Artefake
Accueil du site   Bill VIOLA

Bill VIOLA

Grand Palais (Paris, le 30 mai 2014).

C’est la plus importante rétrospective jamais consacrée au pionnier de l’art vidéo, regroupant ses tableaux en mouvement, ses installations vidéos et retraçant le voyage spirituel d’un artiste devenu une icône.

« Sculpter le temps » : telle est la définition que donne Bill Viola de son art. « Le temps est la matière première du film et de la vidéo. La mécanique peut en être des caméras, de la pellicule et des cassettes, ce que l’on travaille, c’est du temps. On crée des événements qui vont se déplier, sur une sorte de support rigide qui est incarné par une cassette ou de la pellicule, et cela constitue l’expérience d’un déroulement. En un sens, c’est comme un rouleau, qui est une des formes les plus anciennes de communication visuelle. » Un temps que Viola aime faire durer, répéter, ralentir à l’extrême, comme pour en montrer toutes les lignes et les formes.

Cette rétrospective est conçue comme un voyage introspectif en trois temps, autour des trois questions métaphysiques majeures de l’œuvre de Bill Viola : Qui suis-je ? Où suis-je ? Où vais-je ? L’enjeu de l’artiste n’est pas de répondre à ces questions mais de nous y confronter. Il n’y a pas de réponses à la vie ou à la mort, on doit en faire l’expérience, les approcher et les étudier. C’est un itinéraire en forme d’odyssée artistique et technologique à travers l’histoire de la création d’un médium, aujourd’hui omniprésent dans l’art contemporain.

Les cinq décennies de l’œuvre de Bill Viola sont représentées, de 1977 à 2013 : tous ses genres et toutes ses séries emblématiques. On y voit l’artiste s’essayer à tous les formats, tous les dispositifs, toute la palette de l’art vidéo : le direct, l’autoportrait performatif, le film long métrage, le ralenti extrême, l’installation multi-écrans, les projections, les écrans plasma, les fresques d’images numériques, l’utilisation d’une caméra de surveillance infra-rouge, jusqu’à l’installation monumentale filmée dans des studios quasi hollywoodiens avec décors, figurants, chefs opérateurs et effets spéciaux !

Viola veut créer les conditions d’une immersion dans l’image, symbole exprimé par la métaphore récurrente du corps plongé dans l’eau qui voit le surgissement d’images fantomatiques ou hallucinatoires.

« Je suis né en même temps la vidéo. » Bill Viola.

Immersion

C’est un traumatisme d’enfant, maintes fois raconté par l’artiste, qui apparaît comme la scène fondatrice et capitale de son œuvre future. Bill Viola manqua de se noyer dans les profondeurs d’un lac… Cette scène nourrira plusieurs dispositifs dans lesquels apparaitront des visions submarines, subréelles où des corps seront immergés, des figures filmées dans leur reflet, des hommes traversant la surface lisse du monde pour plonger dans les abysses en combattant le déluge...

Lévitation et suspension

Nombreuses sont les lévitations dans le travail de Bill Viola. Des corps en suspens qui flottent dans les airs ou dans l’eau. La plus belle illustration de ce phénomène est la monumentale projection vidéo Tristan’s ascension (The sound of a Mountain Under a Waterfall) avec le performeur John Hay (2005). Elle montre le corps d’un homme doucement enlevé par une pluie diluvienne. Ce tableau décrit l’ascension de l’âme humaine après la mort, « au moment où elle se réveille et se trouve emportée par une chute d’eau », explique Viola. La cascade s’écoule ici à l’envers. L’eau, qui commence comme une pluie avant de se transformer en cascade, finit par réveiller un homme allongé sur une dalle. Son corps inerte est soulevé peu à peu, puis s’élève jusqu’à disparaître. A la fin le débit ralentit et laisse seulement quelques gouttelettes sur la dalle. L’homme a été emporté.

« Si les portes de la perception étaient ouvertes, alors tout apparaîtrait à l’homme tel quel : Infini ». William Blake cité par Bill Viola en 1979.

Anamorphoses

L’œuvres de Bill Viola est remplie d’anamorphoses et de distorsions en tout genres. Il est en cela un vrai artiste baroque, jouant de tous les artifices technologiques pour toucher au sublime. La technique du ralenti offre la possibilité de tordre le réel, de le suspendre pour mieux en révéler son caractère illusoire.

Le meilleur exemple de cette théorie se trouve dans Surrender (2001), deux écrans muraux montrant en haut le buste d’un homme et en bas, à l’envers, le buste d’une femme. Les deux sont appuyés contre un plan d’eau dont on ne voit qu’une mince bande reflétant une parcelle de leur corps. Très lentement, sur les visages de la femme et de l’homme apparait une plainte, puis les corps se penchent et les têtes s’enfoncent dans l’eau. Les deux silhouettes s’étirent et se déforment dans un jeu maniériste doublé d’une vraie cruauté emphatique.

Peinture numérique

Bill Viola est un peintre qui a inventé une nouvelle palette de couleurs technologiques et numériques pour créer des tableaux en mouvements qui s’inscrivent dans une histoire de l’art singulière où l’on croise les plus grands maîtres de Goya à Giotto, en passant par Jérôme Bosch et Mantegna. Viola compose ses images avec une sensibilité magnifique qui touche au sublime par l’emploi du ralenti.

The Greeting (La visitation) de 1995 est le premier film de Bill Viola se référant à une peinture (celle de Pontormo peinte en 1528 pour l’église de Carmignano près de Florence). A partir de 1998, Viola va commencer à explorer le thème des passions. Il réalise alors une magnifique série de vidéo qui s’inspire d’œuvres anciennes auxquelles elles empruntent le format et les conditions d’exposition.

« Je suis intéressé par ce que les anciens maîtres n’ont pas peint. » Bill Viola.

Méditation

Bill Viola s’intéresse très tôt aux philosophies orientales et aux cérémonies traditionnelles et pour lui, la technologie n’exclut pas l’intériorité, au contraire ! On ne compte plus les nombreux voyages spirituels effectués avec sa compagne au Japon, en Indes, aux îles Fidji et Salomon, ou au Tibet. Viola est un mystique de toutes les cultures ! Pas étonnant que ses œuvres et l’esthétique de son travail ressemblent à de longues séances de méditation qui consistent à se fixer sur un temps présent, à concentrer son regard pour aller plus loin dans la perception d’un sujet. Que vois-je ? La caméra est pour l’artiste ce second œil pour nous « réapprendre à regarder », et approcher le monde au-delà ou en deçà des apparences.

« Le paysage est le lien entre notre moi extérieur et notre moi intérieur. » Bill Viola.

Conclusion

L’œuvre de Bill Viola est d’une richesse thématique inépuisable. Entre méditation existentielle et temporelle, elle développe également toute une mythologie des apparences en travaillant la surface et la profondeur, la face visible et le côté obscure. Elle convoque les mythes de Narcisse et d’Orphée dans sa quête d’un au-delà entre le royaume des vivants et des morts. A trop se miroiter dans les eaux « troubles », nous finissons par nous perdre pour mieux nous retrouver. Une traversée du miroir qu’illustre parfaitement la vidéo Visitation (2008).

« Nous atteignons la fin de l’ère de la vision optique. Aujourd’hui, ce que l’œil voit ne doit pas nécessairement être pris pour une chose réelle. La réalité est submergée par des informations incorporées en nous. C’est pourquoi ce qui est subjectif est en train de devenir la nouvelle objectivité. » Bill Viola.

Le travail de Bill Viola est d’une forme esthétique hypnotique qui cache un regard plus conceptuel sur le monde : ce que nous prenons pour la réalité n’est peut-être qu’une illusion. Ainsi pourrait se définir l’ensemble de son œuvre.

- L’exposition Bill Viola a eu lieu au Grand Palais de Paris du 5 mars au 21 juillet 2014.

Tous les documents et archives sont proposés sauf avis contraire des ayant-droits, et dans ce cas seraient retirés.

Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 21 juillet 2014.
MENTIONS LEGALES :

ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

Informations rassemblées et coordonnées à l'initiative et pour le compte de l'Association Artefake.
Ce document est déposé auprès d'une Autorité d'Horodatage Qualifiée - Certifiée ETSI & RGS

Dans le cas où malgré notre vigilance, une de nos publications porte atteinte aux droits d'auteur, merci de nous l'indiquer. Dans le cas ou cela s'avère exact, nous nous engageons sans délai à supprimer cette publication de notre site.

Artefake est une oeuvre collective créée et publiée par l'Association ARTEFAKE.
Conformément à l'article L.113-1 du Code de la propriété intellectuelle, l'association Artefake est titulaire des droits d'exploitation du contenu du site Artefake.com
La reproduction totale ou partielle des articles du site internet Artefake sont strictement interdite, par tous moyens connus ou à découvrir, quel qu'en soit l'usage, sauf autorisation légale ou autorisation écrite de l'association Artefake.
L'utilisation de la marque déposée Artefake est soumise à autorisation.
Les liens hypertextes pointant soit vers la page d’accueil soit vers un article particulier sont autorisés.
L’autorisation de mise en place d’un lien est valable pour tous supports, à l’exception de ceux diffusant des informations pouvant porter atteinte à la sensibilité du plus grand nombre. Au titre de cette autorisation, nous nous réservons un droit d’opposition.
Toute personne nommée ou désignée dans le site Artefake dispose d'un droit de réponse conformément à l'article 6 IV de la loi LCEN.
Ce droit de réponse doit être adressé par courrier recommandé à Artefake - A l'attention du Directeur de Publication - 16, rue Henri Gérard - 21121 Fontaine lès Dijon.

Directeur de la publication : Sébastien BAZOU
Président du Conseil d'Administration : Eric CONSTANT

ISSN 2276-3341 - Droits de reproduction et de diffusion réservés © Artefake 2004-2017
Artefake est une marque déposée - Site développé sous SPIP par ROUGE CEKOYA