui décrit sa façon de voir la magie sous forme d’un acte d’amour. Ses jolis mots nous vont tout droit au cœur.

FIN DE LA CONFERENCE

6- DEUXIEME PARTIE

Pour souffler un peu après ces quatre à cinq heures de conférence, nous avons eu un apéritif sur le quai suivi d’un repas assez rapide qui ne nous a pas permis de procéder à quelques interviews de la table des VIP qui était juste en face de la notre. Une fois le repas terminé et après avoir pris un café, nous sommes redescendus dans la salle de théâtre car un spectacle magique et de cabaret nous attendait.

Jean MERLIN après avoir fait une sculpture de ballon agrémentée de quelques réflexions humoristiques s’est totalement déchainé avec une parodie du magicien faisant choisir une carte. Il en a profité pour faire une revue de presse ainsi qu’une mise en boîte de certaines personnalités qui étaient présentes. Pour se calmer, il a soufflé un bon coup dans un ballon et a confectionné son petit caniche.

Il a ensuite annoncé DANILSEN qui nous a présenté un numéro d’ombres chinoises, de facture classique, très bien réalisé avec musiques et décors.

Puis Jean Merlin est revenu et nous a exhibé La pince à linge acrobate avant que Jean REGIL n’intervienne.

Ce dernier, avec deux partenaires de sa troupe, nous a montré plusieurs grandes illusions.

Tout d’abord, la partenaire qui passe par un trou minuscule. Après avoir amené une caisse comportant un petit trou sur sa face avant, il y enfile une corde dont il attache une des extrémités autour de la taille d’une de ses partenaires. L’autre extrémité ressort de la caisse par un autre petit trou situé sur un panneau de côté et on ferme la caisse avec des cadenas. Puis un spectateur (en l’occurrence Peter Din) prend la corde. On entoure la partenaire d’une petite cabine mobile et le spectateur tire sur la corde. On voit la partenaire attirée, entrainée irrésistiblement vers la caisse et passant apparemment par le petit trou. Effectivement, quand on ouvre ensuite la caisse, la partenaire est dedans.

Puis il a présenté un effet de traversée de vitre par une grande aiguille et un ruban, d’après une idée de Peter Warlock.

Ensuite une guillotine à main avec DEUX spectateurs reliés par une menotte.

Et enfin une lévitation à la Walter Zaney Blaney.

Tout de suite après, un nouveau venu dans le monde de la magie, appelé Merlin Jean, a osé proposé le tour des trois cordes du Professor’s Nightmare. Devant tant de candeur de la part de ce jeune, nous n’avons pas eu le cœur à le décevoir et nous l’avons traité comme il le méritait.

Et pour clore ce spectacle un comique du nom de MERI qui n’avait pas choisi la facilité avec son personnage déjanté.

Nous sommes donc sorti prendre l’air vers onze heures et demi, minuit et nous en avons profité pour faire une mini-mini interview de Arturo Brachetti qui annonce un nouveau spectacle en Italie pour la rentrée et un autre en anglais en 2009. Il est de plus en plus éclectique car tout ce qui touche au spectacle l’intéresse. Il fait même de la mise en scène et de la direction d’acteurs tout en étudiant les éclairages et les décors. Il a trouvé dommage qu’il y ait peu de manifestations de ce genre sur l’histoire de la magie car il a souvent été confronté à des jeunes magiciens qui pensaient avoir inventé l’eau chaude. Il est sur un projet qui fera revivre un numéro de music-hall unique dans les annales du spectacle mais je ne peux en dire plus pour l’instant.

A part cela, y a-t-il eu un afteur ? Eh bien oui ! Nous étions six et nous sommes allés au...Shiwawa où, bien entendu, il n’y avait AUCUN magicien. Nous avons principalement regardé BEBEL nous présenter quelques tours de cartes et écouté Sébastien CLERGUE nous raconter sa vie aux States dans la troupe de David COPPERFIELD.

Comme vous le voyez, une longue journée bien remplie et nous espérons que les « dinosaures » nous en proposerons beaucoup d’autres comme celle là. Merci à Jan MADD et à CHANTAL pour leur merveilleux accueil !

Lire :
- Le JEAN MERLIN MAGIC HISTORY DAY 2.

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Auteur : Collectif Artefake


Mise à jour effectuée le : 30 septembre 2016.
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