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CABARET C’MAGIC

CentQuatre (Paris, le 21 décembre 2012).

Ce cabaret magique, est une proposition singulière de mêler magie moderne et magie nouvelle sous la forme de tableaux se succédant les uns les autres, avec un plateau de neuf artistes venus de disciplines diverses. Le tout coordonné par la compagnie 14:20.

Au programme : Yann Frisch, Aragorn Boulanger, Antoine Terrieux, Tide Company, Etienne Saglio, Philippe Beau, Raymond Raymondson ; accompagnés de Madeleine Cazenave au piano et de Matthieu Saglio au violoncelle.

Photo : Tide company.

Succession des tableaux :
- Yann Frisch (le ballon)
- Tide Company (le piano)
- Raymond Raymondson (magie comique)
- Antoine Terrieux (diabolo)
- Etienne Saglio (« le tuyau »)
- Aragorn Boulanger (danse)
- Philippe Beau (ombromanie)
- Yann Frisch (cartomagie)
- Raymond Raymondson (2ème passage)
- Tide Company (Le roi fumeur)
- Raymond Raymondson (3ème passage)
- Aragorn Boulanger (2ème passage)
- Etienne Saglio (2ème passage)
- Yann Frisch (Baltass)

Yann Frisch

Yann, chef de fil de cette soirée, ouvre et ferme ce cabaret magique en proposant trois facettes de ses talents.

- Le ballon rouge

La représentation commence sur un air de piano, Yann assit sur une chaise tenant une ficelle surmontée d’un ballon rouge à la main, s’assoupit progressivement. Le ballon commence à s’animer tout seul et danse autour du personnage. Réveillé, Yann joue avec celui-ci. Le ballon, libéré, le « provoque » et s’en suit un combat de boxe furtif dans la tradition de Charles Chaplin. Réconciliés, Yann et le ballon partent ensemble dans les coulisses.

Cette saynète muette, très courte, est un condensé du travail sur la lévitation qu’effectue la compagnie 14:20 depuis une bonne décennie, couplé au talent de mime du nouveau champion du monde de magie.

- Cartomagie

C’est parti pour une quinzaine de minutes de cartomagie moderne basé sur l’univers du magicien espagnol Dani DaOrtiz. Yann demande à 8 personnes de venir l’assister autour d’une table qui est disposée sur scène. La séquence est filmée et retransmise sur un écran géant pour la bonne visibilité dans la salle. Vacances de Noël oblige, 4 enfants supplémentaires se sont invités « à la sauvage » ! De ce fait le magicien, assis, est complètement entouré et prit en otage. Yann est prêt à relever le défi dans des conditions extrêmes…

Commence alors le premier tour avec le libre choix d’une carte, par un spectateur, qui n’est pas dans le jeu et qui se retrouve quand même dans la main du magicien, après que le paquet entier ait disparu.

Deuxième tour : Une carte est choisie puis remise dans le jeu librement. Le magicien fait trois révélations successives qui s’avèrent être des erreurs. Le spectateur choisit une de ces trois cartes qui s’avère être la carte qu’il a choisit au début du tour.

Troisième tour : Le magicien fait défiler les cartes en effeuillant le jeu face au spectateur qui lui dit stop où il veut. Celui-ci repère sa carte et le magicien devine son choix immédiatement.

Quatrième tour : Le magicien demande au spectateur de nommer le nom d’une carte. Il effeuille ensuite le jeu et s’arrête au stop du spectateur sur… SA CARTE.

Cinquième tour : Choix d’un nombre entre 1 et 10, entre les rouges ou les noires. Une carte est ainsi désignée par le spectateur qui la signe. La carte disparaît alors du paquet pour réapparaitre sous l’étui, puis dessus, avant de regagner le paquet.

Sixième tour : Choix de 4 cartes par 4 spectateurs, remisent dans le jeu une à une. Le jeu est mélangé et les cartes sont retrouvées une à une par les spectateurs dans une révélation qui va crescendo.

Fin de ce passage de close-up et soulagement pour Yann Frisch qui a relevé le défi et qui s’en sort pas si mal. Merci aux fraises Tagada, présentent sur table, qui ont occupé la bouche et les mains des petits trublions. L’ensemble des tours est agréablement construit et la maîtrise technique de Yann apporte une vraie ampleur aux routines. On regrettera un manque de visibilité de certaines séquences dû au « sabotage » par le groupe d’enfants et une surexposition de certains mouvements et techniques utilisant la misdirection qui ne se marient vraiment pas avec la captation vidéo.

- Baltass

Pour finir en beauté, la dernière version du numéro Baltass (celle des championnats du monde à Blackpool en juillet 2012). Les mots manquent pour définir ce que l’on ressent à la vision de ce passage stupéfiant. Resté sur la première version des championnats de France FFAP, la surprise est de taille. Quelle évolution fulgurante ! Le travail effectué avec Raphaël Navarro depuis 2010 est remarquable. Ils ont amélioré la technicité et la fluidité de l’ensemble, inventé de nouvelles passes, travaillé sur l’aspect esthétique en remplaçant le veston noir par un haut blanc et enfin, affiné la gestuelle et le mimétisme du personnage. A l’image de ce passage où Yann recrache une succession de balles de sa bouche, la vision est saisissante et hallucinante. Baltass, un numéro déjà entré dans le panthéon des chef-d’œuvres de la magie.

Tide Company

Ce duo franco-suédois présente deux extraits de leur spectacle, Grusvägen 7.

- Beethoven est Sourd

Après le passage de Yann Frisch et de son ballon, nous revenons au piano du début mais sans son interprète. Celui-ci commence à grincer et à s’animer, se tordant dans tout les sens, remuant, toussant et finissant par perdre toutes ses touches qui tombent par terre dans un fracas énorme ! Deux assistants viennent balayer les touches et ramener le reste du piano dans les coulisses. Une vision surréaliste qui rappelle les objets animées de Walt Disney. Extrêmement divertissant et drôle.

- Le Roi Fumeur

Entre le jonglage et la magie, le duo se livre à un ballet chorégraphique utilisant des cigarettes. Assis sur un fauteuil baroque, un personnage prend une cigarette qui disparaît par l’intermédiaire d’une troisième main. Apparaît bientôt une quatrième main et des mouvements de plus en plus complexes avec l’apparition et la disparition d’une multitude de cigarettes. La répétition est le moteur de ce trip halluciné qui s’achemine dans une absurdité et un épuisement du geste. Tout fini par disparaître dans un nuage de fumé comme un ultime pied de nez à la surenchère de technicité et de manipulation propre au domaine magique.

Raymond Raymondson

Greg Sixmorts fait partie de la compagnie toulousaine Okupa Mobil. Il nous livre ici quelques passages extraits de son spectacle Raymond Raymondson, un mélange de clown, de théâtre et de magie moderne dans une prestation d’illusionniste foireux et narcissique.

- Premier passage

Un rideau rouge de cabaret est disposé au milieu de la scène. A gauche de celui ci prennent place un guéridon surmonté d’un chapeau de magicien. Le décor est planté et reflète l’image stéréotypée d’une magie devenue ringarde. Le magicien fait son apparition après avoir gesticulé derrière le rideau en préparant son entrée. Et quelle entrée ! Dans un effet de papier flash, celui-ci est éblouit par la lumière produite et n’arrive pas à s’en remettre. Visiblement très gêné, il pose sa mallette de magie (pour enfant) sur le guéridon et entame une succession de gestes « magiques » avec ses mains en claquant des doigts (leitmotive qui se répétera tout au long des saynètes). Il cherche alors dans ses poches du matériel qu’il ne trouve pas. Dans l’embarra, il mime de mettre plein de choses (invisibles) dans son chapeau et en sort RIEN, comble de l’absurdité du geste.

Il réalise ensuite un vrai truc : celui de la phalange qui s’enlève du doigt (un basic pour débutant). Son noeud papillon tombe puis vient le truc de la mallette qui reste sur place accompagné de ricanements grotesques. Il sort une baquette de son chapeau et elle devient molle. Il se tape la tête sur son guéridon et sa mallette s’ouvre accidentellement d’où apparaît un lapin mort, qu’il remet dans son chapeau.

Il remonte une souris mécanique qui ne marche pas, essaye de couper une corde et fait un noeud qui disparaît (premiers applaudissements dans la salle). Il éventail ensuite un jeu de cartes et fait disparaître des cartes derrière celui ci (deuxièmes applaudissements). Il fait disparaître le jeu entier et le recrache par la bouche en s’étouffant à moitié jusqu’à la crise, l’obligeant à quitter la scène par une disparition bidon derrière un rideau bleu et du rideau rouge qui s’en va en coulisse.

- Deuxième passage

Raymondson revient sur scène avec une clope à la bouche qu’il fait disparaître en regardant les instructions d’un manuel de prestidigitation. Il réalise ensuite le truc des deux doigts qui passent d’une main à l’autre. Transpirant à grosse goutte, il s’essuie avec du PQ (toujours classe !). Allume sa cigarette et rigole tout seul en lisant son manuel. Il est soudain effrayé par les volutes de fumées produites par la cigarette. Dans sa gestuelle habituelle, il fait mine de faire apparaître et disparaître la fumée. A force de « jouer avec le feu », il finit par s’étouffer et sort de scène lamentablement.

Photo : Fanette Bruel.

- Troisième passage

Sur une musique ringarde de ginguette surannée, Raymondson mime l’apparition d’une colombe de son écharpe. En sort un pigeon déplumé et mort qui s’écrase par terre comme une merde. Il le remet dans sa cage et se coincent les doigts dedans. Le magicien fait apparaitre un deuxième oiseau mort et disparaît derrière un rideau bleu qui se dirige vers les coulisses.

Que dire de cette prestation mi figue mi raisin qui laisse un peu sur sa fin, malgré la bonne réception du public qui rit souvent des déboires de ce magicien raté ? Certes, la magie traditionnelle est passée à la moulinette mais nous avons déjà vu ce genre de numéro qui n’est pas nouveau en soi. De grands magiciens comiques sont déjà passés par là comme The Great Tomsoni ou Evgeniy Voronin. Reste le personnage de clown attachant construit par Greg Sixmorts qui aurait mérité une mise en scène moins répétitive et plus de surprises au niveau de la dramaturgie.

Antoine Terrieux

Formé au Centre des Arts du Cirque de Toulouse, faisant partie de la compagnie Blizzard Concept, Antoine Terrieux nous propose ici un numéro de diabolo classique ponctué d’effets magiques. Jonglant avec un seul diabolo, l’artiste revient aux basics, à la source de cet art ancestrale. Après un long temps de jonglage traditionnel vient les moments de gravitations impossibles, de mouvements au ralenti improbables, comme si le temps s’était soudain détraqué. L’impossibilité de tels phénomènes de lévitation est renforcé par le travail sur les différentes profondeurs et plans de la scène, ainsi que par la chute du diabolo qui intervient deux fois et qui anéanti subtilement une explication possible du procédé utilisé. Un artiste à suivre de très près…

Etienne Saglio

Etienne Saglio reprend une des figures de son spectacle solo Le Soir des Monstres, dans deux saynètes très courtes où l’on voit un petit tuyau s’animer et sautiller tout seul au milieu de la scène comme un verre de terre. Animé par une force invisible, la forme serpentine se tortille, bondit, se recroqueville et exécute un saut périlleux avant de disparaître en coulisse. Dans un deuxième passage, c’est une valise qui l’englouti.

Aragorn Boulanger

Ce danseur autodidacte, influencé par la culture Hip-hop nous offre deux passages magistraux. Des variations extraites du spectacle Notte de la compagnie 14:20.

Premier passage : Sur la scène une chaise posée. Le danseur arrive au ralenti sur un air de violoncelle et entame une chorégraphie avec des arrêts sur image. Le tableau se termine quand le danseur s’assoie sur la chaise, se lève et que le dossier de celle-ci tombe au ralenti sur le sol.

Deuxième passage : Accompagné du piano, Aragorn danse de façon syncopée tel un automate. Le corps du danseur se contorsionne en effectuant une gestuelle inspirée de la danse Hip-hop et du Break Dance. Tel un pantin désarticulé, Aragorn Boulanger performe devant nous une extraordinaire chorégraphie au ralentie faite de fulgurances schizophréniques avec des arrêts, des avances rapides et autres ralentis. La pièce mécanique se dérègle jusqu’à léviter à l’horizontal sur un seul pied.

Philippe Beau

Spécialiste de l’ombromanie et des ombres chinoises, Philippe Beau nous offre un moment hors du temps en enchaînant les figures « imposées » de cet art millénaire. De facture classique, la démonstration en devient poétique et fascinante de par la maîtrise technique de l’artiste. Sans vraiment raconter une histoire, ou amener la représentation vers un crescendo, Philippe Beau tient le pari de captiver par la seule chorégraphie de ses doigts. Pari réussit, même si la durée d’un tel spectacle est un peu longue faute de rebondissements.

Photo : Antoine Dubroux.

On reste hypnotisé par la gestuelle et le façonnage des figures qui apparaissent et disparaissent dans une sorte de morphing en fondu enchainé. Les mains restent dans le faisceau de lumière pour passer d’une figure à une autre contrairement à de l’ombromanie classique. On assiste alors à une véritable transformation ! Le spectacle culmine lors des profils de visages humains, les figures les plus dures à réaliser. La virtuosité à rendre l’expression, les mimiques des personnages est saisissante.

Les figures réalisées :
- 2 personnages
- le lapin
- le cerf
- la vache
- le diable
- l’âne
- le chien
- l’éléphant
- le dromadaire
- ballet de doigts
- le chat
- 2 personnages qui s’enlacent
- 2 colombes
- E.T
- profils de visages
- l’oiseau qui mange dans la main
- le petit moineau et sa mère
- vole d’oiseaux
- ballet de doigts
- une pieuvre dans l’eau
- les yeux du gorille
- profils de visages avec différents chapeaux
- profil de l’ombromane

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Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 14 juin 2016.
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ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

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