Artefake
Accueil du site   Henri DECREMPS

Henri DECREMPS

(1746-1826).

Biographie extraite de Biographie Universelle Ancienne et Moderne, tome 10, page 262 - 1852, publié par Michaud et édité par A. Thoisnier Desplaces.

Auteur de la Magie blanche, Decremps était né, comme il le dit lui-même, à Beduer dans le Quercy, le 1er avril 1746. Pendant qu’il achevait ses études au collége de Toulouse, le hasard lui fit tomber entre les mains La Polygraphie de Trithème, où il apprit le moyen de lire les écritures les plus mystérieuses. Ses professeurs, voulant éprouver son savoir, lui remirent différents morceaux qui n’auraient été pour tout autre que d’indéchiffrables hiéroglyphes, et il les lut très facilement, excepté cependant un dans lequel on avait intercalé des signes sans valeur et dont il fallait faire abstraction pour découvrir le sens des mots. Ce premier succès accrut le goût de Decremps pour les sciences occultes, et, dans la suite, il s’y rendit assez habile pour deviner toutes les ruses employées par des charlatans plus ou moins adroits.

A sa sortie du collège, ses parents voulurent l’envoyer à Cahors pour y faire son cours de théologie, mais, ne se sentant aucune vocation pour l’état ecclésiastique, il quitta furtivement la maison paternelle et prit le chemin de Paris, sans trop savoir comment il se tirerait d’embarras au milieu de cette grande ville où il allait se trouver sans appui et presque sans ressource. En attendant que quelque circonstance heureuse le mît à même de profiter de ce qu’il savait, il prit un logement dans un des quartiers les plus obscurs pour ménager sa bourse, et, ne sortant que lorsqu’il y était contraint, il employait toutes ses journées à lire les livres qu’il achetait sur les quais, notant avec soin tout ce qu’il y remarquait de singulier et de curieux. C’est ainsi qu’il parvint à se faire un fonds de connaissances assez superficielles, il est vrai, mais très variées.

Trahi par un ami dans lequel il avait placé sa confiance, il s’éloigna brusquement de Paris et parcourut toute la France « à pied, sans autre monture qu’un gros bâton, et sans autre embarras qu’une écritoire, du papier et une gourde. Le soir, il écrivait ce qu’il avait vu dans la journée et c’est ainsi que se trouvèrent composés la plupart de ses ouvrages » (voir La Science sans-culotisée.). Il eut l’intention de s’arrêter à Lyon pour y donner un cours de littérature, mais n’ayant pu trouver d’élèves, il poursuivit sa route, visita l’Allemagne et les Pays-Bas, s’embarqua pour l’Angleterre et vint à Londres où il enseigna l’astronomie. Obligé d’apprendre l’anglais, il le parla bientôt facilement. Il étudia aussi la navigation et fit plusieurs voyages sur mer dans le but de perfectionner ses connaissances géographiques. Il était de retour à Paris en 1783.

L’année suivante, il y publia La Magie blanche dévoilée. Cet ouvrage, dans lequel il donna l’explication de toutes les expériences de Pinetti, prétendu physicien mais escamoteur fort habile, obtint un très grand succès. Les journaux les plus accrédités, entre autre l’Année littéraire, en rendirent un compte avantageux. Il fut traduit en anglais et réimprimé dès l’année suivante tant en France qu’à Bruxelles. A cet ouvrage, Decremps en fit succéder plusieurs autres dont on trouvera les titres à la fin de cet article. Il y dévoile tous les tours de cartes, de gobelets et de gibecières qui faisaient alors l’amusement des sociétés les plus distinguées.

Mais tout en s’annonçant comme l’ennemi des charlatans, Decremps l’était bien un peu lui-même. C’est ainsi, par exemple, qu’après avoir, dans la Magie blanche, décrit un tour extraordinaire, il en renvoie l’explication à un autre moment. Et pour avoir cette explication, il fallait acheter un autre livre de 8 pages qui revenait aussi cher que le volume même, trouvant ainsi le moyen de vendre son ouvrage le double de ce qu’il l’annonçait. Il cherche dans son Supplément à la Magie blanche, p. 261, à pallier cette turpitude en la rejetant sur sa pauvreté qui était très grande en effet, s’il est vrai qu’il pût dire avec Bias : Omnia mecum porto.

Comme le bénéfice qu’il faisait sur la vente de ses livres ne suffisait pas à ses besoins, Decremps prit le parti de retourner à Londres et il y ouvrit, pour l’enseignement de la langue française, une école qu’il eut le plaisir de voir fréquentée par un grand nombre d’élèves. Mais son imprudence ne lui permit pas de mettre à profit cette circonstance favorable pour s’assurer une existence indépendante. Dénoncé pour avoir chanté la Marseillaise dans une taverne et tenu des propos plus qu’indiscrets, il reçut l’ordre de quitter Londres et revint à Paris en 1793. Partisan de la révolution, mais ennemi des excès, on ne le vit point figurer à cette déplorable époque dans les clubs ni dans les assemblées tumultueuses des sections. Il ne servit la cause qu’il avait embrassée qu’en cherchant les moyens d’éclairer le peuple, ou comme il le dit lui-même dans le langage du temps, de sans-culotiser la science.

En 1794, il publia le prospectus d’un cours d’astronomie pour les ouvriers, en dix leçons ou numéros, mais il ne put jamais réunir assez de souscripteurs pour couvrir les frais d’impression. Il donnait à cette époque chez lui des leçons de géographie, d’astronomie, de navigation et de langue anglaise. Craignant qu’on ne lui reprochât de rester à Paris occupé de choses si frivoles tandis que tous les bons citoyens étaient à la frontière, il s’excusait sur l’obligation de subvenir par son travail aux besoins de sa femme et de son enfant au berceau. Ainsi Decremps, alors âgé de prés de 50 ans, était récemment marié. « Tout ce que je puis, dit-il, c’est de faire en personne mon service dans la garde nationale. » Tombé depuis dans l’obscurité la plus complète, malgré ses tentatives pour en sortir, il est mort octogénaire vers 1826.

Extrait de la revue L’Illusionniste, N°20 d’août 1903

Decremps n’était (pas prestidigitateur, mais il mérite une place dans notre galerie à cause des ouvrages qu’il a publiés sur la prestidigitation qui s’appelait alors La Magie Blanche ou La Sorcellerie Amusante.

Ayant assisté aux séances de Pinetti, comme il était doué d’un esprit perspicace, il dit avoir deviné le secret de toutes les expériences du physicien. A la suite d’un défi que lui adressa celui-ci il publia en 1783, la Magie Blanche dévoilée, ou explication des tours surprenants qui font peu, l’admiration de la capitale et de la province. Cette oeuvre eut un immense succès, elle fut traduite en plusieurs langues et des libraires peu scrupuleux en firent paraître de nombreuses contrefaçons, elle mérita à M. Decremps, son auteur, une place fort honorable parmi les hommes de lettre. (Voyez le Dictionnaire Historique de Ménard et de Senne).

Voici comment Pinetti se vengea de la publication de cet ouvrage : dans une de ses séances, il se plaignit qu’un ignorant, un imposteur, prétendait, dans la seule intention de lui nuire, dévoiler des secrets au dessus de son intelligence. A ces mots un homme mal vêtu et de mauvaise mine se lève du milieu de l’assistance, il déclare être Decremps, apostrophe Pinetti, en termes grossiers et offre de prouver que les explications qu’il a données sont exactes. Le public mécontent de voir troubler une séance où il s’amuse hue le pauvre diable et il allait, peut-être lui faire un mauvais parti, lorsque Pinetti s’interpose et met doucement l’homme à la porte en lui glissant dans la main, quelques écus. Cet homme, nous dit Robert-Houdin, était un compère.

Decremps riposta par la publication, coup sur coup, de quatre autres volumes : Supplément à la Magie Blanche, Testament de Jérôme Sharp, Codicille de Jérôme Sharp et Petites aventures de Jérôme Sharp, qui, comme le précédent, furent l’objet d’un accueil empressé ; le dernier fut imprimé en 1789.

Le coup fut terrible pour Pinetti ; a partir de ce moment, le succès l’abandonna. Il se dirigea vers l’Angleterre, puis en Russie ; là une longue éternelle maladie épuisa sa santé ainsi que les faibles ressources qu’il s’était ménagées. Réduit à la plus affreuse misère, il mourut dans le village de Bartitchoff, en Volhynie chez un seigneur, amateur de magie, qui l’avait recueilli par compassion. Notre ami Houdini, qui est en ce moment dans ces parages, doit nous envoyer la photographie de sa tombe, si toutefois il parvient à la découvrir.

Decremps n’était que licencié en droit au moment où il écrivait sa Magie Blanche ; mais il fut depuis attaché à l’ambassade de France près la cour d’Angleterre, en qualité de secrétaire-interprète. Il était non seulement remarquable par son érudition, mais plein d’aménité et de délicatesse, réunissant enfin toutes les qualités qui font le parfait honnête homme.

Le Testament de Jérôme Sharp est surtout remarquable par la manière dont sont décrits les principes et les moyens qui servent à l’exécution des tours de cartes. On y trouve toute la clarté et la précision possibles, pour faire comprendre des mouvements de mains qui sont très difficiles à exprimer par la parole. Nous nous servons encore aujourd’hui de ces principes avec ceux dont la découverte est récente.

Les trois autres volumes qui font suite à La Magie Blanche dévoilée n’offrent plus rien de curieux relativement aux tours ; il y en a cependant ça et là quelques-uns, mais on lira ces volumes avec plaisir, parce qu’ils contiennent une foule de petites anecdotes spirituellement écrites, ayant trait à la sorcellerie, ainsi que d’ingénieux problèmes qui piquent la curiosité, même de ceux qui sont le moins amateurs de tours. Tout ce que l’on pourrait reprocher à l’auteur, c’est d’avoir bardé ses ouvrages de citations latines plus ou moins longues ; il a un peu trop prouvé que la langue des savants ne lui était pas étrangère.

Bibliographie :
- Le Parisien à Londres, ou Avis aux Français qui vont en Angleterre, (1784).
- La Magie blanche dévoilée, (Paris, 1784, 2° édition, 1788).
- Supplément à la Magie blanche dévoilée, ibid. (1785 ; 2e édition, 1788).
- Testament de Jérôme Sharp, professeur de physique amusante, ibid (1786. 3ème édition, 1788).
- Codicille de Jérôme Sharp, (1788).
- Les petites aventures de Jérôme Sharp, (Bruxelles et Liège, 1798).
- La science sans-culotisée, (Paris, 1794).
- Diagrammes chimiques, (Paris, 1822).
- Lettre à M. de Jouy sur un article satirique de la Biographie des Contemporains et sur les inconvénients d’écrire l’histoire contemporaine sans la savoir, (Paris, 1824).

A lire :
- Magie blanche et amusements physiques (Réédition Joker Deluxe, 1998).

Auteur : Collectif Artefake


Mise à jour effectuée le : 3 mai 2016.
MENTIONS LEGALES :

ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

Informations rassemblées et coordonnées à l'initiative et pour le compte de l'Association Artefake.
Ce document est déposé auprès d'une Autorité d'Horodatage Qualifiée - Certifiée ETSI & RGS

Dans le cas où malgré notre vigilance, une de nos publications porte atteinte aux droits d'auteur, merci de nous l'indiquer. Dans le cas ou cela s'avère exact, nous nous engageons sans délai à supprimer cette publication de notre site.

Artefake est une oeuvre collective créée et publiée par l'Association ARTEFAKE.
Conformément à l'article L.113-1 du Code de la propriété intellectuelle, l'association Artefake est titulaire des droits d'exploitation du contenu du site Artefake.com
La reproduction totale ou partielle des articles du site internet Artefake sont strictement interdite, par tous moyens connus ou à découvrir, quel qu'en soit l'usage, sauf autorisation légale ou autorisation écrite de l'association Artefake.
L'utilisation de la marque déposée Artefake est soumise à autorisation.
Les liens hypertextes pointant soit vers la page d’accueil soit vers un article particulier sont autorisés.
L’autorisation de mise en place d’un lien est valable pour tous supports, à l’exception de ceux diffusant des informations pouvant porter atteinte à la sensibilité du plus grand nombre. Au titre de cette autorisation, nous nous réservons un droit d’opposition.
Toute personne nommée ou désignée dans le site Artefake dispose d'un droit de réponse conformément à l'article 6 IV de la loi LCEN.
Ce droit de réponse doit être adressé par courrier recommandé à Artefake - A l'attention du Directeur de Publication - 16, rue Henri Gérard - 21121 Fontaine lès Dijon.

Directeur de la publication : Sébastien BAZOU
Président du Conseil d'Administration : Eric CONSTANT

ISSN 2276-3341 - Droits de reproduction et de diffusion réservés © Artefake 2004-2017
Artefake est une marque déposée - Site développé sous SPIP par ROUGE CEKOYA