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FREGOLI par SAVARY

Théâtre de Chaillot (Paris, avril 1991).

Les mystères de l’incarnation (par André Camp)

POURQUOI le théâtre attire-t-il tant de pratiquants ? Sait-on que leur nombre excède celui des spectateurs ? Pourquoi ? Mystère. En fait, ce n’en est pas un. Si tous ceux qui « pratiquent » le théâtre s’y rendaient, son problème (économique) serait résolu. Pour beaucoup, le théâtre ne représente pas un art de vivre ou un art de la vie. Il est considéré, en quelque sorte, comme une thérapie. Il permet, par la pratique sans but lucratif, de se libérer de ses fantasmes, de trouver — ou retrouver — son identité. Or, le meilleur moyen pour cela est d’en changer. On oublie (ou on se réalise) en incarnant d’autres personnages. Exercice fascinant. On comprend pourquoi les cours d’art dramatique sont envahis, encombrés, de jeunes frais émoulus de nos lycées ou autres établissements scolaires qui pensent, ainsi, s’affirmer sous le masque de la comédie. Car c’est bien de masques dont il s’agit. « Ce n’est pas moi, c’est lui ! », affirme le gosse pris en flagrant délit... de bêtise. Aussi, quand on a la chance de pouvoir changer de masque, quel bonheur, quelle jouissance ! On est soi et on n’est plus soi. On est l’autre et une foule d’autres ! Le miracle remplace le mystère. Pour l’acteur professionnel, c’est le rêve, le couronnement. Le plus beau rôle est celui qui permet de se démultiplier, d’incarner, non pas un seul personnage mais plusieurs personnages, toute une famille, toute une humanité, tout un monde. N’est-ce pas un monde d’être un monde ?

A lui seul, Fregoli, le premier, a réalisé ce rêve. Le premier, il a percé le mystère de l’incarnation en la poussant à ses plus extrêmes limites qui sont celles de la démesure. Mais la démesure n’est-elle pas la pierre angulaire du théâtre, celle sur laquelle repose tout l’art dramatique ? Après Sophocle, après Shakespeare Fregoli l’avait bien compris. Et cela, en utilisant son corps, son aspect extérieur qu’il variait à l’infini, à travers ses déguisements. Le rêve, en quelque sorte, de tous les enfants, de tous les coeurs simples. Toujours prêts à s’émerveiller... Il y a de quoi s’émerveiller, en effet.

Leopoldo Fregoli

Oyez ! Au début du XXème siècle, un jeune artiste italien de 33 ans triomphe à Paris. Il s’appelle Leopoldo Fregoli et il est né à Rome, près de la fontaine de Trévi, en 1867. Pendant dix mois il remplit, chaque soir, la grande salle de l’Olympia. Seul en scène, il interprète près de cent personnages différents. Il possède 800 costumes et 1200 perruques. Il dispose d’une équipe de 23 personnes, des électriciens aux habilleurs. Depuis une quinzaine d’années il parcourt le monde avec son spectacle, de Rome à Buenos Aires et New York, de Lisbonne et Londres à Saint Petersbourg et Berlin. A Lyon les frères Lumière lui ont offert un appareil de projection. En voyage, son matériel remplit 370 caisses rangées dans 4 wagons qui pèsent 30 tonnes. Pour se transformer, chaque soir, il parcourt 24 kilomètres entre la rampe et les coulisses. Il gagne 75000 francs par mois, alors qu’un ministre de l’époque n’en gagne que 10000 dans toute l’année. Le séjour à Paris marque l’apogée de la carrière de Fregoli. Une carrière exceptionnelle, unique, qui devait se terminer au Brésil en 1924. Quant à sa vie, elle s’achève, en 1930, là où elle avait commencée 70 ans plus tôt. Sur sa tombe, dans le cimetière de Verano à Rome, on peut lire : "Qui Leopoldo Fregoli compi la sua ultima trasformazione". Sa dernière transformation ? Certes, non. Puisqu’en 1991 Jérôme Savary, Patrick Rambaud et Bernard Haller le ressuscitent sous ses innombrables aspects. Pour notre plaisir. Et le vôtre. Avec eux, avec nous, percez à votre tour le mystère de l’incarnation.

Le projet théâtral

"Fregoli le transformiste enlève son masque dans un coin de sa loge. Dans la salle, le public applaudit encore. Lui est triste, et amoureux, "sans mon masque je suis banal, terriblement banal". A travers cette histoire simple nous avons voulu rendre hommage à l’univers de ceux qu’on appelle, avec un peu de condescendance "es fantaisistes", ces artisans de l’imaginaire qui remplissaient les salles pendant des mois au début du XXème siècle, faisaient un petit numéro entre deux films, et qui ont presque disparu aujourd’hui... Salut l’artiste !" Jérôme Savary.

Hors normes

En hommage au célébrissime transformiste Fregoli, Jérôme Savary, Bernard Haller et Patrick Rambaud ont brodé en 1991 une comédie construite autour de ce personnage devenu légendaire. "Frégolisme" n’est-il pas aujourd’hui un terme communément utilisé ? Ils le font revivre en inversant les proportions qui régnaient sur scène lors de ses spectacles : au lieu d’être seul sur le plateau quand 25 servants s’affairaient dans les coulisses, à Chaillot, une quinzaine de comédiens mènent le spectacle du Trianon-Concert, tantôt côté public, tantôt côté coulisses, à la villa d’Auteuil d’une célèbre demi-mondaine de la Belle Epoque, Liane de Pougy, en passant par Venise qui découvrit le 7ème art à travers le frégoligraphe, une invention de Fregoli, antérieure aux trucages de Méliès.

Fregoli est le fruit d’un véritable travail d’équipe mené de front et dans l’urgence. Ecriture (Rambaud et Haller), mise en scène (Savary), décors, effets spéciaux, costumes et masques (James Hodges), réalisation technique (ateliers de construction et de costumes de Chaillot, atelier Mine Barral-Vergez, Plastic Studio, etc.) : tout a été monté simultanément. Ce que Fregoli a créé en dix ans, l’équipe de Chaillot l’a réalisé en quatre mois, dont seulement deux sur scène. Loin du spectacle de prestidigitation traditionnelle, moins long et plus rapide que les authentiques spectacles de Fregoli, la poésie et la magie ont été délaissé au profit du spectaculaire. La pièce a nécessité plus d’effets et de trouvailles que n’en demandaient les spectateurs du Fregoli en 1900. Car aujourd’hui, accoutumé aux effets vidéo et cinématographiques, le public est plus difficile à surprendre. En 1900, un magicien effectuait cinq à six tours en 45 minutes, désormais, les magiciens réalisent jusqu’à 25 tours en neuf minutes...

Bernard Haller incarne Fregoli.

Bernard Haller rêvait depuis trente ans d’incarner, un jour, Fregoli trop longtemps oublié. Le spectacle de Fregoli est simple, sans propos métaphysique, il cherche juste à distraire les gens. C’est aussi l’évocation de la fin du music-hall et des débuts du cinéma qui l’a peu à peu supplanté.

Ecrire au jour le jour

"Nous n’avons pas cherché à reproduire le spectacle authentique de Fregoli, nous avons, avec Bernard Haller, élaboré un spectacle autour de quelques épisodes marquants de sa vie." dit Patrick Rambaud.

"Ce que nous voulions, c’était redonner une image de ce qu’avait été ce personnage. En extrapolant à partir d’un fil conducteur, un marivaudage en confetti, sans rester complètement fidèle à l’histoire." dit Haller.

“Tout ce que nous avons écrit a été réadapté en fonction du jeu des comédiens, comme l’intégration de chansons souhaitées par Marc Dudicourt (Meilhac) et des exigences de la mise en scène. Le texte de départ était entièrement conçu en alexandrins, pas moins de six moutures, ont été réécrites en deux ans. Finalement, au moment de la mise en scène, des blocs entiers de textes ont été déplacés et écrits au jour le jour, pour soutenir le rythme du spectacle et parfaire les effets de transformation." explique Patrick Rambaud.

Un spectacle plus rapide et plus diversifié que les représentations du transformiste. Pour écrire cette comédie sur la vie de Fregoli, Bernard Haller et Patrick Rambaud se sont inspirés de son autobiographie, dont une édition a été retrouvée dans une bibliothèque romaine - traduite et adaptée par Rambaud dans Les Mirobolantes aventures de Fregoli, et du livre de Jean Nohain et F. Caradex. Savary lui, a noirci tous les traits.

Quick Change / Innover les trucs

"L’histoire est un vrai puzzle. Les nombreux changements de décors, et la multitude de personnages, treize comédiens pour incarner 57 rôles, ont fait que tout s’est articulé empiriquement. Il fallait mettre en situation les transformations et la magie à travers la comédie. On inventait n’importe quoi. Et l’on se disait que James Hodges trouverait une solution miracle." explique Bernard Haller.

Tout le spectacle repose sur le changement rapide des costumes (Quick Change). Tout se joue au quart de seconde près. Il suffit d’un rien pour tout faire échouer. Le fil du HP coincé dans une bretelle ou une braguette cassée, empêchant de tomber le pantalon, auraient pu suffire à faire capoter des séances. La collaboration des habilleuses en coulisse est précieuse. Au point qu’Haller se compare à un boxeur sur le ring, sans cesse entouré de ses deux entraîneurs qui lui offrent, qui une bouteille d’eau, qui une serviette, pour arriver au bout du match.

Dessin préparatoire de James Hodges.

Il a fallu un mois de travail sur une machinerie inveritée pour favoriser la rapidité des changements de costumes où interviennent les habilleuses classiques bien sûr, mais aussi un serrurier, un menuisier, un maroquinier... Car tous le monde travaillent à mettre en scène une pièce et non une succession de saynètes. En effet l’alternance fait la loi sur la scène : non seulement celle du comédien en situation et de l’homme du monde, du citoyen, mais celle du comédien jouant tantôt un rôle de femme, tantôt un rôle d’homme. C’est le personnage multiple. Dans les productions de Fregoli lui-même, il y avait 1 personnage sur scène... et 25 dans les coulisses ! Même s’il dit nous montrer l’envers du décor, la magie garde tous ses droits avec James Hodges.

Bernard Haller croqué par Hodges.

“Avant même de commencer l’exécution des costumes, il a fallu envisager l’ordre des transformations. Dans quel sens passer de l’un à l’autre pour que cela soit le plus rapide possible ? Une fois fabriqués, les costumes ont subi des modifications au cours des répétitions. C’est parfois extrêmement dur car, sur le collant de base, j’ai, dans certaines scènes jusqu’à cinq peaux différentes." dit Bernard Haller.

C’est en effet le cas pour l’interprétation des Misérables où Fregoli se transforme successivement en père Thénardier, en mère Thénardier, à nouveau en père Thénardier, en Victor Hugo, puis enfin redevient Fregoli. "Le plus gros travail d’acteur a résidé dans la mise en place des illusions, pour que la technique et la mécanique disparaissent totalement. Le geste où j’arrache la canne de derrière l’écran dans le frégoligraphe a nécessité beaucoup de répétitions pour que cela donne la sensation que cela vienne de soi-même." explique Haller.

Dessin préparatoire de James Hodges.

Il existe très peu de documents historiques permettant d’analyser les trucs employés par le transformiste Fregoli : les costumes ont disparu, aucun dessin n’a été retrouvé, seules quelques photos de spectacles et un de ses films Fregoli en coulisses que l’auteur sonorisait sur scène avant l’heure du parlant, ont pu être dénichés.

Les trucs dévoilés dans le film qu’utilisait Fregoli pour montrer aux spectateurs incrédules certains de ses changements de costumes, n’ont pas été utilisés par James Hodges, concepteur des décors, costumes et effets spéciaux du spectacle.

Dessin préparatoire de James Hodges.

"Rien ne dit que ces images rendent compte des trucages de Fregoli. Le film donne une indication, il montre des costumes bâtis grossièrement que Fregoli décousait en tirant sur un fit (ou lacet) très rapidement. L’utilisation d’un tel procédé est inimaginable aujourd’hui, il faudrait des dizaines de couturières pour recoudre chaque jour l’ensemble des costumes. En fait, dans les spectacles de Fregoli, pour un homme seul sur scène, trente personnes étaient en coulisse. On a inventé un système à partir de deux images souvenir, celle du comédien du Bal des Vampires qui saute directement de son lit dans son pantalon, et celle des pompiers qui gardent toujours leurs bottes enfilées dans le bas du pantalon. Mais les pantalons de Fregoli sont étroits, suivant la mode de l’époque ; il a donc fallu trouver une solution. Six prototypes de l’appareil, fabriqués à Chaillot, ont été nécessaires pour arriver à l’objet final." explique James Hodges.

Ce système ne fait que masquer la complexité des autres costumes réalisés par Mine Barral-Vergez pour Fregoli, et par l’atelier de couture du théâtre de Chaillot pour la vingtaine d’autres costumes destinés aux autres comédiens. L’atelier Vestir a fait les costumes d’hommes et Nicole Laler les chapeaux.

Les costumes truqués ont été une première divertissante pour Mine, plus experte en réalisation de costumes pour le music-hall (Lido, Moulin Rouge, Paradis Latin), pour la danse (Garnier), l’opéra (La Bastille) et les grands shows (Vartan, Greco, Barbara, Mouskouri...). Gilet cousu sur le maillot, tablier qui se déroule sur le jupon, longueur de la robe variable, ouvertures dans le dos, cape, chapeau et sac cousus ensembles, perruque et costume indissociables, cape et demi boléro qui ne font qu’un...

"Nous avons commencé à travailler trois mois avant le début des répétitions, et fait de longues séances d’habillage avec Bernard Haller qui venait essayer huit à dix costumes chaque semaine en testant les transformations. Les essais étaient réalisés avec James Hodges avec qui nous décidions de changer des détails : la largeur des emmanchures a été amplifiée, les tissus ont été renforcés de l’intérieur avec des laitons pour les rigidifier et faciliter leur enfilage..." explique Mine.

Dans l’atelier de couture du théâtre de Chaillot, une douzaine de personnes ont été mobilisées pour la réalisation et la mise au point des habillages.

“Bernard s’exerçait à grappiller une seconde à chaque changement de costume, en enfilant d’abord le bras droit, plutôt que le bras gauche. Six habilleuses sont chaque soir en coulisses pour le spectacle. Des portants ont dû être trafiqués pour que les costumières ne soient pas visibles du public. James Hodges nous a fait confiance pour confectionner les costumes. On faisait un échantillonnage de matière et de couleur, que Savary pouvait décider de changer à la dernière minute. C’est l’esprit de la pièce qui voulait ça. Certains costumes de Mouss (Gédéon) déjà réalisés, devaient même être écartés, il a fallu marchander pour les avoir tous les trois sur le plateau." explique Josette Planet, la chef costumière.

Dans les deux pièces aveuglent qui servent à l’entretien et à la couture des costumes pour les deux salles de Chaillot, les sept habilleuses permanentes effectuent des activités des plus électriques : de la chaussette, au chapeau, en passant par la marionnette ou la bâche de camion. Au total cent costumes ont été confectionnés pour une quarantaine de métamorphoses. Des transformations basées sur le principe de l’accumulation. Les vêtements enlevés les uns après les autres puis réaccumulés, aimants, bandes Velcro, corde à piano (chère aux magiciens), tous les systèmes d’attache que les couturières n’apprécient guère ont été employés.

Tomber les masques

La vingtaine de masques de Fregoli a été réalisée par Plastic Studio. "Nous avons d’abord réalisé des masques entiers, d’après les maquettes de James Hodges. Puis au fur et à mesure, nous avons réduit leur surface pour que Bernard Haller puisse être reconnu. Ces masques n’ont pas été réalisés de manière classique, en latex. Car le procédé est trop fragile pour ce genre de spectacle. Ils ont été thermoformés." explique B. Bourdeu.

Le procédé est plus coûteux, mais il est rare de les refaire. Ils sont suffisamment solides pour partir en tournée. Deux jeux seulement ont été réalisés, un pour les répétitions, l’autre pour jouer.

La fabrication en thermoformage, procédé plus souvent utilisé pour les armures, nécessite deux étapes de fabrication de plus qu’un masque traditionnel. L’empreinte est effectuée avec de l’Alginate qui permet de garder les yeux et la bouche ouverts. Le moule en terre sert ensuite pour le thermoformage à base de feuille de plastique indéchirable, réalisé chez un industriel, ce qui impose des délais assez souples. Du feutre est ensuite posé à l’intérieur. Calotte, calotte et haut du visage, calotte, haut du visage et barbe... les masques, pour la plupart tiennent par la forme du crâne. Tous les autres éléments résinés ont été faits en Kevlar. Le principe est identique aux résines stratifiées, mais la stratification est plus délicate. Le procédé est emprunté à l’aéronautique qui l’emploie pour sa légèreté et sa solidité. Le buste du machino, la main de Torquato et les mannequins ont été faits avec cette technique. Les nombreuses manipulations durant le spectacle et le projet de tournée ont motivé ce choix.

En Tournée

Pour partir en tournée, un certain nombre d’éléments de décors ont été abandonnés ou transformés. Il n’y aura plus de praticable, d’escalier et d’armoire en cour. Il devrait y avoir deux danseuses en moins. La Grande Illusion, devrait, en revanche, être conservée, ce qui réduira les lieux d’accueil possibles. "Les décors ont été réduits dès le départ en vue de pouvoir tourner. Et les effets sont conçus avec des trappes verticales. Il suffit que les théâtres soient équipés de cintres et disposent de neuf à dix mètres d’ouverture et d’une profondeur de scène conséquente. La gondole du final sera toutefois remplacée par une taule découpée.” précise James Hodges.

Le plus gros danger devrait être lié à l’absence de l’atelier de couture sur la tournée, ainsi que la réduction du nombre d’habilleuses. Le moindre aléa, comme des costumes brûlés lors de l’entretien par une société privée, serait difficile à surmonter. Mine et l’atelier de Chaillot en savent quelque chose, eux qui ont dû, au dernier moment, reconfectionner les costumes endommagés. Les dégâts étaient certes moins importants que ceux causés par l’incendie qui ravagea en une nuit l’intégralité des costumes et décors accumulés pendant dix ans par le vrai Fregoli... et qu’il parvint à refaire faire en une semaine, en mobilisant tout Paris !

Viens voir, les magiciens...

Savary dans le rôle d’Astor le magicien dans Bye Bye Showbiz (1984).

"Ce que j’aime dans Fregoli, c’est qu’il représente une race d’artisans du spectacle, qui disparaît. Les premiers artistes à avoir utilisé le cinéma sont les magiciens. Quand ils ont vu les premières machines à projection, ils se sont dit qu’ils pouvaient les utiliser d’une façon formidable pour le spectacle. Puis, le public, petit à petit, s’est passionné pour le cinéma, a marginalisé le magicien au profit du film. Ils se sont laissés dévorer par ce qu’ils avaient inventé. Fregoli avait inventé une machine pour Méliès. Dans le spectacle, avec Christian Fechner nous créons un numéro de magie avec un projecteur de cinématographe. Cette histoire est tout à fait symbolique sur les techniques modernes du cinéma, de l’audiovisuel qui, petit à petit, ont dévoré les oeuvres, les artistes, les artisans du music-hall. Il y a quelque chose de désuet, dans les numéros de magie manuelle. Il faut des années pour faire un bon magicien ; et ce sont des professions qui disparaissent. C’est pour ça que j’avais programmé à Chaillot un ventriloque, on s’était moqué de moi, au début. Ce spectacle plein de poésie a fait salle comble, émerveillant les petits comme les grands. J’aimerais inviter chaque année quelqu’un, de ces professions, parce que ce sont des professions menacées. Au début du siècle, il y avait énormément de cafés-concerts, de music-hall, dans les cinémas, à l’entracte, on avait des numéros entre deux films. Ce que j’aime dans le théâtre dans ces professions du music-hall, de l’illusion, de la magie, y compris les stripteaseuses, les danseuses de cabaret, les numéros d’animaux, de gens de cirque, c’est que ce sont des personnes qui œuvrent avec leurs mains, sans l’aide d’aucune machine, et ces gens-là n’ont plus de lieux pour présenter leurs numéros... ou presque plus, à part le Crazy Horse, ou le Moulin Rouge." Jérôme Savary.

A lire :
- L’interview de Fregoli.
- Leopoldo Fregoli, profession : transformiste.

Crédits Photos : BNF, Daniel Cande. Dessins : James Hodges, collection privée. Tous les documents et archives sont proposés sauf avis contraire des ayants-droit, et dans ce cas seraient retirés.

Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 2 juillet 2014.
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ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

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