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ÉLOGES A L’ART SUBLIME DE LA PRESTIDIGITATION

Extrait de la revue L’Illusionniste, N°64 d’avril 1907.

Qu’y a-t-il de plus beau au monde comme divertissement qu’une belle séance de prestidigitation ?

il n’y a rien, rien, absolument rien. Comme beauté, rien ne lui est comparable, et comme art c’est tout ce qu’il y a de réellement supérieur : c’est un art bien autrement intéressant qu’on ne se l’imagine ordinairement, car les personnes qui assistent a ce genre de spectacle ne sont pas toujours des enfants, ce sont des personnes sensées qui raisonnent et qui pensent.

Nul art donc ne pourrait rivaliser avec la prestidigitation, et nul mieux que le prestidigitateur, ne saurait distraire et intéresser un public sérieux et intelligent. Donner l’apparence de la réalité à des choses impossibles, ce n’est pas donné à tout le monde, il faut des années d’études que seuls peuvent se permettre les artistes qui en ont consacré leur existence.

La prestidigitation seule donc est digne d’être appelée la reine des arts ; c’est le titre qui convient le mieux, on ne peut donc nier la justesse de l’expression choisie ; c’est aux personnes les plus éclairées de juger sa beauté et sa réelle valeur.

C’est art si éminemment théâtral et qui n’est pas assez apprécié comme il devrait l’être, fera toujours la joie des yeux en même temps que le plaisir de l’esprit lorsqu’il sera porté à son extrême puissance. C’est alors que le public saisi par le charme de sa beauté, se demande par quels prodiges d’adresse et par quelle fécondité d’imagination on a pu accomplir de telles merveilles.

Que c’est beau une séance de prestidigitation ! Je ne connais pas au monde d’art plus digne d’intérêt, c’est l’impossible réalisé, c’est le dernier mot du merveilleux, c’est le suprême raffinement du sublime, c’est tout ce que l’imagination de l’homme a pu rêver comme beauté, c’est un spectacle qu’il faut avoir vu pour s’en convaincre, je dirais même qu’il est le plus beau qu’il soit donné à l’homme d’admirer.

La prestidigitation ne serait pas la reine des arts, si tout ce que l’on y voit ne touchait pas au merveilleux, et si l’artiste ne possédait pas toutes les qualités que le spectateur intelligent doit exiger de lui.

Le premier qui a fait de la prestidigitation ne se serait jamais douté d’avoir ouvert la route a un art divin ; il mérite donc d’être mis au-dessus de tous ceux qui après lui ne l’auront que rectifié, perfectionné, élevé ; croire le contraire, c’est anéantir le vrai. Aucun prestidigitateur jusqu’à présent n’a su caractériser d’une façon si éloquente cet art si productif en merveilles, et c’est vraiment irrévérencieux de la part de Littré, Larousse, Bécherelle, Lachàtre, Letellier et tant d’autres qui d’un air dédaigneux et avec un dévergondage sans pareil, ont osé nous traiter dans leurs dictionnaires, d’escamoteurs, de joueurs de gobelets, de faiseurs de tours de passe-passe, d’imposteurs, d’histrions et même de marchands d’orviétan. Et les gens simples, trop nombreux, ont cru à ces titres, n’osant pas même supposer que des hommes qui avaient appris tant de choses, pouvaient se trompera ce point-là. Mais ce ne sont pas leurs injures qui peuvent nous blesser et nous déprécier, ni leurs attaques, ni leurs critiques qui ôteront sa beauté à la reine des arts.

L’homme intelligent si porté à admirer le merveilleux, ne pourra jamais être l’ennemi de celui qui a élevé à l’idéal un art comme la prestidigitation ; au contraire, il observera toujours d’un oeil scrutateur cette infinité de merveilles que le prestidigitateur seul peut produire, par son goût indiscutable et ses vastes connaissances.

Si je n’ai pas le mérite de la victoire, j’aurai du moins celui d’avoir combattu pour l’obtenir, d’avoir émis et livré à la discussion un art méconnu par des gens qui, se disant académicien ou membres de l’Institut, ont terni sa beauté par leurs souffles impurs et la faiblesse de leurs connaissances. C’est toujours un mérite d’arriver le premier. Nous sommes tellement outrés de la manière dont ils nous ont dépeints, qu’ils devraient tous rougir de honte et nous leur répondrons : zut, vous n’êtes que la moitié de rien divisée par deux, à côté de nous qui sommes le double de tout multiplié à l’infini.

Enfin, la prestidigitation est l’art le plus intéressant que le génie humain ait jamais enfanté, il serait donc déplorable de le voir tomber dans l’oubli. Que les incrédules sourient à ces éloges et que les savants secouent la tête en signe de dédain, peu m’importe, la prestidigitation a toujours été et sera toujours la reine des arts et le prestidigitateur, une lumière céleste. Le public en jugera, en conciliera ce qu’il voudra.

Si Dieu avait oublié de créer le prestidigitateur, le prestidigitateur aurait créé Dieu ; mais Dieu s’est bien gardé d’oublier de le créer, par ce qu’il se serait senti trop humilié de lui devoir son existence, et la seule chose que j’aie à lui reprocher, c’est de ne pas lui avoir donné une forme qui diffère de celle du commun des mortels, lui qui a créé tant de merveilles, qui n’a rien de semblable, ni rien d’humain, d’une essence tellement élevée qui ne peut être compris.

Ferraris FOLLETTO

Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 16 août 2012.
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ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

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