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Aurélien BORY - Cie 111 / PLAN B

L’Arc scène nationale (Le Creusot, vendredi 26 septembre 2014).

Conception et scénographie : Aurélien Bory. Mise en scène : Phil Soltanoff. Conception décor : Christian Meurisse. Avec Mathieu Bleton, Itamar Glucksmann, Jonathan Guichard, Nicolas Lourdelle.

Plan B, créé en Janvier 2003 au Théâtre Garonne à Toulouse, est un spectacle mythique qui depuis a fait le tour du monde. Deuxième volet d’un triptyque de la compagnie 111, entamé avec IJK et achevé avec Plus ou moins l’infini, Plan B est un poème visuel qui réinvente le cirque et le théâtre dans un art hybride né de combinaisons géniales, dont la force découle d’un combat sans merci contre les lois de la gravité. Les metteurs en scène Aurélien Bory et Phil Soltanoff nous offrent une métaphore d’un monde en mouvement dans lequel il faut essayer de tenir debout coûte que coûte, à la croisée du cirque, de la danse, du théâtre, de la jonglerie, des arts visuels et de l’illusion. Un ballet ahurissant d’équilibres incongrus.

Synopsis

Quatre hommes en costume-cravate s’accrochent à un mur qui se redresse inéxorablement. Ils apparaissent et disparaissent, dansent, volent, glissent et se cognent sur cette paroi qui s’incline. L’homme, créature à l’équilibre aléatoire, rêve de hauteurs dans un monde en mouvements. À peine sont-ils parvenus à s’adapter aux changements du monde, que le monde a déjà changé. Ce qui provoque inexorablement des illusions totales et des pertes de certitudes sur scène et dans la salle.

« Une histoire existe dans Plan B, mais elle se transmet visuellement et de façon sonore, c’est une histoire sans parole. C’est une histoire très simple, humaine et naïve – qui rappelle le mythe de Sisyphe : se trouver confronté à un problème, apprendre à y faire face, devenir efficace pour le surmonter, et le problème change... continuer jusqu’à épuisement. Je pense qu’à un certain niveau, c’est une expérience partagée par tout le monde. De plus, une histoire abstraite permet au public de s’y confronter de façon personnelle ; les spectateurs y entrent par le biais de leur propre grille de lecture, de leurs propres valeurs. » Phil Soltanoff

Déroulement des opérations

En avant-scène un homme joue un air de guitare. Il va ensuite rejoindre ses collègues en arrière scène, des golden boys en costard-cravate, cadres dynamiques qui apparaissent un à un. Ils défient la pesanteur sur un grand plan incliné, ils glissent doucement du haut vers le bas de manière répétitive pendant une bonne dizaine de minutes. Cette mécanique, qui rappelle les tableaux boursiers qui défilent (visibles en projection vidéo) procure un certain vertige en substituant l’autonomie des corps humain à un automatisme de masse : les hommes choient, chutent, comme des cours en dégringolades.

Les quatre hommes commencent à varier leur descente pour se démarquer, tels des athlètes qui exécutent des figures imposées et qui deviennent de plus en plus singuliers. Ils glissent en se retournant sur le ventre, s’arrêtent en pleine descente, se « ventousent » à la paroi tel une moule, et au final, sont scannés par une lumière qui balaye le plateau de cour à jardin.

Puis des sortes de plateformes sortent du plan incliné. Les golden boys se retrouvent juchés, comme nichés dans les interstices de la paroi, fenêtres ou corniches. Ils effectuent alors des acrobaties incroyables : saltos, pirouettes, comme en lévitation. L’effet produit est saisissant ! D’un coup, un homme tombe dans une trappe qui s’ouvre soudainement. Les quatre acrobates Se collent, s’empilent, se montent dessus pour construire une pyramide humaine. Tels des chimpanzés, ils virevoltent d’une plateforme à une autre dans un rythme effréné et disparaissent un à un dans différentes trappes. Il reste juste un homme qui remonte doucement la pente. Celui-ci reprend sa sacoche en haut et en sort une balle de jonglage.

La balle est placée dans une trappe et rebondit dans la main du jongleur. L’action est répétée mais avec un temps de retard. Puis la balle ne revient pas et on l’entend rebondir sous le plateau créant un début de rythme. Un deuxième homme exécute les mêmes gestes. Les balles sonorisées par leurs rebonds créent une musique envoûtante en sous-sol. Les deux hommes referment leur trappe et remontent la pente. La valise les suit de façon magique en glissant du bas de la paroi jusqu’au sommet.

Nous voyons apparaître un jongleur dans un cadre qui manipule des balles de façon comique et improbable, toujours en décalage (les mouvements ne correspondent pas). Il est aidé par un collègue positionné en hors-champ. Il passe ensuite sa tête dans une petite ouverture et se regarde jongler.

Deux hommes sortent leur tronc d’une trappe et « détachent » leur plan de travail sur scène. Ils marchent ainsi comme des frères siamois et effectuent des équilibres avec une balle qui est « baladée » sur la surface de jeu. Puis, ils sortent d’autres balles et jonglent avec. Une d’entre elle tombe au sol et la situation devient cocasse pour la ramasser ! Les deux hommes jonglent ensuite à la verticale où l’on voit leur deux troncs coupés. Ils partent ensuite en coulisse.

Un tissu noir est déroulé sur le plan incliné et un homme portant un costume de velcro fait son apparition. Tout à coup, la partie centrale du plan se redresse à la verticale. L’homme fait plusieurs essaies et saute sur le tissu en restant accroché dessus dans des positions comiques. Crashés et scotchés la tête à l’envers, il défait son costume pour s’extraire de sa condition, tel un papillon sortant de sa chrysalide. Il se mue en golden boy cravaté. Un très bel effet métaphorique !

C’est ensuite tout le plan qui se redresse verticalement et devient un mur droit, où les acrobates continuent de se battre contre les lois de la gravité. Deux ouvertures se créent. On entend frapper derrière la structure et l’on voit apparaître deux hommes, l’un portant l’autre à l’horizontal, les pieds sur la surface verticale. La posture est saugrenue et on comprend vite la performance qui va s’en suivre. Un deuxième duo apparaît de la même manière. Les quatre hommes se retrouvent entassés dans l’encadrement de la porte. L’un d’entre eux se met à léviter sur un côté pour prendre place dans une posture inconfortable de contorsionniste.

Debout sur le devant de la scène, un à un, les quatre compères vont essayer de grimper en haut du mur. Les deux premiers à l’aide des autres à la courte échelle, le troisième grimpe sur une plateforme qui s’est avancée à mi-hauteur et a du mal à accéder en haut. Quant au dernier, resté tout seul, il va chercher des ventouses et s’accroche à la paroi tel Spiderman !

Une fois tous en haut du mur, trois hommes disparaissent derrière. Un seul reste au-dessus et fait courir une balle sur l’arrête qui tombe dans la main d’un autre. Quatre mains sortent d’une fenêtre et se refilent les balles dans un jeu ludique et expressif. Les jongleurs apparaissent et disparaissent des fenêtres et manipulent plusieurs balles qui rebondissent sur trois corniches différentes, créant ainsi une rythmique musicale. Une balle est ensuite tapée frénétiquement pour produire un son amplifié qui se réverbère dans l’espace, telle une onde de choc.

Le fond vert de la scène devient rouge, les fenêtres se referment et un homme s’avance en avant-scène avec une balle qu’il fait aller et venir extrêmement rapidement entre ses mains. Dans un beau jeu de lumière, (on ne distingue que les mains, le reste étant plongé dans le noir) la balle se met à léviter et se déplace doucement.

D’un coup, le grand plan vertical tombe au sol et laisse apparaître une projection vidéo du sol filmé. « Couchés » sur le plateau, les hommes font rouler des balles qui prennent l’allure d’étoiles filantes. Une constellation apparaît en surimpression et les figures exécutent des mouvements impossibles. Les balles lévitent lentement…

Un golden boy bondit d’un coup dans le champ de la caméra, retire sa cravate et la place en bandeau autour de sa tête. Il a vraisemblablement « péter les plombs » et est prêt à en découdre avec ses collègues ! Ils s’affrontent alors dans des scènes d’un kung-fu délirant avec musique et bruitages ad hoc inspirés des films des années 1970 de la société Shaw Brothers, ainsi que des acrobates japonais du film Kiriki de Segundo de Chomón.

Le dispositif scénique est extrêmement ludique et dédouble les danseurs dans un fascinant jeu de miroir où le regard fait des va-et-vient vertigineux. Une fantaisie aérienne où les hommes dansent avec leurs ombres.

Un homme dispose ensuite au sol des baguettes sur lesquelles le héros marche en équilibre. Une maison est alors construite grâce à des objets hétéroclites (valise, planches…). Les personnages s’apaisent et la scène se termine, comme elle a commencé, par un air de guitare, où un homme jongle dans une valise sous une lumière stroboscopique.

La scénographie

Il faut souligner l’importance majeure du dispositif scénique qui est Le personnage principal de cette pièce. Un praticable modulable fait de trappes et qui s’incline de 45° à 180° par un système de charnières. Derrière celui-ci un écran géant rétro éclairé utilisé comme cyclorama et projecteur vidéo.

L’idée maîtresse de Plan B est d’utiliser toutes les ressources du décor qui « avale » les figures des danseurs et fait corps avec eux. La mise en scène privilégie cette fusion vertigineuse. Attirés tels des aimants, les golden boys sont pris dans un piège à variations géométriques, métaphore des fluctuations boursières. Le décor devient vite une prison, où il est impossible de s’échapper. Le motif récurrent du cadre et de la fenêtre met « en boîte » les danseurs et les contraint à adopter des positions inconfortables.

« Plan B, cette expression est essentiellement anglo-saxonne, on l’entend dans les séries, les polars ou les films d’actions. Ainsi en plus de sa signification, à savoir changer de plan quand ce qu’on a prévu a complètement échoué, le titre contient une autre dimension, liée à l’espace, à la géométrie qui est le point de départ de Plan B. » Aurélien Bory

Visions surréalistes

On pense souvent à René Magritte tant les metteurs en scène utilisent la figure du cadre pour isoler des parties de corps : Bustes en suspens, bras coupés, mains en gros plan ; les corps sont constamment morcelés et anamorphosés.

- Une double trappe se transforme en plan de travail où deux hommes se retrouvent liés comme des frères siamois et s’adonnent à un hilarant jeu de balle.
- Une fois le plan monté à la verticale, une chorégraphie commence avec des balles de jonglage qui tombent d’une fenêtre et sont rattrapées par une main qui dépasse en contre bas.
- Des jeux à quatre mains s’organisent dans les petites ouvertures en forme de fenêtre, où l’on voit des balles passer à toute vitesse entre des doigts agiles et d’une expressivité folle !

La grande récré

Oppressés, broyés, malmenés par « leurs cadres de travail », les golden boys essaient constamment d’échapper à leur condition en transformant petit à petit leur prison en un espace de jeux fascinant. Parce qu’ils en explorent tous les recoins avec une envie folle de s’y extraire, le plan devient un praticable pour grands enfants.

Un monde en mouvement

De par son postulat de départ, son sujet, sa conception, son écriture, sa composition visuelle et sa volonté de renouveler le langage théâtrale, Plan B est un chef-d’œuvre qui réinvente l’art du mouvement, une pièce emblématique des années 2000 inscrite dans son époque et révélateur d’une société en perte de repère, déboussolée et dépassée. Un vertige pessimiste dans son message mais ludique dans sa forme ; ou comment traiter du mal être contemporain par le burlesque.

Aurélien Bory (né en 1972)

Metteur en scène, il fonde la compagnie 111 en 2000 à Toulouse. Il y développe un « théâtre physique », singulier et hybride, à la croisée de nombreuses disciplines (théâtre, cirque, danse, arts visuels, musique...). Ses spectacles sont présentés dans le monde entier et cette reconnaissance internationale débute avec Plan B (2003) et Plus ou moins l’infini (2005), marqués par la collaboration avec le metteur en scène Phil Soltanoff. Ses autres pièces s’appellent Azimut (2013), créée au Grand Théâtre de Provence à Aix-en-Provence, Plexus (2012) créée au Théâtre Vidy à Lausanne, Géométrie de caoutchouc (2011) créée au Grand T à Nantes, et Sans objet (2009) créée au Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées.

En 2007, il créé en Chine Les sept planches de la ruse avec des artistes de l’Opéra de Dalian. Intéressé également par la danse et le croisement des écritures, il met en scène le chorégraphe Pierre Rigal dans Erection (2003) et Arrêts de jeu (2006). Il crée ensuite des portraits de femme, Questcequetudeviens ? (2008) pour la danseuse de flamenco Stéphanie Fuster puis Plexus (2012) pour la danseuse japonaise Kaori Ito. Pour Marseille- Provence 2013 – Capitale européenne de la culture, il créé Azimut, autour de l’acrobatie marocaine, neuf ans après Taoub (2004), spectacle fondateur du Groupe acrobatique de Tanger.

Son intérêt pour les sciences influence son esthétique. Les œuvres d’Aurélien Bory sont animées par la question de l’espace et s’appuient fortement sur la scénographie. Il ne conçoit son travail théâtral que « dans le renouvellement de la forme » et « en laissant de la place à l’imaginaire du spectateur ». Aurélien Bory reçoit en 2008 le prix Cultures France/Créateur sans frontières pour ses créations à l’étranger. Depuis 2011, il est artiste associé au Grand T à Nantes. A partir de janvier 2014, Aurélien Bory est artiste invité au TNT Théâtre National de Toulouse Midi- Pyrénées.

A visiter :
- Le site de la Compagnie 111.

A voir :
- Un grand entretien passionnant initié par l’INA.

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Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 13 septembre 2016.
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ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

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