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Charles Joseph CARTER

(1874-1936).

Tandis que Kellar, Thurston et Blackstone obtenaient la célébrité, devenant les plus grands magiciens d’Amérique, Charles Joseph Carter choisit de gagner renommée et fortune comme maître magicien en faisant le tour du monde.

Entre 1907 et 1936, Carter « le Grand » effectua sept longues tournées autour du monde, divertissant rois et gens du peuple sur six continents, sans négliger quelques apparitions dans son pays natal. Né à Newcastle en Pennylvannie, Carter, qui, plus tard se surnomma « The World’s Weird Wonderful Wizard », et le « Napoléon de la magie », fit ses débuts d’enfant magicien à dix ans et voyagea un certain temps avec le Kickapoo Indian Medicine Show, qui donnait des spectacles de magie pour attirer la foule ; la foule qui restait grâce à l’appât d’un remède en bouteille supposé merveilleux et censé guérir quasiment tous les maux. A dix-sept ans, il se présentait comme : « Maître Charles Carter, le plus jeune prestidigitateur d’Amérique ». Dès ses premiers spectacles de magie, Carter gagna assez d’argent pour s’inscrire au Rockhill College, dans le Maryland, et, en 1905, il termina ses études à l’Illinois College of Law, ce qui lui permit de développer ses compétences d’artiste doublé d’un homme d’affaires coriace.

Jusqu’à la trentaine, Carter fit des tournées de music-hall aux Etats-Unis, avec un spectacle toute la soirée, puis il s’embarqua pour une série de tours du monde qui allait absorber 90% du reste de sa carrière artistique. Compte tenu de toutes les rigueurs du voyage à cette époque, il préférait le style de vie d’un magicien à l’étranger qui pouvait jouer des mois au même endroit, devant des foules enthousiastes et vivre comme un nabab, au train-train monotone des engagements du music-hall. Bien que Carter se soit produit périodiquement en Europe, en Grande-Bretagne, et aux Etats-Unis — où il inaugura le premier théâtre permanent de magie à Broadway, et un « temple du mystère » à la Foire mondiale de Chicago en 1933 (deux aventures qui se soldèrent par un désastre financier) — il voyagea beaucoup en Orient. Cela signifiait transporter vingt-deux tonnes de « massifs impedimenta » (comme disait l’une de ses lithographies les plus colorées) d’un pays à l’autre en bateau et, même, en Inde, en char à bœufs. Carter lui-même se déplaçait en grand style, dans la tradition établie par Wills Kgniht, avec un réfrigérateur et un grand klaxon extérieur, allant du siège du conducteur jusqu’aux phares avant, en forme de vipère. En 1926, après avoir achevé cinq tournées mondiales, Carter se considérait comme « le merveilleux et mystérieux mage du monde »

Carter mourut d’une crise cardiaque le 13 février 1936 à Bombay, en Inde, pendant son huitième tour du monde. Son assistante principale, Evelyn Maxwell, estimait sa santé compromise depuis qu’un éléphant l’avait écrasé contre un mur quelques mois auparavant.

On peut se faire une idée du succès de « Carter le Grand » par des extraits de lettres qui sont maintenant dans les archives Carter à San Francisco. Harry Kellar lui a écrit un jour : « Garde ton spectacle plein d’allant, Charlie, et donne-lui un petit coup de neuf tous les ans. »

Carter en costume oriental (1926).

Le 4 février 1924, Howard Thurston alors le plus célèbre magicien d’Amérique, écrivait : « Tu es sûrement le plus grand magicien itinérant que le monde ait jamais eu. Je suis certain que ton travail te plaît et que tu es plus heureux à l’écart de la vie que je le suis en dehors de mon travail. J’espère que tu gagnes plus d’argent que moi, bien que je gagne une fortune. »

Evelyn Maxwell, assistante attitrée de Carter.

Enfin, le 12 septembre 1937, Nicola, un autre magicien globe-trotter de très grand renom, écrivait au fils de Carter, Larry : « Si seulement ils savaient à quel point votre père était supérieur à Houdini en tant que magicien, quelques-uns d’entre eux seraient surpris. Mais Charles se taisait, il continuait, gagnait argent et renommée parmi les habitués payants et ne faisait pas grand-chose pour se mettre en avant dans une compagnie d’admiration réciproque. »

Dans une autre lettre, Nicola explique : « Carter n’était pas seulement un grand magicien, mais un homme d’affaires élégant. Je le sais, parce que lui et moi, nous avons joué dans les mêmes endroits, et avons eu à faire aux mêmes régisseurs. Personne n’a jamais eu à craindre que Carter se dévalue. Son spectacle, qu’il présenta dans toutes les parties du monde, était un honneur pour notre profession. Il le montait somptueusement, l’annonçait comme un cirque, avec dignité, avec charme, et il touchait des sommes princières pour ses efforts. »

Affiches publicitaires

L’explosion de couleurs des publicités de Carter ne pouvait manquer d’attirer l’attention de quiconque. Ses immenses affiches de près de 3 mètres de haut étaient si efficaces que Carter faisait salle comble deux fois par jour durant un engagement d’un mois !

Des centaines d’affiches de 2X3 mètres étaient imprimées par l’Illinois Lithograph Company au prix de 40 cents pièce. A titre de comparaison, un billet d’entrée au spectacle était vendu entre 25 cents et un dollar. La publicité était indispensable à tous spectacles en tournée. Carter voyageait partout dans le monde avec des caisses remplies de ses lithographies.

Quelques tours de Carter

- La main astrale (1905) était une version sophistiquée du numéro de la main spirite. Carter expliquait à son public : « Après avoir vu cette illusion, vous êtes libre d’en déduire ce que vous voulez. Appelez cela du spiritisme, de l’hypnotisme, du mesmérisme, du magnétisme, du mécanisme ou du rhumatisme. »

- La lévitation (1909). Il y avait dans le spectacle de Carter une version de la célèbre lévitation de Maskelyne, « reprise » du spectacle de Kellar. Pour acquérir ce trésor, Carter engagea deux techniciens qui avaient travaillé durant des années dans la compagnie de Kellar. Ils apportèrent avec eux le savoir nécessaire pour reproduire ce chef-d’œuvre de la magie. La même méthode, d’ailleurs, avait permis à Harry Kellar d’apprendre le secret, précieusement gardé, de son dernier mystère.

- La Fiancée du lion était spectaculaire : une jeune fille était jetée dans une cage contenant un lion d’Afrique vivant et, en un instant, le lion se transformait en Carter, en costume de lion. De ce tour, Carter en tira un film : The Lion’s bride (1921) unique œuvre cinématographique interprétée, produite, écrite et réalisée par Charles Joseph Carter et jamais sortie sur les écrans !

Photo prise sur le tournage de The Lion’s bride (1921).

- La Femme vivante sciée en deux (1922) Imitation évidente de la méthode de Horace Goldin, la version de Carter avait cet élément de plus, qu’il sciait la table sur laquelle était disposée la caisse, et qu’il sciait aussi la caisse. Les portes de la caisse sectionnée étaient alors ouvertes, pour qu’on voit la partie supérieure et la partie inférieure de la femme coupée en deux.

- L’armoire aux esprits (1926) était une variante de l’effet de Kellar et Les Prêtresses modernes de Delphes, un numéro de télépathie interprété par Evelyn Maxwell, sa principale assistante, qui jouait une série de questions-réponses avec le public, et de lecture de pensée dans un costume typique grecque.

- La femme écartelée (1926) est une version du tour de Selbit, qui fit suite à la célèbre femme sciée de ce dernier. Une assistante était enfermée dans un billot complexe et ses membres étirés dans toutes les directions. Carter déguisé en mage oriental supervisait les opérations.

- Dans le Pont fantôme, Corinne, la femme de Carter, était attachée sur une chaise et hissée à 1,80 m au-dessus de la scène. Sur un coup de pistolet, Mrs. Carter disparaissait, et la chaise vide tombait sur le sol.

- Une nuit en Chine fut une partie de son grand spectacle, dans laquelle il prenait les traits d’un illusionniste chinois et réalisait des tours de magie classique et des illusions occidentales dans un style chinois. L’apparition d’une grande et lourde cuvette d’eau fut au répertoire de presque tous les grands magiciens chinois (devenue célèbre aux Etats-Unis grâce à Ching Ling Foo, un magicien de music-hall d’origine chinoise). Elle fut également réalisée par ses imitateurs pseudo-chinois, Chung Ling Soo et Okito.

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Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 30 septembre 2016.
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ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

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