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Adrien QUILLIEN

Comment êtes-vous entré dans la magie ? A quand remonte votre premier déclic ?

En passant par la porte de service !

Les tours, les trucs, les petits secrets, j’ai toujours aimé ça, mon père m’a initié assez jeune. Tout pour se rendre un peu plus intéressant en société, moi le rouquin boutonneux, bon millésime, mais pas encore au top de sa maturité. Mais ce déclic magique, je pense qu’il a commencé tout petit.

J’ai eu une chance inouïe, des parents qui m’ont tous deux nourri avec une multitude de spectacles : cirques, exhibitions, féeries, numéros, shows, ballets, théâtres, comédies musicales, danses, chants, etc. Tous styles, tous sujets, tous budgets !

La magie peut prendre beaucoup de formes. Mais je ne le réalise que depuis peu.

Quand avez-vous franchi le premier pas et comment avez-vous appris ?

Je ne m’étais jamais imaginé artiste ou magicien. Ma mère m’a tellement poussé pour que je fasse du théâtre, du chant, de la danse ou du cirque que je me suis rapidement retrouvé face au public d’une manière ou d’une autre.

Pour la magie, c’était mon père, Il m’a enseigné des petits tours et il m’a donné le Manuel pratique d’illusionniste et de prestidigitation de Rémi Cellier en me disant : « Maintenant, débrouille-toi ! ». Un livre si abîmé par le temps que cela lui donnait un coté grimoire mystérieux. C’était une époque sans Internet, le secret était dans les livres… J’ai donc appris seul, dans les livres, puis avec les DVD et enfin sur Internet.

Je rêve d’autre chose, grâce à mes parents, j’ai eu la chance de beaucoup voyager et de les accompagner en tournée. J’ai attrapé le goût du voyage et à seize ans je suis parti seul pour une année d’études à l’étranger : Etats-Unis et Irlande. A mon retour, je ne souhaite qu’une chose : repartir. Et pour financer ce rêve, j’ai commencé à travailler comme serveur dans les restaurants et j’effectue des petits tours de magie pour améliorer les pourboires. Après mon bac, je pars pour un premier voyage sac à dos, 11 mois sur 4 continents, avec deux livres de magie le Traité de prestidigitation des pièces de monnaies par Jean Boblique Bobo et l’Encyclopédie des tours de cigarettes par Keith Clark.

Le long de la route et des voyages de mon adolescence, la magie a été le meilleur brise-glace social. Même avec la barrière de la langue un tour visuel retient l’attention des gens. Livres, vidéos, gimmicks, j’ai toujours continué mes petits « tricks » aux fils des années, pendants mes voyages, mais sans jamais me mettre en scène ou penser à en faire mon métier.

Quelles sont les personnes ou les opportunités qui vous ont aidé. A l’inverse, un évènement vous a-t-il freiné ?

J’ai mis beaucoup de temps pour me sentir magicien. Après tous ces voyages, une question me taraudait : « Qu’est-ce que j’allais faire de ma vie ? ». Faire le routard, voyager, découvrir ? C’était sympa, mais il fallait bien un diplôme, un projet de vie.

La restauration fait bouillir la marmite depuis le début, alors pourquoi changer une recette qui fonctionne ? Je rentre dans une école hôtellerie-restauration, le prestigieux établissement Grégoire Ferrandi. Ecole supérieure de cuisine française, ça sonne bien non ? Pour une licence Manager de restaurant.

Arts de la table, service, gestion, marketing, management, connaissance produits, œnologie, je suis dans mon monde. Pour moi, la restauration, c’est le plaisir de faire plaisir. Et j’aime ça ! Cours théoriques et beaucoup de stages dans de très beaux établissements de luxe. Etoilés Michelin, grandes brasseries renommées, hôtels et palaces, etc., le monde luxueux de la gastronomie française.

Et ce fut, un de mes professeurs qui finit par m’engueuler, car j’étais toujours à manipuler ou essayer des tours pendant les cours ou les services : « Arrêtez, ou alors faites-le pour les clients ! ». Effectivement, au sein de l’école, chaque semaine, l’exercice était d’organiser des dîners gastronomiques. Je me prends au jeu et à vingt-trois ans, je fais une première intervention en tant que magicien de close-up au guéridon. Je ne remercierai jamais assez ce professeur, car je pense qu’il n’a pas du tout réalisé qu’il m’avait ouvert une voie nouvelle.

Puis vint le mémoire de fin d’études. Il fallait créer un restaurant fictif de A à Z. Business plan, compte de gestion, contrats, fiches de postes et surtout le thème et le concept. Et là, j’ai imaginé un restaurant magique... Un lieu où la restauration et le spectacle s’allieraient pour devenir magiques. Un beau projet, plus d’un million d’investissements, 450 m2 en plein Paris, 14 salariés, rentable en trois ans. Salué par mon jury, mais comme ils me l’on bien fait comprendre beaucoup trop ambitieux et périlleux pour quelqu’un qui n’avait jamais vraiment fait de spectacle : « C’est formidable votre idée M. Quillien, mais avant cela, tenter une forme plus réduite ! ». C’était un projet fictif, autant voir grand, mais j’avais compris la leçon.

Après mon diplôme, je me suis spécialisé dans l’univers des cocktails et du bar. Mais le rythme de nuit était trop épuisant. J’ai tout lâché et je suis parti en voyage sac à dos avec un mini « street-show », mélangeant jonglage de barman et tours de magie, 60 kg d’accessoires, bar démontable, shaker, bouteilles, verres, sono, etc. Une galère : attirer le chaland, faire le cercle, faire passer le chapeau, la rue, c’est dur ! Mais enrichissant.

J’ai vite fini par ne faire que de la magie de stand-up aux terrasses. J’ai continué, un peu de rue aux Etats-Unis, puis dans les bus d’Amérique du Sud. Là-bas, tout se fait dans le bus, de la musique, des vendeurs de bibles, des clowns, alors pourquoi pas un magicien ? Génial, du vrai suicide : un coup de frein et je finis dans le pare-brise, mais quelle aventure, je vis mon rêve : voyager en subsistant à mon quotidien grâce au spectacle. Mon périple continue : Cambodge, Thaïlande, Malaisie, Australie. Je suis barman, vendeur d’alcool, prof de jonglage, etc. J’ai toujours en-tête le projet de mon restaurant magique et au fin fond du bush australien, je trouve la solution pour réaliser mon projet.

Alors dès mon retour, je crée : The Mystery Dinner Show. Un dîner spectacle atypique. Grâce à mon site et d’autres comme voulezvousdinez.com ou vizeat.com, je convie des gourmets curieux chez moi à découvrir ma performance ! Très intimiste, dans une pièce spécialement conçue pour les besoins du show. Magie, cuisine, œnologie, histoires, cocktails à la manière d’un dîner gastronomique, sublimé avec une touche d’improvisation, un soupçon d’humour, une larme de jonglage et surtout beaucoup d’énergie. Durant le dîner, je passe par tous les personnages du restaurant, le maître d’hôtel, le serveur, le barman, le chef de cuisine et accessoirement, le régisseur sons et lumières, le coursier, l’homme de ménage et le plongeur ! Le bouche à oreille fait son œuvre et les dîners se réservent des mois à l’avance. France 2 fait un reportage sur mon concept et tout s’enchaîne, le spectacle affiche complet. Un conseil : n’ouvrez pas un restaurant chez vous… Et surtout tout seul ! Je perds presque 15 kg en un an.

Parallèlement, je rentre au Club de Magie : le Cercle Magique de Paris. Pour le concours d’entrée à la FFAP, je présente l’une des routines de mon show, celui du Barman. L’un des membres du jury, M. Duraty m’apprend qu’avec un peu de travail cela peut devenir une routine de concours international. Je ne connaissais même pas l’existence des concours de magie !

Mon club me met en relation avec l’équipe de France de Magie de Scène. Cette dernière me reçoit à Bordeaux pour un stage à l’Ange Bleu. Je rencontre de grands magiciens et surtout le plaisir de travailler sur une vraie scène. Pour les coachs mon numéro est plus proche d’un numéro de close-up que de la scène et ils pensent à me diriger vers l’équipe de France de close-up. Mais comme la scène me plaît énormément, je m’entraîne, modifie et change ma routine durant ces quelques jours et le numéro prend une toute autre dimension, je parle moins, j’introduis du mouvement, de la danse et du visuel. Suite au stage, je suis inscrit au Championnat de France 2016, moi qui n’avais jamais fait un concours de ma vie. Je passe en première position un samedi matin : angoissant. Mais je m’en sors plutôt bien, une belle expérience avec de superbes rencontres. Je rate le podium de peu, mais je repars avec le Prix CIPI manipulation, qui me donne envie de continuer la compétition.

En 2017, je commence à vivre de la magie à plein temps. Avec l’aide de mon grand ami Erwin Herr, un artiste complet : magicien, mais également danseur, bricoleur, scénographe et qui possède bien d’autres cartes dans sa manche. Tout l’été, nous retravaillons le numéro pour lui donner punch et caractère.

Pour le concours vidéo magique de l’année 2017, je présente : Magic Oldfashowed, une vidéo alliant toujours mes deux passions cocktails et magie, mais dans une version close-up beaucoup plus intime que mon numéro de scène. La vidéo termine parmi les trois finalistes.

Mais c’est le numéro de scène Bar Act qui fait sensation ! Le jury me donne un 1er prix en manipulation, je gagne également le prix du Festival International de Magie (engagement tournée 2017-18 Gérard Souchet), ainsi que le titre décerné par la FFAP Champion de France de Magie de Scène 2017.

Dans quelles conditions travaillez-vous ?

Je vous écris depuis mon bureau, vu imprenable sur l’art urbain, musique douce et stridente, bien au chaud à six pieds sous terre : la ligne 8 du métro parisien.

Le voyage en lui-même s’est mon moment préféré pour créer, écrire, réfléchir. Les heures d’attente entre un avion ou un train, les heures à regarder passer les pylônes la tête dans les nuages. Les carnets de notes s’empilent au fil des années et c’est toujours un plaisir de les relire et de retrouver des idées, pépites oubliées.

Quelles sont les prestations de magiciens ou d’artistes qui vous ont marqué ?

J’ai été fortement marqué par un mois en Éthiopie avec le Circus Ethiopia en tournée avec ma mère. Las Vegas où mon père travaillait : Lance Burton, Blue man Show et le Cirque du Soleil, de quoi vous laisser des étoiles dans les yeux.

Chez les magiciens David Stone, Cardini, Mullica, etc. les spécialistes des cigarettes, mon domaine de prédilection, pendant mon adolescence magique. Plus récemment Etienne Saglio, la Cie 14:20, Dion van Rijt et tellement d’autres…

Quels sont les styles de magie qui vous attirent ?

Même si mon numéro est d’un style catégoriquement opposé, je suis très curieux et intéressé par le concept de magie nouvelle développé par la Cie 14:20. Mais j’aime aussi beaucoup la manipulation pour le côté performance et agilité comme le jonglage. J’apprécie lorsque sont utilisés des objets anodins, qui ne renvoient pas au cliché du magicien, l’impact est tellement plus fort quand on ne s’y attend pas.

Quelles sont vos influences artistiques ?

GiFi, Castorama et surtout les compilations de vidéos sur le net. De vraies mines d’informations et de découvertes. Et particulièrement les expériences scientifiques applicables à la magie.

Quel conseil et quel chemin conseiller à un magicien débutant ?

Les livres sont un excellent exercice, car ils poussent à imaginer. Alors que la vidéo vous impose un seul visuel.

Aller voir des spectacles… De tout et n’importe quoi. Chaque spectacle a son intérêt et nous forme à devenir artiste.

Etre curieux ! C’est un vilain défaut certes ! Mais nous magiciens, nous devons toucher à tout. Que ce soit la technique, la mise en scène, la musique, la lumière, un peu d’électronique, de la couture, du bricolage, de la danse, de l’expression orale, du mime, etc. Si j’aime autant ce métier, c’est qu’il me permet de toucher à tous les domaines.

Quel regard portez-vous sur la magie actuelle ?

Je pense que la magie actuelle va très bien et elle a même le vent en poupe. L’accès à l’information et les nouvelles techniques de communication permettent de découvrir de nouveaux horizons, mais aussi de chercher pratiquement tout et de contacter presque n’importe qui, les avancées sont exponentielles. La magie en fait partie.

Quelle est l´importance de la culture dans l´approche de la magie ?

Plus on découvre des œuvres, plus on est apte à en créer de nouvelles. Etre magicien, c’est être citoyen. Il est donc important de se tenir au courant de l’actualité, culturelle ou autre, pour pouvoir s’exprimer sur le monde. Et bien entendu de voyager, car il est fondamental de sortir de l’Hexagone, de savoir qu’ici en France nous sommes des privilégiés dans la création, et il faut se rendre compte de cette chance.

Vos hobbies en dehors de la magie ?

Le jonglage, les cocktails, le vin et la cuisine. Et surtout le spectacle vivant, le spectacle en live. J’ai un immense respect pour tous ces artistes qui se risquent chaque soir face au public.

- Interview réalisée en janvier 2018.

A visiter :
- Le site d’Adrien Quillien.

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Auteur : Sébastien BAZOU


Mise à jour effectuée le : 30 octobre 2018.
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