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BRICOLEZ / Cie Les Encombrants

Théâtre d’Aubervilliers (décembre 2015).

Mise en scène : Etienne GREBOT. Directrice artistique : Frédérique Moreau de Bellaing . Bricoleurs de décor et accessoires : Patrick Girot et Boa Passajou

Sur scène, une cuisine « moderne », c’est à dire déjà obsolète (on est toujours l’obsolète de quelqu’un d’autre) avec des carreaux noirs et blancs hideux, un évier et un plan de travail mais où les placards sont seulement en deux dimensions, et une porte sur le côté.

Pas très loin de la cuisine mythique de Lapin-Chasseur de Macha Makeïeff et Jérôme Deschamps (1989) au Théâtre National de Chaillot. Curieux endroit puisqu’il y a ici quelque chose d’un salon petit-bourgeois avec une bibliothèque et un tableau (forcément d’une laideur absolue !). Nous sommes chez monsieur et madame Patin qui doivent présenter la célèbre Méthode Patin de bricolage, d’une efficacité absolue, que l’on soit adroit ou tout à fait manchot.

Oui, mais voilà, M. Patin vient de se casser le bras… dans un magasin de bricolage ; et c’est la cousine de madame Patin qui va le remplacer. Les deux femmes vont faire de leur mieux (qui est souvent, comme chacun sait, l’ennemi du bien) pour tenter de réaliser cette démonstration de bricolage malgré leur amateurisme et leur gaucherie totale, quand il s’agit pour elles d’utiliser un outil même le plus simple, ou absolument inadapté comme une tronçonneuse à la place d’une scie égoïne…

Dessins extrait du catalogue d’objets introuvables de Carelma.

Trois objectifs au programme de la séance : d’abord l’accrochage du tableau qui, malgré bien des efforts, reste toujours bancal. Plus difficile encore, la mise en place d’une bibliothèque accrochée au mur, dont on se demande comment elles arrivent à la faire rester en équilibre. Cela tient d’un miracle soigneusement orchestré. Vous avez dit truqué ? Bien sûr, comme ce tableau foutraque qui s’obstine à ne pas vouloir adopter la position verticale ! Un régisseur invisible mais attentif derrière la cuisine veille à la bonne marche, c’est à dire au foutoir total que les deux femmes vont organiser sur le plateau. Dernier épisode, la mise en place sur le mur d’un rouleau de papier peint, tout empesé de colle qu’elles vont malgré tout réussir à faire tenir au mur.

« Nos références, dit Etienne Grebot, sont à la fois Tex Avery et Buster Keaton ». Et on ajoutera aussi les gags de Laurel et Hardy cette fois au féminin, avec de nombreux moments silencieux. Avec une écriture presque cinématographique où l’action évolue plan par plan à plan, et où un couple d’actrices - c’est assez rare chez les comiques -créent des personnages en total décalage avec la vie réelle.

La fin est exemplaire de loufoquerie, et avec une chute d’objets rappelle celle des spectacles de Jérôme Deschamps : la bibliothèque, tout d’un coup, s’effondre sur un placard qui va taper sur l’aquarium placé en hauteur sur une planche, lequel aquarium glisse le long de l’étagère, puis déverse ses livres sur le deuxième placard qui s’ouvre et fait tomber des lentilles sur une balance, qui, par le poids des dites lentilles, se déséquilibrer et fait lever la bouteille qui est posée. Bouteille qui va venir redresser le tableau et le mettre ainsi de niveau.

Bref, les deux femmes se retrouvent piégées par les objets et les outils dont elles ne maîtrisent plus du tout l’autonomie qu’ils se sont permis d’acquérir. Mais, comme chez Buster Keaton, les gags sont réglés avec une grande précision, et on ne sait jamais trop ce qui va arriver sur le plateau. C’est finalement une leçon portative de philosophie en 55 minutes qui nous est assénée ici. L’objet devient ici dans Bricolez une sorte de sujet inscrit dans la vie sociale : un tableau, une suite de livres et un rouleau de papier peint et qui va très vite acquérir vu l’incompétence de l’humain, une sorte d’autonomie.

Vous avez suivi ? Peu importe : c’est bien mis en scène, efficace, et souvent brillant : le public d’enfants est réjoui, malgré quelques temps morts. Laure Seguette et Frédérique Moreau de Bellaing jouent les idiotes de service avec un naturel tout à fait remarquable, c’est à dire qu’elles mettent toute leur intelligence d’actrices pour que cette catastrophe prenne vie sur le plateau. Le spectacle a au encore peu de représentations et a déjà pris une bonne vitesse de croisière dans le genre comique visuel et gestuel. Mais on pressent qu’Etienne Grebot et ses comédiennes peuvent encore aller beaucoup plus loin.

- Source : Le Théâtre du Blog.

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Auteur : Philippe du VIGNAL


Mise à jour effectuée le : 5 janvier 2016.
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