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DE LA PRESTIDIGITATION AU MAGIC BIG SHOW D’HOWARD THURSTON

par Jacques Ayroles et Guisy Pisano.

Communication donnée dans le cadre du Colloque Machines, Magie, Médias de Cerisy-la-Salle le dimanche 21 août 2016.

Note d’intention

Cette communication s’appuie sur le fond d’affiches du Musée canadien McCord concernant le magicien Howard Thurston. L’objectif est de tenter de faire parler ces archives afin de cerner ce qu’elles peuvent nous raconter sur la carrière de ce magicien, ses choix stylistiques en continuité avec l’art magique — notamment celle incarnée par Harry Kellar — et ceux marquant une évolution vers une certaine modernité.

Thurston a été à l’origine des plus grands shows de l’histoire de l’art magique entre les années 1919 et les années 1920. Il a exploité les possibilités artistiques et industrielles que le théâtre, la musique, le cirque, le cinéma et la radio lui offraient. Par ces croisements, l’art magique se transforme et dépasse le modèle de la prestidigitation, considéré à l’époque démodé, pour faire place au spectacle illusionniste. Après avoir été le King de la Rising Card entre 1900 et 1907, Thurston devient le Roi du « spectacle mixte », un spectacle qui pourrait être défini « d’hybride » à l’ère du numérique.

Introduction

A travers l’étude de 200 documents de 1907 à 1932 et des travaux de Robert E. Olson et Jim Steinmeyer, Jacques Ayroles et Guisy Pisano nous proposent de décortiquer la symbolique de certaines affiches emblématiques de Thurston pour comprendre l’évolution de l’iconographie et de l’histoire des formes de spectacle.

La lithographie

Au fil du temps, la lithographie évolue techniquement et culturellement. C’est un vecteur publicitaire mais aussi un cadre artistique pour des artistes reconnus (les lithographies sont signées par les imprimeurs). Techniquement, l’affiche est passée de la litho (plaque de zinc, 1910) à l’offset (1920) aux Etats-Unis.

L’image de Thurston

Les affiches de Thurston ont un style bien défini où le travail de l’imprimeur est primordial. Ce style suit l’évolution des spectacles de Thurston et reprend la tradition instaurée par Harry Kellar, dont les similitudes sont frappantes. Il y a d’ailleurs une continuité entre les deux hommes, l’un achetant le matériel et le répertoire de l’autre.

Thurston quitte son portrait en médaillon quand il devient célèbre et adopte la posture encadrée par deux diablotins qui lui chuchotent à l’oreille. Ces derniers représentent des passeurs entre le monde occulte des esprits et le monde réel des spectateurs. Ils sont les messagers d’un monde à l’autre.

Le motif du diable complice, apparu vers les années 1910, revient dans beaucoup d’affiches de magiciens comme Dante, Blackstone, Carter, Tampa, jusqu’à Ricky Jay de nos jours. On peut y voir le célèbre mythe de Faust : le savoir absolu qui est transmis ou le côté « diabolique » d’un tour de magie.

Exemple de l’affiche The wonder show of the univers (1916) où Kellar est derrière un énorme livre.

L’affiche Kellar’s successor (1908) montre la transmission de Kellar à Thurston dans un cérémonial sérieux. Trois petits personnages scrutent la scène et peuvent être considérés comme des sceptiques de la science ou des divinités représentant la destinée humaine de la naissance à la mort. Les diablotins sont chargés des sciences et des savoirs. Thurston, habillé comme un aristocrate, tient à la main son nouveau titre. Son père spirituel Kellar le couvre d’un manteau de magicien. Des spectateurs sont visibles et assistent à la cérémonie ainsi qu’une chouette, symbole du savoir. La complicité avec le diable est évidente et rappelle le Méphisto de Georges Méliès.

Les spectacles de Thurston

Chez Thurston, il y a une volonté de démystifier ses tours exécutés sur scène, une volonté d’explication apparente vis-à-vis de son public qu’il veut complice de ses illusions.

Thurston a énormément publié et écrit jusqu’à sa biographie My Life of Magic en 1929. Il a réalisé des interviews où il expliquait son travail et faisait découvrir son atelier semblable à un studio de cinéma rempli d’ouvriers, une sorte de laboratoire (voir à ce propos Magic and how it is made dans Popular mechanics en 1927). Ces textes laissent néanmoins le lecteur dans l’opacité de la compréhension des « trucs ».

Thurston a besoin d’un savoir-faire scientifique et pense son spectacle comme une industrie. Il privilégie les machineries et les constructions mécaniques pour atteindre la perfection n’hésitant pas à se faire entourer de charpentiers, mécaniciens et peintres.

Ses spectacles étaient une succession de numéros de magie mise en scène et digne des meilleurs vaudevilles de l’époque (le vaudeville a des similitudes avec le spectacle de magie puisque ce dernier avait pour but d’attirer les familles et les femmes). On y voyait des lévitations, le célèbre tour de la corde hindoue, des femmes coupées en deux…

Thurston était entouré d’une dizaine d’artistes et d’une importante machinerie. Ses numéros étaient somptueux et se comptaient au nombre de 17 divisés en 3 parties pour une durée totale d’environ 3 heures. Autour de lui s’afféraient 16 assistants, un directeur musical, des costumières, des machinistes, des spécialistes en effets spéciaux.

Son show de 1925 mettait en scène trois illusions exceptionnelles : Beauty, Phantom princess et Mystic follies. En 1928, son show se terminait par l’incroyable disparition d’une voiture The vanishing Whippet.

Il mit au point de nouvelles illusions comme le Mystic tube dans une pièce musicale dansante, et un trucage optique diabolique All out of a hat.

Avec cette dernière illusion, les affiches de Thurston changent et mettent en avant les numéros et le staff. C’est un véritable travail d’équipe que les programmes relayent avec ses 48 personnes ! Le succès étant, d’autres magiciens comme Dante et Tampa seront débauchés pour répondre à la demande des spectateurs en créant des troupes itinérantes.

Thurston a été avant-gardiste dans l’utilisation du disque dans ses spectacles, dans les salles de cinéma (spook show) et à la radio. Ses qualités d’orateur ne laissaient pas indifférent et un certain Orson Welles s’en souviendra, notamment, pour son célèbre épisode de La Guerre des mondes à la radio en 1938.

Documents : Musée Mc Cord, Jim Steinmeyer. Tous les documents et archives sont proposés sauf avis contraire des ayants-droit, et dans ce cas seraient retirés.

Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 27 septembre 2016.
MENTIONS LEGALES :

ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

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