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Guilhem JULIA

Comment êtes-vous entré dans la magie ? A quand remonte votre premier déclic ?

Je crois me souvenir qu’il y a eu la traditionnelle boîte de magie offerte à Noël, mais le vrai déclic a été d’assister en 1988 au 1er Festival International de la magie proposé par Hugues Protat et François Normag en Normandie. Assister à un grand spectacle de scène, découvrir la multitude de styles des artistes venus du monde entier, pouvoir les approcher ensuite en coulisses… Ça faisait beaucoup d’émotions pour un petit garçon de 8 ans !

Crédit photo : Manuel Braun.

Quand avez-vous franchi le premier pas et comment avez-vous appris ?

Il y a eu une série de petits pas… D’abord les spectacles pendant les fêtes de famille, puis les goûters d’anniversaire chez des particuliers, et ensuite la création d’un petit groupe « Les chapeaux noirs » avec deux amis magicien et jongleur, qui a conduit à des spectacles devant de plus grands auditoires. Il y avait une belle dynamique d’échange au sein du groupe… L’apprentissage se faisait au moyen de livres (dont ma première Bible, transmise par Hugues Protat : le Cours Magica de Robert Veno) et des tours que nous achetions avec plus ou moins de bonheur chez Mayette magie moderne, Magix, Climax… La découverte des nouveautés dans les catalogues encore en papier à l’époque était un moment très attendu !

Crédit photo : Nicolas Balaguier.

Et puis, lorsque le groupe s’est séparé, j’ai travaillé à nouveau seul pour développer surtout une magie de close-up.

Quelles sont les personnes ou les opportunités qui vous ont aidé. A l’inverse, un évènement vous a-t-il freiné ?

Hugues Protat et Raphaël Navarro ont tous les deux joué un rôle déterminant. Hugues m’a poussé à persévérer, m’a offert mes premiers accessoires magiques « professionnels » et m’a proposé de partager certains spectacles avec lui.

Crédit photo : Nicolas Balaguier.

Raphaël Navarro a participé au long travail mené avec les poissons rouges et qui a conduit au numéro Fish Act. Il a apporté des idées originales, a su me motiver pour travailler des techniques difficiles sur les prises de poissons et dans d’autres domaines (La carte déchirée et reconstituée de Guy Hollingworth par exemple…).

Crédit photo : Zakary Bellamy.

Mes études de droit auraient pu sans doute constituer un obstacle à mon parcours magique. Mais j’ai mis un point d’honneur à ne pas arrêter les spectacles et à essayer de trouver un équilibre entre les deux. Mes parents n’étaient pas toujours très rassurés pour mon avenir mais ont respecté mon envie.

Crédit photo : Alexander Gorski.

Le choix de consacrer ma thèse de doctorat à « L’œuvre de magie et le droit » (aux Editions Larcier, 2014) a permis de prolonger cet équilibre.

Dans quelles conditions travaillez-vous ?

La majorité de mes prestations sont des spectacles de close-up à destination de particuliers et d’entreprises. L’envie de revenir à la scène m’a conduit à créer il y a deux ans Eclats d’Invisible, un spectacle de magie de scène écrit et mis en scène avec Jonathan Rahaga, un ami magicien mais aussi chanteur.

Nous avons déjà joué le spectacle au théâtre La Reine blanche à Paris, à la Maison de la Magie de Blois et nous nous produisons aussi en province, pour des communes lors des fêtes de fin d’année. A partir de décembre 2017, le spectacle va désormais intégrer « Edition spéciale », un nouveau numéro sur le thème des papiers journaux, très différent de ce que j’avais fait auparavant. Le numéro est amené à se développer, notamment grâce à mon arrivée récente en Equipe de France de magie, afin d’être présenté lors de Festivals et de compétitions.

Quelles sont les prestations de magiciens ou d’artistes qui vous ont marqué ?

Difficile de faire un choix… Petit garçon, je me souviens avoir été très troublé, presque effrayé par le Professeur Al Carthy et son robot qui se retourne contre lui et le décapite… Plus que des prestations, je crois que ce sont les magiciens eux-mêmes qui m’ont marqué.

Crédit photo : Nicolas balaguier.

L’élégance et le rythme de Fred Kaps, le regard et la posture de Shimada, le sourire et la joie de Pierre Brahma, les démembrements corporels de Peter Marvey, la folie un peu trash de Otto Wessely, la générosité et le bagout de Jean Merlin, les délires de Gaëtan Bloom, les personnages excentriques de Hugues Protat…

Dans ma génération, l’énergie et la virtuosité de Nestor Hato et Mikaël Szanyiel sont assez incroyables et très efficaces.

Crédit photo : Nicolas balaguier.

Tout récemment, le spectacle Solo d’Arturo Brachetti m’a montré à quel point le mélange des disciplines est fondamental. La magie gagne vraiment au contact d’autres arts comme la danse, la musique, le théâtre, le mime, ou des technologies comme le mapping vidéo, le laser…

Difficile enfin de ne pas citer David Copperfield qui sait faire évoluer son show au fur et à mesure des années et garder son aura de très grand magicien.

Quels sont les styles de magie qui vous attirent ?

La magie de scène m’attire particulièrement en ce moment car je ressens une forte envie de la pratiquer à nouveau. La magie générale me semble plus apte à la théâtralisation que la manipulation ou la grande illusion. Je trouve intéressant que le magicien joue un personnage, et ne soit pas seulement un « performer », qu’il raconte une histoire dans laquelle se greffent de façon logique les effets de magie. Ce travail est à mon avis indispensable pour emmener avec soi les spectateurs, les empêcher de se focaliser sur le « comment ça marche ».

Crédit photo : Nicolas balaguier.

Les numéros et spectacles de Jérôme Helfenstein et Claude Brun, de Xavier Mortimer et de la Compagnie 14:20 s’inscrivent dans cette logique. Les images et sensations magiques générées sont d’une grande intensité et touchent le grand public comme les magiciens.

Certains numéros de manipulation ressemblent davantage à des prouesses de jonglages que de magie. De façon générale, je pense que le public ne doit pas sentir la présence de la technique. La véritable magie serait celle qui irait de soi ; il faut donc tendre à obtenir le rendu visuel le plus épuré possible, avec une économie – apparente – de moyens et de mouvements. Tant en magie de scène que de close-up, il ne faut pas faire sentir au public l’effort que requiert la technique.

Quelles sont vos influences artistiques ?

Elles sont nombreuses, conscientes et inconscientes.

Souvent, un paysage, une exposition, une pièce de théâtre, un concert, un spectacle de cirque, un film vont m’inspirer autant voire davantage qu’un spectacle de magie. L’imagination, la beauté, la poésie qu’on y trouve font parfois naître un ressenti magique plus fort que dans les spectacles de magie « pure ». C’est bien la preuve qu’il faut conjuguer les arts, non les catégoriser.

Crédit photo : Alexander Gorski.

Le cinéma me touche particulièrement. Par exemple, la façon dont est construite une bande annonce de film est très intéressante sur le plan de la narration. Comment en quelques secondes, installer une ambiance, susciter une envie… Comment choisir une image marquante ? La bonne musique ?

Le numéro de Charly, Champion de France FFAP en 2016, ressemble beaucoup à un film d’époque qui se déroulerait en direct sous nos yeux. Il recourt à de nombreux codes de cinémas (décor, lumières, accessoires, musique), et le public voyage vraiment avec lui, comme devant un film réussi.

Quel conseil et quel chemin conseiller à un magicien débutant ?

Il lui faut profiter que nous sommes dans une époque de communication et de partage sans précédent sans toutefois tomber dans le « piège Internet » qui consiste à croire que tout l’apprentissage magique peut se faire en regardant des vidéos sur YouTube.

Une partie d’entre elles ne sont pas correctement faites et elles risquent de faire prendre des mauvaises habitudes. En tout état de cause, seul un aspect descriptif et technique est envisagé. Or la réussite du tour nécessite bien plus. Comme dit Stefan Alzaris : « on dit souvent qu’il y a un truc, en réalité, il y en a des dizaines… ».

Crédit photo : Michel Deschamps.

Est-ce qu’une vidéo sur Internet peut expliquer ce qu’est un détournement d’attention, un temps faible, une parenthèse d’oubli, un temps d’avance, comment connaître le public en face de nous et s’adapter à lui ?

Il faut aussi bien avoir conscience qu’être magicien, ce n’est pas seulement savoir faire un tour. C’est aussi trouver une façon personnelle de le présenter, l’intégrer à un tour pour essayer de mettre un peu de soi dans le tour. Je ne crois que cela puisse s’apprendre en dehors d’un échange humain, déconnecté d’Internet. Cela nécessite aussi de se nourrir d’autres influences artistiques.

Quel regard portez-vous sur la magie actuelle ?

J’observe depuis une vingtaine d’années un regain d’intérêt pour la magie de la part du public, des médias et même des institutions et c’est une très bonne chose !

Je crois que le cinéma (Le Seigneur des anneaux, Harry Potter) et la télévision (Le plus grand cabaret du monde, Incroyable Talent) ont joué un rôle dans ce regain d’intérêt. Cela fait plaisir de voir autant de spectacles à l’affiche, autant de Festivals organisés dans le pays. Plusieurs magiciens se produisent désormais au Festival d’Avignon, et aussi sur des scènes publiques subventionnées. C’est un phénomène assez récent.

Crédit photo : Clément Debailleul.

L’un des défis que doit relever la magie actuelle est de ne pas laisser les nouvelles technologies devenir plus magiques qu’elle. La miniaturisation des émetteurs électroniques, les drones, les objets connectés sont aujourd’hui capables de produire des prouesses relevant du répertoire traditionnel de la magie (mentalisme, lévitation…). Ces technologies sont tellement entrées dans le quotidien qu’elles peuvent déformer la perception du spectateur qui assiste à un spectacle de magie. Il est important que le magicien prenne en compte ce biais lorsqu’il écrit et met en scène son spectacle. Thierry Collet l’a très bien compris dans son spectacle Je clique donc je suis.

Quelle est l´importance de la culture dans l´approche de la magie ?

Elle est essentielle pour ne pas oublier que nous n’inventons rien, ou si peu… Combien de produits magiques présentés comme « nouveaux » sur le marché sont en réalité fondés sur des techniques existantes qui avaient simplement été oubliées ? Les magiciens n’ont pas toujours le réflexe de s’interroger sur la paternité et les sources de ce qu’ils pensent avoir découvert. C’est le point de vue que je défends dans ma thèse de doctorat.

Il serait bon que puisse exister un bureau de la SACEM spécialement dédié aux magiciens, et qui essaierait – l’entreprise est difficile – de recenser la paternité des différents grands principes et méthodes magiques.

Certains magiciens et historiens se sont attelés à ce travail d’identification de notre culture magique. Le travail réalisé par Philippe Billot et Pierre Guedin pour leur ouvrage Naissance et évolution des thèmes magiques est à ce titre remarquable.

Vos hobbies en dehors de la magie ?

Voyager, loin ou pas, lire, voir toutes sortes de spectacles, pratiquer la danse, en particulier le rock et la salsa ; une belle façon de lier le sport à l’artistique… Les parcs d’attractions, les escape games et les sports à sensation font aussi partie de mes occupations favorites !

- Interview réalisée en novembre 2017.

A visiter :
- Le site de Guilhem Julia.

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Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 28 novembre 2017.
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