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Auguste LASSAIGNE

Extrait de la revue L’Escamoteur N°93 de Mars/Avril 1962.

Auguste LASSAIGNE (c’était son vrai nom) est né à Toulouse (Haute-Garonne), le 30 novembre 1819, et décédé à Montpellier (Hérault), le 4 novembre 1885.

Nous empruntons à L’Illusionniste n°27, de mars 1904, les lignes suivantes :

Après avoir fréquenté l’école des Frères, il fut mis en apprentissage chez un tailleur, mais l’impétuosité de sa nature le rendait impropre à passer de longues heures les jambes croisées sur un établi.

Après un essai de dix-huit mois, ses parents le placèrent dans une fabrique d’imprimés sur indienne. Cet état lui plaisait davantage et il employait ses loisirs à dévorer des livres fantastiques, tels que les Mille et une Nuits. Ces lectures développèrent l’avidité latente en lui pour l’inconnu, le prodigieux, le surnaturel, à tel point qu’il alla trouver un célèbre physicien de l’époque, Casimir Belmas, et lui offrit ses économies en échange du secret de ses tours.

En peu de temps, il posséda la science d’un maître habile et fut en état de produire les miracles de la magie. Un ferblantier de Nîmes lui construisit de petites pièces mécaniques destinées à la prestidigitation, avec lesquelles il obtint quelque succès dans les maisons bourgeoises de cette localité. De là, il parcourut les villes du Midi et acquit la réputation dans la nouvelle carrière qu’il venait d’embrasser. Enfin, après trois ans d’une vie errante, il revint dans sa famille qui ignorait complètement sa nouvelle profession. Sa mère, quand elle en fut instruite, ne lui fit pas de reproches mais, imbue des préjugés du temps, elle pleura.

LASSAIGNE, cuirassé contre toutes les oppositions, ne l’était pas contre les larmes de sa mère. Il rentra à la fabrique. Pourtant, à l’occasion, il exécutait quelques expériences en famille, devant un petit cercle d’amis, parmi lesquels se trouvait un homme nommé Grandel, attaché à l’administration du théâtre. Un matin, le caissier du théâtre vint chez lui et demanda à LASSAIGNE de donner le lendemain une représentation sur la scène. Malgré le peu d’étendue du délai, la proposition fut acceptée. La représentation eut lieu, elle fut un triomphe. Sa mère, qui assistait au spectacle dans une loge, pleura à nouveau, mais cette fois de joie et d’orgueil. Il donna cinq représentations sur le théâtre de sa ville natale et, chaque fois, la recette s’éleva à plus de dix-huit cents francs, ce qui empêcha la direction de faire faillite. LASSAIGNE avait, enfin, conquis le droit de faire de la Physique amusante. Un proverbe dit : Nul n’est prophète en son pays. LASSAIGNE se chargea de le faire mentir, ses succès a Toulouse furent nombreux. Souvent, il revint dans sa ville natale et fut toujours accueilli chaleureusement par ses concitoyens, qui ne lui ménageaient pas les bravos et les éloges amplement mérités, du reste.

Au mois de mai 1846, LASSAIGNE, qui ne se faisait alors connaître que par son prénom d’Auguste, avait loué, à Toulouse, la salle philharmonique dans laquelle il donnait ses séances de prestidigitation, de ventriloquie et de projections. Son tour remarquable était, à cette époque, celui des bocaux de poissons. Un an plus tard, le 23 mai 1847, il donnait une séance dans un théâtre de Bordeaux, en association avec De Linski. Dans l’intervalle, il avait rencontré, à Bazas, une jeune fille qui se faisait remarquer par des accès de somnambulisme et qu’il avait épousée ; elle s’appelait Prudence Bernard, et devint pour LASSAIGNE un merveilleux sujet magnétique dont il vanta les qualités et les succès dans une brochure de cent cinquante pages, intitulée Mémoires d’un Magnétiseur, qu’il fit paraître en 1851, avec cette épigraphe : « La Prestidigitation est la Magie simulée, le Magnétisme est la Magie réalisée. »

Le 2 septembre 1848, nous voyons LASSAIGNE donner, en compagnie de Prudence Bernard, une séance devant Abd-el-Kader, captif au château de Pau.

Après avoir donné en province des séances de magnétisme et de prestidigitation, LASSAIGNE vint à Paris où il fut engagé par M. Herman, directeur du Théâtre de la salle Bonne-Nouvelle, pour une durée de quinze jours à titre d’essai, au prix de trente francs par séance. (C’était la salle qui avait été construite pour le prestidigitateur Philippe). Après ce temps, le succès s’étant affirmé, les appointements de LASSAIGNE furent doublés et il donna quatre-vingt-quatre séances ; ensuite, il partit pour l’Italie et, de là, à Genève. En 1851, il est à Toulouse, puis il y revient en 1856, pour fonder un théâtre en face du Capitole ; en même temps se trouvait également à Toulouse le fameux Bosco qui opérait dans la salle philharmonique, précédemment occupée par LASSAIGNE. Celui-ci n’eut pas a souffrir de la comparaison avec son illustre rival. Il ne lui cédait guère en adresse et il était, de plus, doué du don de la parole. Un grand charme se dégageait de ses discours ; bien que peu instruit, il faisait l’impression d’un homme qui sait beaucoup ; il était doué de l’esprit d’à-propos et d’une physionomie sympathique. On allait le voir, mais on allait aussi l’entendre.

A Londres, où il fut appelé à donner une série de représentations, il parut devant la reine Victoria. De retour en France, il monta un théâtre forain, avec lequel il parcourut les grandes villes de France, de Belgique et de Hollande. Dans ce théâtre, il monta le fameux truc des spectres. Robert-Houdin dit que celle de LASSAIGNE était une des meilleures adaptations de cette illusion célèbre. Il engageait des artistes de talents divers pour corser son spectacle.

On vit chez lui des jongleurs, danseurs de corde, gymnastes, etc. Il y avait, entre autres, le célèbre Valentin, l’homme à la poupée. En 1861, à la foire de Caen, on voyait chez LASSAIGNE, M. Foucaut, qui faisait jaillir des jets d’eau partout où il touchait et présentait des expériences dans lesquelles l’eau s’alliait avec le feu. Voilà qui prouve que les Ten-Ichi n’ont pas inventé... ce qu’on faisait il y a cinquante ans.

A la fin de cette même année 1861, deux baraques de physiciens se disputaient les faveurs du public à la foire de Lille : c’était LASSAIGNE et Grandsart-Courtois, chacun se disant, probablement, le plus fort, il fut résolu que le public serait juge et donnerait la palme au vainqueur de son choix. La rencontre eut lieu. LASSAIGNE se fit remarquer par le tour des gobelets et Grandsart... en imitant... sur son violon, la flûte et la vielle.

LASSAIGNE demeura maître du terrain. Il continua ainsi sa vie nomade, jusqu’en 1883, époque a laquelle il donna ses dernières séances à Paris, au concert de l’Epoque.

Comme Robertson, LASSAIGNE méritait le titre de physicien aéronaute (1). Il n’a pas accompli moins de trois cent quarante sept ascensions, la plupart très périlleuses. Son frère Julio, qui avait remplacé Prudence Bernard comme sujet dans ses séances, partait pendu à un trapèze placé sous la nacelle et y restait pendant tout le voyage. En collaboration avec un nommé Duran, LASSAIGNE avait exécuté une machine faisant mouvoir une pendule et un broyeur à cacao, qui était présentée sur les foires comme la réalisation du mouvement perpétuel.

Dans ses "Souvenirs", Arnould évoque un coup monté par trois célèbres prestidigitateurs : Lespinasse, Cazeneuve et ... Lassaigne, qui s’étaient rencontrés en cours de tournée. "Je connaissais LASSAIGNE depuis plusieurs années et l’avais en haute estime, le tenant pour un des plus habiles de l’époque. En effet, LASSAIGNE avait le talent de faire ressortir et de mettre au premier plan des petits tours en apparence insignifiants, comme la boule obéissante descendant (seulement) le long d’un fil. LASSAIGNE trouvait le moyen de produire avec ça un gros effet. Il n’y a pas de petits tours pour de véritables artistes". LASSAIGNE était engagé en représentations au cirque Priani et Pierantoni, installé sur la place, pour y présenter la malle des Indes, le succès du jour ; il jouissait d’une réputation bien établie ; aussi, le public fut-il surpris de voir sur les murs de la ville des affiches, signées Lespinasse, mettant au défi LASSAIGNE de venir se mesurer avec lui.

LASSAIGNE y répondit, offrant un enjeu ; là-dessus, Cazeneuve s’en mêla et les défia tous deux. Bref, un match où le public serait juge fut annoncé dans la baraque et les places s’enlevèrent rapidement. Cazeneuve, qui s’intitulait : trismégiste, champion manipulateur (déjà !), commença la représentation. Tours de cartes, la multiplication des pièces et le tour du sable, tel fut son programme. Puis Lespinasse : l’homme percé, la sonnerie à la montre et la chasse aux pièces. Et enfin, LASSAIGNE : les mouchoirs fondants (petits flacons), la boule obéissante et le tour des gobelets qu’il termina exceptionnellement par la fameuse passe des pommes dans le chapeau (passe de Conus). Résultat : succès pour les trois artistes, pas de vainqueur de déclaré, car on nourrissait l’espoir de renouveler la petite fête et la forte recette.

Nous avons trouvé dans L’Illustration, Journal Universel du 9 février 1850, l’article qui l’accompagnait et dont l’intérêt nous fait un devoir de vous le communiquer

Passons à nos nouvelles du jour, qui méritaient d’être illustrées, comme vous allez voir en tournant la page. C’est d’abord la scène ou séance de magnétisme qui s’est donnée vendredi (1er février 1850), à la salle Bonne-Nouvelle, en l’honneur des journalistes et des hommes de lettres, pour parler comme la lettre de convocation. J’aime cette hardiesse qui prend le scepticisme corps à corps et le contraint à s’expliquer sur un fait surnaturel. Hâtons-nous de proclamer tout de suite que M. le docteur LASSAIGNE et son sujet, mademoiselle Prudence, ont surpris l’admiration générale et enlevé les suffrages des plus clairvoyants. Sous le rapport du sortilège et de la divination, il n’y a guère que le fameux Cagliostro ou le non moins célèbre Robert-Houdin dont les prestiges valent ceux de mademoiselle Prudence et de son habile partenaire. Gaspard Hauser, Jeanne Vermont et leurs autres imitateurs sont effacés par cette virtuose du somnambulisme.

Elle est un résumé vivant des plus merveilleux phénomènes de l’art ; c’est-à-dire qu’elle possède l’audition sans le secours des oreilles, la vision sans l’aide des yeux, la communication des pensées, la divination et l’oubli, au réveil de cette léthargie lumineuse.

Mademoiselle Prudence joue aux cartes avec la prestesse d’un aveugle-né, elle devine votre pensée par l’intermédiaire de son magnétiseur, elle déchiffre vos secrets jusque dans votre poche. Vous criez à l’escamotage ; du tout, c’est un prodige. Le célèbre professeur Orioli se plaisait à raconter, pendant son séjour à Paris, l’anecdote de la cataleptique de Bologne ; cette fille étonnante lut couramment deux vers latins que le savant avait écrits sur un papier qu’il portait dans son agenda.

La lucidité de mademoiselle Prudence est plus surprenante encore, puisqu’elle accomplit le même tour de force les yeux bandés. Un de nos amis, écrivain et savant des plus distingués, explique ainsi quelque part l’effet miraculeux du bandeau magnétique.

« Au mois de décembre 1841, dit-il, je fus invité par M. le docteur Frappart à vérifier par moi-même un cas de somnambulisme sur une jeune personne dont le nom a beaucoup d’éclat dans le monde magnétique.

Le fait dont j’allais être le témoin et, ajoutait-on, le témoin convaincu, était accompli chaque soir en présence d’une foule de spectateurs qu’on laissait libres de régler ou de modifier l’expérience à leur gré. La jeune fille étant déclarée endormie par son magnétiseur, on mit sur ses yeux un appareil composés.

- de bandes de taffetas gommé, couvrant tout le globe de l’oeil ;
- une couche de terre glaise, formant une espèce de masque qui couvrait les yeux, le front, le nez et les joues ;
- sur cette couche de terre, un bandeau noir noué derrière la tête.

L’appareil placé, je l’examinai avec attention et j’avoue qu’il me fut impossible d’y découvrir ni même d’y soupçonner aucun défaut. On apporta des cartes, des livres et des lettres, la somnambule lut couramment, elle joua aux cartes et agit absolument comme si elle voyait. Même résultat les jours suivants ; M. Frappart me demanda si j’étais convaincu. Avant de répondre, je voulus expérimenter l’appareil sur moi-même et il résulta de l’épreuve que l’appareil n’interceptait nullement le rayon visuel ; nos expériences furent publiées et M. Frappart s’exécuta de bonne grâce. Mademoiselle Prudence (car c’était elle) pouvait donc voir avec son bandeau, le fait démontrait que rien n’était plus possible, et même plus certain, puisqu’elle lisait parfaitement. »

Telle est l’objection que les incrédules ne manqueront pas de soulever ; à quoi les croyants ont déjà répondu qu’une expérience qui date de huit ans ne saurait être concluante et que, depuis cette époque, les procédés du magnétisme ont été améliorés. D’ailleurs, les exercices de mademoiselle Prudence ont enchanté trop de monde pour qu’il soit possible de contester le véritable succès de plaisir, de surprise et même d’admiration qu’elle a obtenu.

Notes :
- (1) Qui figure, du reste, sur son acte de décès.

A lire :
- Télépathie.
- Histoire de la voyance et du paranormal, du XVIIIème siècle à nos jours de Nicole Edelman. Editions du Seuil (2006).
- Les révélations d’un magnétiseur.

Document : Collection Didier Morax.

Auteur : Collectif Artefake


Mise à jour effectuée le : 21 mai 2013.
MENTIONS LEGALES :

ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

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