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Cie RASPOSO / Morsure

Sous Chapiteau (Dijon, le 26 mai 2015).

Ecriture, mise en scène : Marie Molliens. Assistante à la mise en scène : Fanny Molliens. Direction technique, scénographie : Vincent Molliens. Création musicale : Benoît Keller, Christian Millanvois et Françoise Pierret.

Avec : Marie Molliens, Luca Forte, Konan Larivière, Francis Roberge, Lennert Vandenbroeck, Damien Duchon et Nathalie Halley.

Musiciens : Benoit Keller, Christian Millanvois et Françoise Pierret.

Cie Rasposo

La Compagnie Rasposo, implantée en Bourgogne depuis 1987, s’inscrit dans le paysage du cirque contemporain depuis plus de vingt ans. Par la mise en valeur des techniques de cirque, elle fait appel à la sensibilité poétique du spectateur, en utilisant une mise en scène théâtrale dans laquelle l’audace ou la beauté des acrobaties, alliées à l’expression de sentiments, ne sont plus des démonstrations de prouesses, mais l’expression physique d’émotions vraies que l’on fait partager au spectateur.

Pendant ces vingt-quatre années se succèdent 15 créations dont la mise en scène est assurée par Fanny Molliens. Progressivement à partir de 1999, Marie Molliens, artiste de cirque, prend en charge la chorégraphie des techniques de cirque.

En 2009, pour la création du Chant du dindon, elle participe activement à l’écriture du spectacle en plus de son travail chorégraphique et circassien. Actuellement reconnue comme une artiste notoire, elle est sollicitée par de grandes écoles de cirque (le Lido à Toulouse, l’école Flic à Turin, Doch à Stockholm) pour donner des stages de perfectionnement dans sa discipline principale, le fil. De son côté Vincent Molliens, lui aussi artiste de cirque, a déjà pris entièrement en charge la création scénographique ainsi que la direction technique de la Compagnie. Faisant suite à l’évolution normale de la compagnie, déjà amorcée depuis plusieurs années, la direction artistique est désormais confiée à Marie Molliens.

Par une orientation résolument tournée vers l’avenir, Marie et Vincent Molliens, jeunes circassiens, mais forts d’une expérience d’une vingtaine d’années, apporteront au cirque contemporain leur nouvelle vision, avec l’aplomb d’un professionnalisme déjà longuement éprouvé.

« Mon travail s’apparente à un cirque-théâtre. C’est pour moi, une volonté de parler d’un intime qui n’est pas étroitement anecdotique ou égotique mais universel. C’est une façon théâtrale d’aborder le cirque pour donner sens à un mouvement inexorable (celui de la prise de risque), pour aller vers le sensible. » Marie Molliens.

Le spectacle

Ce spectacle de cirque contemporain, pour six circassiens et trois musiciens, a été accueilli dans le cadre du festival dijonnais Théâtre en mai pour cinq dates. Le public entre sous un chapiteau et découvre un plateau de jeu dans le brouillard où sont disposés un lavabo surmonté d’une glace, un praticable avec un vase dessus, une chaise et un grand tissu blanc accroché à une structure métallique. En l’air, une rampe de suspensions en métal avec ampoules. Une musique sourde de cordes est présente en fond sonore.

« Le chapiteau est transformé en un espace intime et violent, un lieu de compassion, une arène. On amène le spectateur à être sensible au partage du sort, en exploration intérieure, à l’intérieur de nos vies, de nos ressemblances. Nous travaillons sur les distances, les angles de vue, le point de fuite, les effets d’optique afin que la vision du spectateur et sa perception de l’espace participent à la conscience de la transparence de son rapport à l’artiste. » Marie Molliens.

Autour du lavabo

Arrive dans l’arène un homme torse nu au rythme d’une contrebasse. Une femme (Marie Molliens) avec des fleurs fait face devant lui, prend le vase et l’éclate violemment au sol. L’homme commence une série de contorsions au sol sur des rythmes de percussions tandis que la femme le regarde impassible.

Un autre homme arrive dans un cerceau et tourne en rond sur un fond sonore de siphon de lavabo où l’eau s’écoule indéniablement. Il tourne ensuite autour du 1er homme qui remet sa chemise.

La femme place un disque 45 tours de tango sur une platine et danse avec l’homme. Ils réalisent ensemble de beaux portés et des équilibres qui sont magnifiés par l’interaction de trois autres personnes, accompagnant ou contraignant certains mouvements du duo. Cette chorégraphie très rythmée est accompagnée d’une musique live et rock qui prend le pas, petit à petit, sur le tourne disque. Le premier homme part fâché…

« Ce spectacle s’efforce de représenter, dans une volonté d’extrême exigence, la façon féroce de percevoir les noirceurs des désirs coupables et des amertumes ravalées. Par l’envie de rassembler une équipe artistique concentrée et d’excellence, nous rendrons visible la manière dont un corps peut traduire, par la dynamique acrobatique et l’intensité nécessaire aux gestes circassiens, les instants où l’individu ploie sous un écrasement existentiel. Comme une exhalaison d’essence forte qui monte brutalement à la tête. » Marie Molliens.

La barre russe

Deux hommes entourent la chanteuse-guitariste qui danse en imitant le bruit de la trompette avec sa bouche. La femme circassienne revient saoule et s’adonne à la barre russe avec deux porteurs qui s’amusent à la projeter à l’horizontal puis à la verticale à l’aide d’un « réceptionniste » (le premier homme torse nu). La femme s’accroche ensuite à la rampe de suspensions tandis que la chanteuse s’active en tenant un pommeau de douche (celui de la salle de bain). Le rythme s’accélère de plus en plus et tout le groupe, mué d’une folle énergie, danse et se provoque en « Battle ».

Le soupirant

Un deuxième soupirant fait son apparition, un petit homme blond et sautillant qui fait des équilibres et des sauts sur la barre russe. La musique change de rythme et apparaissent les sangles aériennes. Celles-ci sont tirées par les deux porteurs qui commencent à se disputer et laissent tomber accidentellement l’acrobate au sol. Celui-ci se relève et danse ensuite avec la fille sur fond de violon en jouant avec la structure métallique du fond de scène rétro éclairée. Les deux porteurs continuent à « se prendre la tête » sur un côté de la scène.

Bagarre

Les deux porteurs entrent en piste et se tapent dessus dans une forme chorégraphique entre cascades et catch. La performance est impressionnante ! Arrive alors une dame en noir et la scène se termine.

« Nous évoquons la férocité des rapports humains, ces pulsions monstrueuses et ordinaires à la fois, ces instincts sauvages qui n’appartiennent qu’à l’homme. Grâce au cirque et à ce qu’il peut laisser dévoiler, nous verrons évoluer l’homme-acrobate dans un corps brut mais au travers d’un raffinement maniériste à la façon de Wong Kar Waï. Les corps circassiens représenteront lutte fratricide, amitié trahie, obsession, réalité charnelle, à la fois sous la forme brutale de la virtuosité technique mais aussi par la violence contenue de leur incarnation. » Marie Molliens.

Sur un fil

La femme revient en équilibre sur un fil au rythme saccadé de percussions et de chants chuchotés, toute sautillante entre la vie et la mort, jouant avec le vide et les abymes de l’âme. Marie Molliens, dont l’agrès est sa spécialité, est époustouflante. Un moment exceptionnel de grâce et de fragilité qui laisse le public bouche bée devant tant de virtuosité et de dramatisation.

Caméra Cinecitta

Arrive une équipe de cinéma poussant une drôle de caméra constituée d’un ventilateur sur roulette. Celle-ci tourne autour des deux jeunes vedettes blondes : le soupirant et la femme déguisée en Marilyn Monroe portant un caniche (petit moment de dressage amusant). Le réalisateur dirige son équipe avec l’énergie d’un Fellini et met en place un numéro d’équilibre qui est « filmé » à 360°.

Pendant ce temps, la structure métallique se met en place et referme progressivement l’espace de jeu…

Pris au piège

La musique résonne de façon sauvage et les grilles entourent maintenant entièrement les circassiens. La femme se débat avec le grand voile blanc et est traquée par les autres hommes. Tout le monde se retrouve en cage telles des bêtes féroces. La femme essaie de s’échapper mais est rattrapée. Le groupe tourne en rond au son de la guitare wa wa qui imite les rugissements d’un fauve.

Un grand filet tombe du haut du chapiteau et est disposé au-dessus de la cage. Tout le groupe monte sur les grilles et réussit à passer derrière la cage en finissant de placer le filet.

La dame en noir

La femme en noir arrive vers la cage et d’un coup, un tigre fait son apparition derrière le grand miroir du lavabo. L’animal rugit puis s’allonge. La dresseuse entre dans la cage et entame un magnifique ballet sur fond de violon. Ce face à face avec soi-même, avec ses propres peurs, est mille fois plus impressionnant que la présence de dix fauves en même temps (comme on le voit tout le temps dans les cirques sur fond de musique assourdissante).

« L’identité artistique de la compagnie Rasposo a toujours été de retraduire les codes circassiens originels à travers un regard actuel, théâtral et émotionnel. Dans l’esprit de poursuivre cette compréhension des traditions circassiennes, dans le sillage des précédents spectacles, je cherchais une présence animale qui traduirait à la fois cet héritage et m’amènerait vers une nouvelle évolution, un bouleversement dans l’avancée de notre travail. L’imposante beauté de l’animal, la sauvagerie contenue mais réelle, provoquèrent sur le public un moment de grâce, de fascination et d’émotion qui s’apparentait à l’hypnose. » Marie Molliens.

Ici pas de tricherie, pas de surenchère, pas d’esbroufe, pas de performance gratuite car nous sommes en présence de l’essence même d’une peur primitive à la beauté sensuelle. Une danse de mort où la respiration et les rugissements incessants du fauve laissent place à un soudain apaisement, à un silence religieux et spirituel ponctué par un violon et une guitare sèche. Les cinq circassiens reviennent autour de la cage contempler le tableau de cette terrible beauté, puis la bête quitte l’espace scénique par le grand miroir reflet et métaphore de nos peurs.

Conclusion

Morsure est un formidable moment de cirque, un beau moment d’écriture qui agit sur le spectateur comme une catharsis. L’énergie primitive du groupe et l’osmose qui s’opère entre les circassiens et les musiciens participent à précipiter le public dans une sorte de voyage hypnotique et psychanalytique. Ce spectacle agite nos pulsions monstrueuses dans un chapiteau devenu arène, configuré comme un espace intime et risqué. Marie Molliens met en scène la férocité des rapports humains, dans une forme de cirque-théâtre traversé de manière spectaculaire par des violences et des peurs contemporaines.

A lire :
- Parfum d’Est.

A visiter :
- Le site de la compagnie Rasposo.

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Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 9 juin 2015.
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