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Benoît ROSEMONT

Comment êtes-vous entrée dans la magie ? A quand remonte votre premier déclic ?

Mon premier déclic « conscient » remonte à ma tendre enfance, lorsqu’un magicien est venu à l’école pour présenter un spectacle (je n’ai jamais su son nom) et que, vers 8 ans, j’ai reçu une boîte de magie pour Noël. C’est là que tout a commencé je pense, car j’ai beaucoup joué avec cette boîte… merci donc à Saint Nicolas (le "papa Noël" belge).

Quand avez-vous franchi le premier pas et comment avez-vous appris ?

Tout s’est passé lorsque j’avais 12 ans environs. A l’époque, j’habitais en Belgique et ma maman avait une collègue qui a déménagé en France car elle avait épousé un magicien français. A l’occasion de vacances, ma maman est venue passer quelques jours chez eux et en rentrant elle m’a promis que la prochaine fois elle m’emmènerait. C’est ce qu’elle a fait. J’ai donc rencontré Paul de Rhuys (Paul Dassonville) qui est devenu (c’est ce que j’ai découvert par la suite) mon Maître en magie. Je pouvais venir le voir une fois par an environs. C’est lui qui m’a permis de faire mes premiers pas.

Paul était très généreux, il m’a tout de suite prodigués de précieux conseils. Je me souviens très bien qu’il m’a donné un livre en me disant : « si tu arrives au bout de ce livre, c’est que tu es motivé ». Il s’agissait du Cours Magica de Robert Veno, qui reste à mes yeux, encore aujourd’hui, un bon « premier livre ». Inutile de dire que j’ai été jusqu’au bout…

Je n’ai jamais cessé d’apprendre à l’aide de livres. C’est là que l’on apprend le mieux les tours, à mon avis. Ensuite, ce sont les clubs de magie (l’AFAP en ce qui me concerne) qui m’ont permis de rencontrer d’autres magiciens qui m’ont fait progresser, chacun à leur manière. Enfin, l’apprentissage se passe ensuite avec le public, en se remettant en cause après chaque représentation et en écoutant les spectateurs (une écoute active, car tout n’est pas toujours facile à entendre, on a tendance à sélectionner).

Quelles sont les personnes ou les opportunités qui vous ont aidé. A l’inverse, un évènement vous a-t-il freiné ?

Tout d’abord, il y a donc eu Paul de Rhuys. C’était mon Maître… un vrai ! C’est-à-dire qu’il ne m’a jamais appris un tour de magie ! Il m’a donné les « vrais secrets », tous ceux qui sont autour de la technique à proprement parlé. Et c’est aussi lui qui m’a freiné le premier ! Lors de notre première rencontre, il m’a dit : « d’abord, fais des études, réussis-les bien, et si tu dois faire de la magie, ça viendra après ». C’était un conseil précieux et sage… merci Paul. Je l’ai écouté et ce n’est que pour cette raison, j’en ai la conviction, que je suis artiste professionnel aujourd’hui.

Ensuite, il y a eu Gil Alan (connu aussi sous le nom de Charly Robert), un magicien amateur qui est maintenant très actif dans la région d’Arcachon. Il m’a pris sous son aile et m’a donné beaucoup de matériel et de livres. Grâce à lui, mes ambitions ont pu prendre corps.

Enfin, il y a Peter Din, qui m’a permis de passer professionnel. C’est lui qui m’a appelé il y a un peu plus de 12 ans pour me proposer d’aller travailler sur des bateaux de croisières en Russie. C’est grâce à lui que j’ai sauté le pas… Aujourd’hui encore, il est toujours là pour répondre à mes questions et m’accompagner quand il le faut.

Dans quelles conditions travaillez-vous ?

Toutes (rires) !

Je peux travailler chez des particuliers, dans un salon mal éclairé, ou sur des scènes de théâtre immense avec 4 techniciens pour moi, ou dans des entreprises, ou dans la rue… tout est possible ! C’est à la fois éprouvant et très excitant, mais surtout, je n’ai jamais de sentiment de monotonie. Certes, ce n’est pas toujours facile, c’est parfois même « blessant », mais c’est toujours enrichissant. Cela forge le caractère et permet de prendre consciences de nombreuses « réalités vraies ».

Quelles sont les prestations de magiciens ou d’artistes qui vous ont marquées ?

Elles sont très nombreuses. Il y a d’abord et avant tout Paul de Rhuys et ceux qui l’ont inspiré ou accompagné. Donc, en premiers Fred Kaps et Philippe Socrate. Philippe est un magicien très discret mais dont le discernement est grand en matière d’Art magique. Il se confie peu, mais ses remarques sont souvent « justes ». Nous nous côtoyons, grâce à Paul, depuis 10 ans et j’avoue que j’en ai retiré beaucoup.

J’ai également une admiration énorme pour Paul Daniels qui est pour moi le plus grand « entertainer ». J’adore son humour et sa personnalité. Si j’avais la possibilité de devenir un autre magicien, ce serait lui. C’est grâce à Stefan Leyshon, qui m’a donné accès à sa grande vidéothèque, que j’ai pu découvrir l’ampleur de l’œuvre de ce géant.

Le numéro de Norbert Ferré est aussi un modèle de pureté…

Quels sont les styles de magie qui vous attirent ?

Malheureusement… beaucoup ! Je dis malheureusement car cela crée beaucoup de frustrations chez moi…

J’aime regarder la manipulation. Pour moi, c’est la plus belle branche de la magie. J’aime quand elle est « lente mais rythmée », j’aime quand elle est pure et surtout quand elle est gratuite. La manipulation est belle en soi et ne demande pas obligatoirement de mise en situation. Malgré quelques tentatives, je ne la pratique pas.

Les techniques de mentalisme me passionnent. Les cheminements intellectuels qui lui sont liés m’attirent et me fascines et la manipulation psychologique du spectateur m’interpelle. Toutefois, cela demande un personnage qui soit en harmonie avec les expériences qu’il présente, et ce n’est pas mon cas. Du coup, je ne pratique pas non plus le mentalisme en soi, bien que j’aie lu beaucoup d’ouvrages sur ce thème.

En fait, après avoir beaucoup lu, après avoir touché à beaucoup de choses, ce qui m’attire le plus aujourd’hui est un peu en marge de la magie. Il s’agit de la mnémotechnie et de la sculpture de ballons. Je sais, l’un n’a rien à voir avec l’autre (rire). Les deux sont des champs d’explorations immenses.

Et pour finir, je fais depuis toujours de la magie pour enfants. Là, je prends souvent mon pied car c’est vivant, chaleureux, et sincère. Là, on peut présenter beaucoup de magies différentes et prendre le temps d’écrire un scénario, de construire un personnage. Oui, j’aime cette magie là…

Quelles sont vos influences artistiques ?

Dans la magie, ce sont ceux dont j’ai parlé ci-dessus… plus tous les autres, dont j’ai croisé la route : Daniel Krellenstein, Arthur Tivoli, Pierre Mougel, Jean-Jacques Sanvert, Jean Merlin, etc.

Et ceux qui sont dans les livres. On trouve toujours une idée dans un livre…

Autrement, j’essaye de m’inspirer des autres arts qui me sont accessibles : le théâtre, le mime, l’humour. Je pense que regarder ailleurs et un bon moyen pour avoir un regard neuf sur soi-même.

Quel conseil et quel chemin conseiller à un magicien débutant ?

J’espère qu’à ce stade de l’interview, cela ne surprendra plus personne… je conseille à un magicien débutant d’apprendre avec des livres !

Oui, c’est plus difficile et plus long qu’avec des DVD et des vidéos Youtube… et c’est pour cela que je le conseille. C’est un bon moyen de se forger un caractère, une personnalité. C’est en interprétant une description un peu floue que l’on en trouve une nouvelle.

L’autre conseil serait d’aimer son Art suffisamment et tout faire pour en porter haut les couleurs. Chercher à rencontrer d’autres magiciens aussi… pour avoir plusieurs points de vue.

Quel regard portez-vous sur la magie actuelle ?

Que dire… nous avançons dans les traces de nos prédécesseurs.

Il y a des modes… elles reviennent périodiquement. Il y a des embrouillent… elles reviennent périodiquement. Il y a des gros problèmes de travail au noir et de cachets cassés… ils reviennent périodiquement.

Le plus important, c’est de constater que la magie est toujours appréciée du public, que nous donnons toujours envie à des jeunes d’apprendre. La route est longue, alors avançons…

Quelle est l´importance de la culture dans l´approche de la magie ?

C’est ce qui nourrit le personnage. C’est ainsi que le public sent que celui qui œuvre pour eux n’est pas « comme les autres ». C’est aussi la source de toute l’assurance que l’on peut prendre face à un défi, à un projet nouveau.

La culture magique, elle, permet d’avoir plus d’idées. Les combinaisons se font plus vite et plus loin si l’on connait son Art et son histoire. Et puis cela évite aussi de réinventer la roue… ou de la réinventer plus facilement et au bon moment.

Vos hobbies en dehors de la magie ?

En dehors de la magie !? Euh… la prestidigitation, la manipulation, l’illusionnisme, la mnémotechnie, la sculpture de ballons… quand la magie me laisse du temps !

Blague à part, être un « petit » artiste professionnel demande un sacré arsenal de compétences et beaucoup de temps à consacrer à ce qui devrait être « annexe » : créer et gérer un site internet, envoyer des e-mails de prospection et gérer les retours, répondre à des appels d’offre et faire des rendez-vous, clouer, poncer, coudre, peindre, etc.

Je suis un artisan, je travaille seul non parce que je ne veux pas que d’autres m’aident, mais parce que ma structure actuelle ne peut inclure que moi. Aussi, la magie, c’est vraiment presque un hobby en soi… malheureusement… et ça, tout jeune qui veut se lancer dans la voie professionnelle, doit l’avoir en tête je pense…

- Interview réalisée en mars 2014.

A visiter :
- Le site de Benoît Rosemont.

Crédit photos : Gil Lefauconnier.

Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 20 janvier 2015.
MENTIONS LEGALES :

ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

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