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… AVEC VUE SUR LA PISTE / CNAC

Cirque historique (Châlons-en-Champagne, le samedi 12 décembre).

Spectacle de fin d’études de la 27ème promotion du CNAC, mise en scène d’Alain Reynaud, avec la collaboration artistique d’Heinzi Lorenzen.

C’est un spectacle collectif, avec les dix-sept étudiants du Centre national des arts du cirque, à la fois interprètes mais aussi créateurs, dans le cadre merveilleux d’un ancien cirque rénové, clair et tout à fait fonctionnel, à l’équipement technique haut de gamme.

Dans des conditions très professionnelles où bien entendu comme dans toute école, il y a derrière toute une équipe pédagogique et technique. Initié en 1985 par Jack Lang, ministre de la Culture, le CNAC. a formé plus de trois cent-cinquante artistes de toute nationalité et a bouleversé les codes du cirque traditionnel, et l’enseignement a été orienté vers des créations où se croisent à la fois, l’acrobatie, la danse, l’interprétation théâtrale, etc.

Avec un investissement de neuf millions d’euros, le CNAC. a ajouté un instrument d’exercice pour les élèves de la section cirque du lycée Pierre Bayen, et la quarantaine d’artistes du monde entier qui préparent ici leur diplôme d’enseignement supérieur… Les chapiteaux (extérieurs) et le cirque d’hiver accueillent donc maintenant une formation continue et les compagnies en résidence.

Alain Reynaud, remarquable clown, musicien mais aussi metteur en scène de nombreux spectacles, Plume et Paille en 2009 et Petouchok en 2013. Issu du CNAC en 1990, il a cofondé la compagnie des Nouveaux Nez. Directeur artistique du Pôle national des arts du cirque Ardèche Rhône-Alpes, et du nouveau Festival d’Alba-la-Romaine , il est aussi depuis 2009, formateur, entre autres, au CNAC.

Il a mis en scène avec beaucoup de rigueur et d’intelligence ... Avec vue sur la piste. Au début, le spectacle a un peu de mal à se mettre en marche, mais très vite, les jeunes gens sur un petit podium jouent de la musique (cuivres surtout) avec une telle joie communicative, qu’ensuite, les numéros se succèdent avec une unité parfaite : main à main, sangles aériennes où les jeunes circassiens font merveille avec une formidable gestion de l’énergie et de l’équilibre.

Il y a aussi un quatuor de cadre aérien : deux porteuses (Garance Hubert Samson et Lucie Roux), et deux voltigeuses (Gabi Chirescu et Léa Verbille) qui font preuve d’une souplesse et d’une douceur étonnantes. Le tout à six mètres environ du sol, avec une “facilité” apparente : ce qui suppose, bien entendu, une rigueur et un énorme boulot en amont de plusieurs années chez ces jeunes gens et leurs enseignants.

Ce qui frappe ici (mais ils n’ont pas le choix !) c’est l’humilité dans le travail : chacun, à tour de rôle, sert d’accessoiriste. Il y a, en même temps chez eux une solidarité à toute épreuve dans ce travail très physique où ils n’ont aucun droit à l’erreur. Et, quel que soit le numéro, ils sont tous, très présents, très attentifs aussi pour assurer la sécurité de leurs camarades… Malgré le filet, le danger est partout, et ils le savent bien.

Le numéro le plus fabuleux est cette bascule coréenne qui envoie les jeunes circassiens, haut en l’air. Après plusieurs sauts périlleux, ils ont rattrapés par les mains, par leurs camarades trapézistes ! Fabuleux…

Précision, intelligence des mouvements mais aussi grande poésie : loin de tout intellectualisme, loin des petits spectacles parisiens de texte, souvent prétentieux, le corps devient ici un médium artistique de premier ordre. Sous l’influence évidente du dadaïsme et des avant-gardes russes, il y a ici, notamment dans cette préhension du vide par le corps, une sorte de côté radical, primitif, élémentaire, au meilleur sens du terme.

Le gestuel devient en effet à la fois sujet et objet d’une action artistique. Mais aucun excès de théâtralité, il y a juste ce qu’il faut, et quand ces jeunes artistes parlent, ils sont toujours justes, ce qui est rare. Pas de « représentation » mais une prise en charge totale du corps individuel au service d’un numéro à deux ou à plusieurs, dans une sorte de ballade onirique à laquelle le public est très sensible. Et il a chaleureusement applaudi ces jeunes gens. La présence de l’artiste comme corps, restée longtemps marginale, a transformé radicalement la scène actuelle. Mais certains politiques, peu lucides, n’en ont même pas perçue toute la dimension sociale (voir les récentes déclarations, entre autres de Laurent Wauquiez).

Bref, cette bande de jeunes gens aura ici appris beaucoup de choses : la confiance dans son corps, le développement de la sensibilité et de l’intelligence scénique, et la mise au point d’un spectacle dans les conditions les plus professionnelles (mise en scène, son, lumière, costumes), la solidarité absolue d’un groupe, mais aussi (et ce n’est pas rien dans une école) la tolérance entre jeunes de culture différente.

On compte en effet dans cette promotion des Français mais aussi une Catalane, une Cambodgienne, une Québécoise, une Danoise et deux Portugais. Tous très volontaires, travailleurs et promis à un bel avenir. M. Laurent Wauquiez, nouveau président de la nouvelle région Auvergne-Rhône-Alpes, qui s’en est pris, et de la façon la plus stupide, à la formation soi-disant coûteuse pour les métiers du cirque et des marionnettes, ferait bien d’aller voir ... Avec vue sur la piste.

Il y verrait la preuve tangible, immédiate de ce qu’une école de haut niveau technique et d’excellence artistique comme le CNAC, peut apporter au spectacle et à l’art contemporains. Et cela dépasse, et de loin, le seul territoire du cirque.

- Source : Le Théâtre du Blog.

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Auteur : Philippe du VIGNAL


Mise à jour effectuée le : 12 décembre 2016.
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