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GRAND FRACAS ISSU DE RIEN / Cabaret spectral

Théâtre 71 (Malakoff, 6 février 2015).

Création collective et Concept : Pierre Guillois Assistanat artistique : Stéphanie Chêne

Avec

Interprétation numérique : Claire Bardainne. Gymnastique : Younesse El Hariri. Chant : Sevan Manoukian. Jonglage et informatique : Adrien Mondot. Jeu : Dominique Parent (interprète des textes de Valère Novarina). Percussions : Benjamin Sanz.

Grand Fracas issu de rien, dit Pierre Guillois avec clarté, est un cabaret, en cela qu’il réunit des artistes aux métiers variés et complémentaires qui vont produire une série de numéros, dont une des vertus doit être de nous impressionner pour assurer le minimum de divertissement que l’on est en droit d’attendre d’un spectacle qui revendique cette touche de music-hall.

A l’origine, le mot cabaret désignait un endroit où l’on pouvait boire et/ou manger, mais cette forme de spectacle/patchwork n’est pas si ancienne, puisqu’elle remonte à la fin du XXème siècle ; à Paris d’abord, il est appelé café-concert, avec, entre autres, Le Chat noir, le Moulin-Rouge et Les Folies-Bergère, où on peut voir à la fois des numéros de chanteurs, jongleurs, clowns, humoristes, danseuses… Puis, inspirés du cabaret Voltaire de Zurich, se multiplièrent à Berlin dans les années 1920, ces cabarets étaient aussi le rendez-vous d’écrivains, artistes et peintres d’avant-garde. A Paris : Alphonse Allais, Jean Richepin, Aristide Bruant, Toulouse-Lautrec, puis les cubistes, et à Berlin, les dadaïstes. Fréquentés par des publics à la fois populaires et bourgeois, ils étaient aussi souvent devenus des endroits de contestation politique et satire sociale, dont la fréquentation ne cessa de connaître des hauts et des bas, en fonction des aléas de l’économie...

A Paris, dans les années 1960, les cabarets sont alors plutôt des bars du soir comme Le Port du salut, Les trois Baudets, L’Echelle de Jacob ou encore l’Ecluse qui accueillent de jeunes chanteurs et comédiens. Entre autres : Barbara, Suc et Serre (le merveilleux Jules de Jim et Jules), Philippe Noiret, (ancien membre d’un chorale d’enfants) qui, avec Jean-Pierre Darras, tape allègrement sur les hommes politiques de l’époque : Charles de Gaulle, Michel Debré ou André Malraux.

C’est un peu cette tradition de numéros juxtaposés que Pierre Guillois a voulu faire revivre mais en la mettant au goût du jour, avec un souci de l’excellence, et le sens de l’image qu’on lui connaît. Les numéros d’artistes ici se complètent souvent : ainsi Benjamin Sanz frappe une calebasse pour accompagner le jongleur virtuose Adrien Mondot, qu’observe d’un beau regard complice, Sevan Manoukian, une soprano colature, d’abord en grande robe rouge pailletée, à la fois émouvante et drôle, et tout aussi à l’aise, assise, couchée sur le plateau, ou allongée sur des barres parallèles, qui chante très bien Pergolese et Glück.

Il y a aussi un étonnant gymnaste, Lucas Antonelis qui semble défier les lois de la pesanteur, qu’il soit aux agrès, marchant sur les mains aux barres parallèles, ou virevoltant sur un cheval d’arçon. Et enfin, Dominique Parent, bon comédien qu’on a vu souvent chez Valère Novarina, et qui se lance à corps perdu dans un monologue du poète, avec une magnifique énumération de villes et de métiers, réels ou imaginaires. Et c’est encore Benjamin Sanz qui ponctue, à la batterie, cette orgie de mots, relancée par une courte phrase qui s’inscrit en même temps sur l’écran.

Dominique Parent, à l’abri sous son parapluie, regarde aussi tomber des lettres qui tombent comme de la neige et s’accumulent en merveilleuse image, des lettres ou des mots lancés sur un écran de tulle, à partir de deux tablettes, par Claire Bardaine, scénographe sortie de l’Ecole nationale des Arts décoratifs qui, avec Adrien Mondot le jongleur, a inventé une sorte de langage scénique, alliant graphisme né de l’informatique, et scénographie. Brillantissime exercice qui allie poésie visuelle et orale. Et loin, très loin des plates vidéos, dont se contentent généralement les metteurs en scène de théâtre, éblouis de montrer des personnages sortant de scène pour aller dans leurs loges, ou autres âneries du même genre…

Ce nouveau cabaret conçu par Pierre Guillois est un bon exemple d’un nouveau type de spectacle, à la fois jubilatoire et intelligent. Au chapitre des réserves, quelques erreurs de pilotage que Pierre Guillois pourrait et devrait rectifier au plus vite : d’abord la longueur d’un des numéros de jonglage, et surtout, la vitesse excessive à laquelle Dominique Parent dit un monologue de Valère Novarina, ce qui le rend souvent incompréhensible ; même si c’est intentionnel, cela ne fonctionne pas, c’est dommage et nuit à l’unité comme à la beauté de ce spectacle.

- Source : Le Théâtre du Blog.

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Auteur : Philippe du VIGNAL


Mise à jour effectuée le : 12 février 2015.
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ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

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