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20 000 LIEUES SOUS LES MERS / Christian Hecq et Valérie Lesort

Théâtre du Vieux-Colombier (Paris le 1er octobre 2015).

Nous avons tous lu, enfants, avec émerveillement, le célèbre roman de Jules Verne (1828-1905), publié d’abord en feuilleton de 1869 à 1870, dans Le Magasin d’éducation et de recréation. Il avait déjà écrit, influencé par Alexandre Dumas père et fils dont il était l’ami, mais aussi par Edgar Allan Poe et Victor Hugo, Cinq semaines en ballon, Voyage au centre de la Terre, et De la Terre à la lune.

Ce sont ces Voyages extraordinaires (62 romans et 18 nouvelles !) qui le rendirent célèbre en France, puis à l’étranger, avec des dizaines de traductions. Mais on sait moins que Jules Verne, à ses débuts, avait aussi écrit des tragédies et des livrets d’opérette, et qu’il avait, lui aussi, adapté, avec Adolphe d’Ennery, son roman pour la scène.

Un monstre marin a été repéré par plusieurs navires à travers le monde, et une expédition est organisée sur l’Abraham Lincoln, une frégate américaine, pour l’anéantir. Avec, à son bord, le Français Pierre Aronnax, professeur au Muséum de Paris, et Conseil, son fidèle domestique. Mais d’immenses trombes d’eau s’abattent sur la frégate, et Aronnax, Conseil et Ned Land, un harponneur canadien de baleines, se retrouvent sur le dos d’un sous-marin, le Nautilus…

C’est alors que Nemo, son capitaine les recueille mais les retient prisonniers (avec beaucoup d’égards !), puis les entraîne dans un véritable tour du monde sous l’eau : des îles Marquises aux terres australes… Les trois hommes essayent de s’enfuir quand il aborde la terre de « sauvages » dont l’un parvient à pénétrer dans le sous-marin. Le Nautilus, après un long périple s’échouera mais c’est la lune que l’on voit dans le ciel avec ses cratères qui, en changeant les marées, lui permettra de continuer sa route. Il repartira jusqu’au naufrage final…

Christian Hecq et Valérie Lesort le recréent et le mettent en scène avec Christian Gonon (Ned Land), Christian Hecq (Nemo), Nicolas Lormeau, (le professeur Aronnax), Jérémy Lopez (Conseil), Louis Arène (Filippos, le second de Nemo) et Elliot Jenicot (le Sauvage) qui animent aussi les marionnettes. Tous absolument impeccables, et très crédibles dans les personnages de cette incroyable épopée : le récit (juste quelques phrases) est assuré avec une certaine distance et beaucoup d’humour par Cécile Brune.

« C’est Eric Ruf, (le nouvel administrateur de la Comédie-Française) qui a proposé que les comédiens soient aussi manipulateurs, et je suis heureux de leur transmettre ma passion pour l’art de la marionnette. J’y retrouve le plaisir d’une forme expérimentale. » dit Christian Hecq, qui a longtemps travaillé avec Philippe Genty.

On retrouve ici l’intérieur du célèbre Nautilus, ce luxueux sous-marin commandé par le capitaine Nemo, tel que l’imagine Eric Ruf : salon avec boiseries, rayons de livres, gros canapé de cuir, nombreux tuyaux et robinets, élévateur avec un fauteuil d’où Nemo donne des ordres au porte-voix et surtout un très grand hublot ovale qui permet de voir de belles et effrayantes méduses, des poissons qui viennent buter, tout étonnés, contre le verre du hublot, ou se livrent à une danse nuptiale ; l’un passe agressif, armé d’une gueule aux dents acérées.

Il y aura plus tard aussi des scaphandriers qui ramassent des lingots d’or provenant d’un naufrage et qui les placent dans des coffres. Avec un léger mais remarquable bruitage de bruits de mer et de machines du Nautilus. Il y a aussi les bras d’un gigantesque poulpe qui, par des échelles, pénètrent dans le salon du capitaine Nemo et un gros œil de baleine qui nous regarde par le hublot, quand le Nautilus a fait naufrage… Et, à l’extrême fin, des bouts de planche flottent sur la mer : c’est un autre moment de la plus grande poésie que l’on ne vous le dévoilera pas.

Mais, absolument magique, et qui a suscité une véritable ovation du public, c’est le cauchemar du professeur attaqué par un poulpe et par une araignée géante qui s’abat sur le canapé. Très menaçante, elle a la tête du capitaine Nemo. Normal, puisque c’est Christian Hecq qui la manipule ! Il y a là comme la quintessence de l’art de la marionnette et du jeu d’acteur. Pas de vidéo facile, ni d’images racoleuses ; ce qui fascine ici, c’est la synthèse parfaitement réussie entre un artisanat porté à son plus haut niveau, mis au service du poétique et de l’imaginaire, et une interprétation des plus intelligentes du célèbre roman.

Cette exceptionnelle merveille de création plastique (due à Valérie Lesort) d’animation, de scénographie (Eric Ruf), et de mise en scène (Christian Hecq et Valérie Lesort) est, bien entendu, le résultat d’un gros travail en amont avec une dizaine de collaborateurs. Les trois complices auront réussi un beau coup, avec une synthèse parfaite, sans aucun à-coup, entre une double interprétation des plus solides (jeu d’acteurs qui donnent aussi corps aux marionnettes, ce qui suppose une maîtrise absolue du plateau et une excellent entraînement pour passer de l’un à l’autre), et la recréation picturale et sonore de l’univers marin imaginé par Jules Verne.

Avec une idée géniale : l’univers solide, en bois et en fer, confiné, très étroit de la cabine/salon de Nemo (celui des humains) enfermé dans ce Nautilus donnant, en fond de scène, sur un univers aqueux, immense et très profond (celui des poissons et autres habitants de la mer). Ici, rien de superflu (aucune longueur ou bavardage oral ou visuel (cela dure juste quatre-vingt-six minutes), et rien de racoleur. Il suffit au spectateur d’avoir gardé son âme d’enfant pour se laisser embarquer dans ce voyage hors-normes…

C’est un moment de splendide théâtre avec un texte étonnant, où Jules Verne, en grand précurseur qu’il était, parle d’écologie, défend l’identité et l’intelligence des « sauvages », s’en prend à la chasse à la baleine mais respecte la pêche, etc. Il y a longtemps que l’on n’avait pas vu un spectacle d’une telle beauté et d’une telle force à la Comédie-Française ; il faut remercier Eric Ruf d’avoir aidé à sa naissance de ce travail d’équipe. Un seul bémol : la salle du Vieux-Colombier n’est pas très grande et mieux vaut donc très vite réserver vos places !

Notes :

A l’origine de ce projet, il y a la passion réelle du 525e Sociétaire de la Comédie Française, Christian Hecq, pour l’astrophysique, les vieilles mécaniques et pour les poissons des profondeurs. Des passions qui ont pris corps quand Eric Ruff, le nouveau patron du Français s’est souvenu que Christian Hecq avait d’autres singularités : celle par exemple d’avoir pratiqué l’art de la marionnette notamment en 2008 auprès de Philippe Genty et Mary Underwood avec le spectacle Boliloc.

C’était l’occasion de faire rentrer la manipulation marionnettique dans l’univers de la Comédie-Française. Christian Hecq a donc formé ses camarades de troupe à cet "art de discrétion". Pour l’adaptation et la mise en scène, il a fait appel à la plasticienne Valérie Lesort (qui a elle aussi travaillé avec Philippe Genty). Elle a créé les monstres marins qui peuplent les abysses imaginées par Jules Verne en 1869.

A voir :

- 20 000 lieues sous les mers au Théâtre du Vieux-Colombier à Paris, du 26 septembre au 8 novembre 2015.

- Source : Le Théâtre du Blog.

Crédit Photos : Emile Zeizig. Tous les documents et archives sont proposés sauf avis contraire des ayants-droit, et dans ce cas seraient retirés.

Auteur : Philippe du VIGNAL


Mise à jour effectuée le : 22 octobre 2015.
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ISSN attribué par la Bibliothèque nationale de France : ISSN 2276-3341

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